Bande dessinée

Miles Davis et Fela Kuti en bande dessinée : à lire en musique

Miles et Juliette, de Salva Rubio (scénario) et Sagar (dessin), Delcourt, 80 pages, 16,95 euros.

Miles et Juliette, de Salva Rubio (scénario) et Sagar (dessin), Delcourt, 80 pages, 16,95 euros. © Editions Delcourt

Deux bandes dessinées redonnent vie à Miles Davis et Fela Kuti, les dieux incontestés du jazz et de l’afrobeat, avec une furieuse énergie.

« Le petit Miles n’a pas besoin de femmes. Il ne pense qu’à sa trompette. » Dans l’avion qui entraîne Miles Davis à Paris, ses confrères se moquent gentiment de lui. Mais le virtuose, déjà considéré comme un génie à New York, confirme. Oui, pour lui, « il n’y a que la musique, le jazz et Ravel ». Il ne se doute pas qu’en ce 8 mai 1949, invité à jouer avec son jazz-band à la salle Pleyel, il va croiser la route d’une jeune femme de 22 ans qui va lui faire tourner durablement la tête : Juliette Gréco.

Miles Davis et Juliette Gréco, une passion fortissimo

L’idylle du trompettiste new-yorkais et de la muse de Saint-Germain-des-Prés est connue. La chanteuse s’est d’ailleurs plusieurs fois confiée sur sa passion. Là où cette bande dessinée épate, c’est dans sa restitution très vraisemblable de l’époque, grâce au travail de documentation du scénariste Salva Rubio, également historien.

Sagar rend avec une étonnante finesse l’émotion des deux amants, leur passion foudroyante… et leur séparation

Le dessinateur, Sagar, lui, rend avec une étonnante finesse l’émotion des deux amants, leur passion foudroyante… et leur séparation. « S’il m’avait emmenée avec lui en Amérique, j’aurais été une “pute à nègres”, confiait Gréco dans un entretien à Jazz Magazine. Elle expérimente d’ailleurs le racisme à New York quelques années plus tard, au Waldorf Astoria, où elle invite son amant à dîner… et où l’on met deux heures à les servir en leur « jetant » les plats.

Accompagnée de notices biographiques, de références bibliographiques et même d’une « set list » regroupant des morceaux des années 1940 devenus des classiques, cette BD à la narration enfiévrée se savoure comme un album de be-bop.

Fela back to Lagos© Editions Glénat © Fela Back to Lagos, de Loulou Dedola (scénario) et Luca Ferrara (dessin), Glénat, 112 pages, 19,50 euros. © Editions Glénat

Fela ressuscité dans une ambiance électrique

Étonnant objet que cet album à mi-chemin entre le thriller urbain, le conte mystique et l’évocation musicale. L’histoire est celle d’Ade, un gamin de Lagos tentant de survivre grâce à des petits larcins, jusqu’à ce qu’il croise la route d’un redoutable chef de gang qui veut le voir mort.

Pasteur déjanté, policier corrompu… le récit imaginé par Loulou Dedola, chanteur et auteur français qui a vécu à Lagos, ne prend pas de pincettes pour décrire le quotidien ultraviolent de la capitale nigériane. Le narrateur imagine surtout une intervention des orishas pour donner à son conte une tournure fantastique et convoquer l’esprit de Fela. Les dessins aux couleurs survitaminées de Luca Ferrara raniment le « black president », changé en une sorte d’esprit vengeur venant une fois encore prêter main-forte aux plus démunis de la population.

Tumulte urbain, solo de saxo, chants vaudous : pour peu qu’on se laisse aller au délire SF des auteurs, ce récit saccadé permet d’approcher en musique la folie de Lagos et de ses lieux mythiques, dont, évidemment, la boîte de Fela, le Shrine.

 

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