Télécoms

M-Pesa et les données mobiles boostent la croissance de Safaricom en 2019

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Mis à jour le 30 avril 2020 à 11h19
De gauche à droite : Nicholas Nganga, président de Safaricom, Peter Ndegwa, directeur général et Sateeh Kamath, directeur financier. Les trois dirigeants ont présenté les résultats 2019 de l'opérateur en visioconférence.

De gauche à droite : Nicholas Nganga, président de Safaricom, Peter Ndegwa, directeur général et Sateeh Kamath, directeur financier. Les trois dirigeants ont présenté les résultats 2019 de l'opérateur en visioconférence. © Safaricom/Youtube/2020

Le plus puissant opérateur kényan, qui a enregistré une croissance à deux chiffres en 2019, a annoncé un partenariat avec Google pour la commercialisation d’un million de smartphones à bas coût sur le marché kényan.

C’est dans l’atmosphère aseptisée d’une salle de presse vide que les dirigeants de Safaricom ont démontré une fois de plus la solidité financière du groupe qu’ils dirigent. Piloté – à distance – depuis fin mars par le Kényan Peter Ndegwa, l’opérateur de télécommunications enregistre pour son exercice 2019 un chiffre d’affaires de 262,5 milliards de shillings kényans, soit plus de 2,23 milliards d’euros pour un bénéfice avant intérêts (Ebit) en croissance de 13,5 % par rapport à 2018 à 101 milliards de shillings.


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Cette progression à deux chiffres du leader des télécoms au Kenya est tirée par une baisse inédite de ses dépenses d’exploitation et par son application phare, M-Pesa, disponible dans 167 pays et qui contribue à elle seule à 12,6 % de la croissance du groupe (33,6 % du chiffre d’affaires en 2019). Autre segment dynamique, les données mobiles, notamment via la 4G, ont enregistré un chiffre d’affaires de 40,7 milliards de shillings, en croissance de 12 % sur un an.

Ce résultat n’a pas été sans prise de risque pour l’opérateur qui a lancé en octobre une offre voix et data illimité. Cette dernière représente d’ores et déjà 40 % des revenus du segment. Bien décidé à poursuivre la pénétration du mobile au Kenya, qu’il juge « perfectible », Peter Ndegwa a annoncé dans la foulée des résultats la conclusion d’un partenariat avec Google pour proposer un million de smartphones à vingt shillings par mois, proposés sur le marché pendant neuf mois.

Des « applications dans l’application » particulièrement rentables

Le diptyque M-Pesa et data mobile est donc désormais le levier de croissance qui compense les pertes sur les usages traditionnels de la voix (- 8 points par rapport à 2017) et de la messagerie (-1,4 point par rapport à 2017). Un filon plus que jamais à exploiter pour la firme contrôlée par le britannique Vodafone à travers sa filiale panafricaine, Vodacom, domiciliée en Afrique du Sud.

C’est la raison pour laquelle le duo Vodacom-Safaricom a créé une coentreprise disposant des pleins pouvoirs pour faire de M-Pesa une « super-app » qui doit pourvoir à divers besoins tels que la réservation de taxis, la prise de rendez-vous divers ou le règlement par mobile de différentes prestations.

Safaricom a lancé de nouveaux services dès 2013, avec M-Shwari, Fuliza et KCB M-Pesa sont venus après pour permettre d’épargner et de contracter des micro-prêts. En 2019, ces « applications dans l’application » représentent les deux tiers des revenus de M-Pesa (84,4 milliards de shillings au total). « Les transferts d’argent obtiennent encore de bons résultats et progressent de 14,6 % par rapport à l’exercice précédent », indique par ailleurs Sateesh Kamath, directeur financier de Safaricom.

Acteur central de l’économie kényane, Safaricom a supprimé depuis le 15 mars les commissions sur les transferts d’argent dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, et maintient cette décision jusqu’à juin. Ce coup de pouce aux consommateurs lui a d’ores et déjà coûté 600 millions de shillings et les pertes totales estimées s’élèvent à 6,5 milliards de shillings. « Bien que cette décision impacte nos activités, nous sommes absolument convaincus que c’était la bonne chose à faire pour soutenir la population », estime Sateesh Kamath.

Bras de fer juridiques

Si elle est positive et s’effectue dans un marché pour le moins favorable, tant sur la régulation que du point de vue de la concurrence – Safaricom capte près de 65 % de parts de marché sur le mobile au second trimestre 2019 -, l’évolution du groupe ne se fait pas sans quelques embûches.

D’une part, la fusion de ses deux concurrents, Telkom Kenya et Airtel Kenya, risque de remettre en cause sa domination du marché.

En outre, en août 2019, le régulateur kényan des jeux de hasard, craignant l’impact social des jeux d’argent, a ordonné à l’opérateur de cesser ses activités liées aux paris sportif. Cette décision découle sur un manque à gagner de 1,9 milliard de shillings pour M-Pesa en 2019.

L’opérateur kényan est également engagé depuis février dans un bras de fer juridique qui l’oppose à la société East african Data Handlers (EADH), spécialisée dans la récupération, l’archivage et l’analyse de données. Safaricom accuse ce prestataire chargé de la gestion des services Lipa na M-Pesa et Buy Goods Platforms (paiement de facture et achat de biens et services, toutes les deux hébergées par M-Pesa) d’avoir détourné 20 millions de shilling en 2016. Pour se défendre, EADH accuse en retour Safaricom d’avoir consciemment et volontairement permis à certains collaborateurs de l’opérateur d’accéder aux données clients afin d’effectuer des transactions frauduleuses.

Parallèlement, le groupe créé en 1993 est accusé par Benedict Kabugi Ngungu, à l’initiative d’une pétition contre l’opérateur, du vol des données de 11,5 millions de clients.

S’ils ne sont pas encore jugés sur le fond, ces deux conflits touchant la plus puissante entreprise du pays entrent en échos avec un débat national plus large sur la confidentialité des données et le droit à la vie privée et pourrait entacher quelque peu la réputation de l’opérateur.

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