Sport

Sport et confinement : les solutions connectées pour suer à grosses gouttes

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Mis à jour le 11 mai 2020 à 12h23
Jean-Paul Mehansio, danseur et chorégraphe ivoirien, créateur de l'afropeps

Jean-Paul Mehansio, danseur et chorégraphe ivoirien, créateur de l'afropeps © DR

Sur les réseaux sociaux, les vidéos en direct, souvent gratuites, se multiplient pour garder la forme et le sourire malgré la pandémie de coronavirus.

Dès qu’il se lève dans son appartement d’Abidjan, après une petite séance d’abdos et d’étirements, Sébastien Okpotié prépare le cours qu’il donnera vers 16 heures. Il propose depuis plusieurs semaines des sessions, diffusées en live sur sa page Facebook, en s’inspirant des pas de danses traditionnelles et patrimoniales comme l’aloukou ou l’adjoss, qu’il maîtrise à la perfection.

Pieds nus, débardeur aux couleurs d’une équipe de basket américaine, le danseur ivoirien livre depuis sa chambre un show à l’enthousiasme communicatif. Bientôt il tombe le haut, fait perler les gouttes de sueur en sautillant sur place, en agitant les bras et les jambes, sur une musique percussive… parfois interrompue par les cris d’un bébé, dans la pièce à côté.

À la fin du cours, quarante minutes plus tard, on se sent régénéré… et on a totalement oublié la pandémie. « Je fais ça pour soutenir mes frères, nous explique-t-il. Il ne faut pas se décourager, il ne faut pas baisser les bras ! » Pour l’heure, les cours sont totalement gratuits, même si le danseur réfléchit à des cours privés payants qu’il proposerait dans la foulée.

Coupé-décalé et zouglou

La fermeture des salles et des terrains de sport prive les fondus d’effort physique de leur défoulement quotidien. En Europe, les cours en ligne et les applis se multiplient pour donner aux accros leur dose d’endorphine. En France, le ministère des Sports, conseille même une heure d’activité physique pour les enfants et trente minutes pour les adultes.

En Afrique, les solutions connectées pour suer à grosses gouttes sont moins nombreuses. « C’est normal, remarque Jean-Paul Mehansio, danseur et chorégraphe ivoirien, confiné lui aussi à Abidjan. Ici, par exemple, toute une partie de la société n’est pas confinée. Le vendeur de garba, la vendeuse d’alloco ou le frigoriste n’ont pas les moyens de rester enfermés chez eux. Et chez nous, les sessions de sport en ligne ne font pas encore partie des mœurs. »

Lui propose pourtant avec succès à plusieurs dizaines de fans sur Facebook des sessions live d’« afropeps », une discipline qu’il a créée et qui allie des pas de danse traditionnelle d’Afrique de l’Ouest et de danses urbaines comme le coupé-décalé ou le zouglou.

« Au départ, j’ai juste cherché à me maintenir en forme moi-même en travaillant ma technique, chaque matin et chaque soir… Mais je me suis dit que ce serait intéressant de partager mon expérience. J’habite près du Bushman Café, qui m’a permis d’utiliser un espace fermé au public… J’en ai profité pour faire des sessions filmées. »

Des cours d’une heure qui mêlent respiration, cardio, chorégraphie et relaxation.

L’objectif est évidemment de se maintenir en forme : « Ici, on boit beaucoup de bière, on attrape facilement un gros ventre, mais comme les maquis sont fermés, autant en profiter pour se dégraisser, retrouver sa silhouette ! » rigole le chorégraphe. Mais l’idée est aussi de garder le moral : « Avoir du peps, c’est important pour le mental, ça permet de garder le sourire ! »

Avec ses cours d’une heure qui combinent travail sur la respiration et sur le rythme, cardio, chorégraphie et relaxation, Jean-Paul Mehansio s’adresse à tous, adultes, enfants et personnes âgées. « Il n’y a pas besoin d’acheter du matériel pour travailler, on a juste besoin du corps, d’avoir un balcon, un salon, une cour arrière, un bout de rue… »

Enfin, l’afropeps n’est pas seulement une combinaison d’étirements pour se défouler, mais un art de vivre qui permet de se familiariser en douceur aux danses ivoiriennes, et même de mieux choisir ses aliments.

« Le confinement va changer beaucoup de choses, et sans doute inciter les Ivoiriens à pratiquer le sport, pronostique le danseur, qui va mettre en place lui aussi des cours privés à Abidjan. S’ils suivent les cours ne serait-ce que trois fois par semaine, ils pourront voir les bienfaits pour leur corps. »

Acceptation de soi

Autre avantage de ces sessions en ligne en période de confinement : « Pour une fois, personne n’est là pour nous juger », sourit Kathleen, professeur de danse d’origine antillaise, plus connue sur Instagram sous le pseudonyme de Kat Showco. Confinée à Grenoble, elle profite d’une petite salle, dans sa résidence, pour filmer des cours en ligne de quarante-cinq minutes environ diffusés gratuitement durant des lives sur Insta.

Son concept ? L’afrosweet, mélange de danse, de fitness et de tous les mouvements auxquels elle s’est familiarisée : afro, hip-hop, dancehall. « La bande-son est composée de musiques qui m’emportent, qui me parlent au cœur », explique-t-elle, comme le tube afrobeats du Nigérian Santi, Rapid Fire.

« J’ai baptisé ma discipline “afrosweet”, pour ajouter une touche de sensualité à ma danse, précise Kathleen. On travaille sur la confiance en soi, parfois même je ne propose pas de pas précis, mais je demande juste aux élèves de se lâcher. Ces cours en ligne vont dans le sens de cette acceptation de soi. En travaillant chez soi, on évite le regard des autres, et, sans miroir, on n’a pas non plus son propre regard, sur soi, pour se juger. »

Pour la chorégraphe, la pandémie va peut-être nous obliger à nous recentrer sur l’essentiel. « J’espère qu’on arrêtera de se prendre la tête pour des futilités, que nous serons moins critiques sur notre aspect physique. Si on pouvait arriver à se dire que nous ne sommes pas parfaits mais que nous nous aimons comme nous sommes, ce serait déjà une victoire sur nous-même et le virus. »

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