Dossier

Cet article est issu du dossier «Affaire Vital Kamerhe en RDC : un directeur de cabinet face à la justice »

Voir tout le sommaire
Justice

Affaire Vital Kamerhe en RDC : de quoi le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi est accusé

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 04 mai 2020 à 16h01
Vital Kamerhe, en 2013 à Paris.

Vital Kamerhe, en 2013 à Paris. © Vincent Fournier / JA

Vital Kamerhe, en détention préventive depuis le 8 avril, est soupçonné d’avoir détourné plus de 50 millions de dollars de fonds destinés au Programme des cent jours. Il doit comparaître le 11 mai prochain. Que reproche-t-on exactement au directeur de cabinet du président congolais ? Le point sur un dossier complexe et sensible. 

C’est l’affaire qui concentre toutes les attentions, à Kinshasa. L’arrestation et le placement en détention provisoire du controversé chef de cabinet de Félix Tshisekedi, le 8 avril, a déjà provoqué une première série d’ondes de choc sur la scène politique congolaise.

Les répliques de ce séisme politico-judiciaire sont attendues pour le 11 mai prochain, lors de l’ouverture du procès de Vital Kamerhe et de ses co-accusés – l’homme d’affaires libanais Jammal Samih et Jeannot Muhima Ndoole, chargé de service import-export à la présidence de la République – devant le Tribunal de grande instance de La Gombe, lors d’une audience foraine à la prison centrale de Makala.

« C’est à croire qu’on tient à l’humilier, et à lui faire oublier son rêve de présidentiable en 2023 », fulmine l’un de ses proches, qui siège au gouvernement. De fait, les chefs d’accusation retenus par le parquet près la cour d’appel de Matete contre Kamerhe sont graves : le directeur de cabinet du président congolais encourt une peine de vingt ans de travaux forcés, ainsi que l’inéligibilité.

Accusé avec Jammal Samih

En premier lieu, Vital Kamerhe est accusé, avec Jammal Samih, le patron de Samibo Congo Sarl, d’avoir détourné 48,8 millions de dollars entre les mois de mars 2019 et de janvier 2020. Cette somme a été « remise à la société Samibo SARL pour l’achat et l’érection de 1500 maisons préfabriquées dans le cadre du projet des logements sociaux », figurant au sein du Programme des cent jours. En l’occurrence, cinq provinces sont concernées: Kinshasa, le Kasaï-Central, le Kasaï-Oriental, le Kongo-Central et le Sud-Kivu.

Le second chef d’accusation, qui concerne à la fois Kamerhe et Samih – cette fois en tant que patron de Husmal SARL –, porte sur le détournement présumé de 2,1 millions de dollars entre les mois d’août et septembre 2019. Ce dossier a trait à « l’achat et à l’érection de 3 000 maisons préfabriquées pour les policiers et les militaires de la ville de Kinshasa ». Là encore, dans le cadre du Programme des cent jours.

Le parquet accuse en outre Vital Kamerhe d’avoir détourné la somme de 1,1 million de dollars. Dans ce volet de l’affaire, le co-accusé du directeur de cabinet est un autre agent de l’État : Jeannot Muhima Ndoole, à qui Kamerhe aurait, selon l’accusation, remis la somme en échange du dédouanement et du transport des maisons préfabriquées.

5000 m2 à Basoko

Le parquet accuse par ailleurs Vital Kamerhe d’avoir « abusé de son influence réelle en tant que directeur de cabinet du chef de l’État et superviseur du Programme des cent jours initié par le président de la République » afin que Jammal Samih, via ses sociétés Samibo SARL et Husmal SARL, remporte les marchés publics portant sur les projets de logements sociaux. Et ce, « en violation de la procédure d’appel d’offres » et « des seuils fixés par la législation en matière de passation des marchés par voie de gré à gré ».

Pour étayer ses accusations de « corruption », le parquet mentionne l’achat d’une concession de 5 000 m2 dans le quartier de Basoko à Kinshasa, sur les berges du fleuve Congo. Le bien a été acheté par Jammal Samih au profit de Soraya Mpiana, qui n’est autre que la belle-fille de Vital Kamerhe.

Transféré la semaine dernière à la clinique Ngaliema pour raisons de santé, Jammal Samih, 82 ans, n’a eu de cesse, depuis son arrestation fin février, de clamer son innocence. Administrateur général des sociétés Samibo Congo Sarl et Husmal Sarl, l’homme d’affaires libanais est, en RDC, le représentant de Karmod, un fabricant turc de logements préfabriqués. Dans le cadre du Programme des cent jours, l’entreprise devait livrer 4 500 maisons destinées à être réparties dans cinq provinces.

Pour sa défense, Me Mbu Ne Letang a choisi l’attaque.

Pour sa défense, Me Mbu Ne Letang, son avocat, a choisi l’attaque, et renvoie la balle aux responsables politiques. « Mon client n’a agi que sur instructions de celui qui était directeur de votre cabinet [Vital Kamerhe], ainsi que du conseiller spécial en matière de sécurité », écrit ainsi l’avocat dans un courrier adressé à Félix Tshisekedi, évoquant – sans le citer nommément, François Beya, un autre très influent conseiller du président congolais.

Autre axe de défense de l’homme de loi: les sommes présumées détournées seraient en fait la « conséquence de la différence » entre deux contrats : l’un, pour 900 maisons, « avec le ministère du Développement rural pour 26 millions de dollars », l’autre, dévolu à « la nouvelle commande de 1500 maisons », dans le cadre du Programme des cent jours.

Un détournement de 400… puis de 50 millions

Vital Kamerhe a plusieurs fois tenté d’obtenir une remise en liberté provisoire – en vain. À une semaine du début du procès, Me John Kaboto, l’un de ses avocats, n’en affiche pas moins sa certitude que « le dossier est quasiment vide ».

« Ils ont commencé à poursuivre Vital Kamerhe pour un détournement présumé de 400 millions de dollars, et désormais, on parle de 50 millions… Pourquoi cette différence? » s’interroge l’avocat, qui assure qu’il n’y a « aucun document » prouvant la culpabilité de son client. « Il y a eu beaucoup de légèreté et d’insuffisance de la part du ministère public, et nous allons le prouver à partir du 11 mai », assure-t-il.

Rendez-vous est donc pris pour l’ouverture de ce procès dont l’issue, quelle qu’elle soit, s’avèrera cruciale pour l’avenir politique du pays.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte