Culture

Bibliothèques sans frontières : savoirs réels, technologies virtuelles

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Bibliothèques sans frontières

Bibliothèques sans frontières © BSF

L’ONG Bibliothèques sans frontières, qui transmet le savoir le plus vaste possible au plus grand nombre dans une trentaine de pays du continent, s’efforce de s’adapter au contexte de l’épidémie.

Depuis sa création en 2007, Bibliothèques sans frontières (BSF) est en mission. L’organisation non gouvernementale n’est pas seulement là « pour installer des salles de lecture », comme s’amuse à le préciser Jérémy Lachal, son directeur général, mais bien plus généralement pour transmettre le savoir au plus grand nombre, sous toutes ses formes, et à travers tous les canaux disponibles.

« Nous avons retenu le nom de “Bibliothèques sans frontières” car “Livres sans frontières” aurait été trop restrictif, encore plus à l’heure du numérique », explique Jérémy Lachal, qui accompagne le politologue Patrick Weil dans l’aventure depuis les premiers jours.

Facebook et site internet

L’irruption du Covid-19 et le passage dans un monde confiné ont porté un mauvais coup supplémentaire au bon vieux papier. « Tout est gelé sur le terrain », confirme le responsable de BSF, présent dans cinquante pays, dont près d’une trentaine en Afrique. Alors l’organisation a ouvert ses multiples tuyaux. Dès le lendemain de la pandémie, BSF a fait de son compte Facebook et de son site internet ses caisses de résonance.

Sur le premier, l’ONG fournit au quotidien des contenus de cours, des plannings d’organisation, des activités culturelles à partager et même un rendez-vous live pour discuter de tout cela avec différents experts. Deux conférences sur des thèmes de culture générale sont également diffusées chaque semaine. Sur le second, en plus d’un fonds documentaire numérisé de 35 000 références en 25 langues, différents outils pédagogiques et autres méthodologies sont disponibles.

Mais si le nombre de connexions ne cesse de grimper ces dernières semaines, c’est aussi parce que le site est en lien direct avec la plateforme interactive de la Khan Academy, qui, depuis 2008, diffuse en ligne des milliers de tutoriels, essentiellement sur les différents domaines scientifiques, du primaire à la licence universitaire.

Ses adeptes se comptent par millions en terre anglophone. C’est « un contenu pédagogique de qualité à fort impact », comme le résume Jérémy Lachal, que BSF a mis à disposition du public francophone en 2012, après avoir traduit et adapté quelque 6 000 vidéos.

Audience en hausse de 20 %

Dans une Afrique privée d’école, ces petits modules en accès gratuit enregistrent une audience en hausse de 20 % depuis le début du confinement. Plus d’un demi-million d’utilisateurs francophones sont inscrits à travers le continent. L’Afrique du Nord est particulièrement bien représentée avec plus de 200 000 personnes au Maroc, environ 100 000 en Algérie et en Tunisie.

La Côte d’Ivoire, le Cameroun, la RDC et le Sénégal forment le peloton de tête des pays subsahariens, avec plus de 20 000 affiliés chacun. « Ce sont des collégiens, des lycéens et même des étudiants universitaires qui travaillent en parallèle de leur scolarité, mais aussi des enseignants du secondaire qui font cours à leurs élèves via la plateforme », observe le directeur général de BSF.

L’Ideas Box, conçue par Philippe Starck, est une véritable médiathèque en miniature

Mais le continent n’a pas attendu ces dernières semaines pour apprécier le travail fait sur le terrain par l’organisation et ses partenaires locaux. Les rues de Bujumbura découvrent depuis 2014 les multiples possibilités de « l’Ideas Box ». Cette véritable médiathèque en miniature, conçue par Philippe Starck, permet de créer n’importe où un espace culturel connecté, disposant d’une vingtaine d’écrans, ainsi que de livres électroniques et papier.

BSF dispose de 150 boîtes de ce type, qu’elle expédie dans les communautés aborigènes d’Australie, les camps de migrants en Sicile ou ceux de réfugiés dans la région des Grands Lacs. « Partout où nous pouvons apporter la connaissance à ceux qui en sont privés », affirme Jérémy Lachal.

Soif de savoir

BSF n’intervient pas que dans les zones de crise et répond également aux besoins exprimés par les communautés locales en matière de formation ou de matériels documentaires. Près de 5 000 « médiateurs » exercent aujourd’hui sur le terrain et plus de 350 000 ouvrages ont été distribués de par le monde. Pour faire face à « cette soif de savoir » constatée par Jérémy Lachal lors de cette pandémie, BSF sait tourner la page et suivre les technologies les plus innovantes.

C’est le cas avec l’internet offline, qui doit permettre d’apporter du contenu numérique via le navigateur d’un smartphone par exemple. BSF a ainsi développé, en 2018, l’application Kajou, qui donne accès à une banque de contenus par l’intermédiaire d’une simple carte SD.

Certaines universités sénégalaises réfléchissent à proposer à terme des moocs [cours d’enseignement diffusés sur l’internet] grâce à ce nouvel outil. Kajou est également disponible via un serveur autonome permettant jusqu’à 20 connexions simultanées pour dix heures d’autonomie.

« Nos différentes composantes nous permettent d’accompagner une politique publique d’éducation », estime le directeur général de l’organisation, financée à 80 % par des subventions privées et des actions de mécénat.

Bien implantée en Afrique centrale, BSF vient d’ouvrir un bureau régional à Dakar dans l’objectif, pour Jérémy Lachal, « de mettre en place une stratégie forte en direction de la sous-région », destinée justement à convaincre les pouvoirs publics.

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