Santé

Dans les camps du Polisario, l’insécurité alimentaire inquiète davantage que le coronavirus

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Mis à jour le 03 mai 2020 à 16h13
Dans le camp de réfugiés de Smara, près de Tindouf, en mars 2016.

Dans le camp de réfugiés de Smara, près de Tindouf, en mars 2016. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Les craintes étaient de voir le coronavirus frapper les camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie, où la vie est déjà précaire. Mais ce sont les conséquences économiques de la pandémie qui suscitent désormais l’inquiétude.

Il semble que Tindouf soit dans la même situation que le reste du Sud algérien : faiblement touchée par le Covid-19. Un seul cas a été enregistré dans la wilaya voisine de Tamanrasset, deux dans celle d’Illizi. Et une explication démographique simple derrière ces chiffres : la très faible densité par habitant.

Selon la télévision Rasd TV, qui retransmet le discours des officiels de la République arabe saharouie démocratique (Rasd) et du Front Polisario, aucun cas de coronavirus n’a été enregistré dans les camps de réfugiés – où vivent plus de 170 000 personnes selon les estimations de l’ONU de 2017, et 90 000 selon les autorités marocaines -, ni dans les territoires administrés de fait par le Front, à l’est du mur de défense marocain.

La situation sanitaire fragile dans les camps avait pourtant inquiété des observateurs quand l’épidémie avait touché l’Algérie. Différentes institutions, parmi lesquelles l’Union africaine (UA), avaient alors offert aux autorités médicales le matériel nécessaire pour accueillir les cas symptomatiques du virus.

« Dès le 19 mars, nous avons fermé les lieux publics, suspendu les événements, restreint les déplacements », explique Oubbi Boucheraya, représentant du Polisario à Paris. Selon lui, le déconfinement est maintenant largement lié à l’évolution de la situation en Algérie et en Mauritanie. Selon une source proche des autorités indépendantistes, un assouplissement des mesures restrictives doit intervenir dès le début de mai pour accommoder les familles durant le ramadan.

Insécurité alimentaire

À la crainte de la maladie s’est substituée la peur des conséquences économiques de la pandémie. « La fermeture des petits commerces, des petites activités de transport routier… Beaucoup de familles sont affectées économiquement par les mesures de confinement », souligne une Marocaine dont la famille vit à Tindouf.

La crise menace jusqu’à la disponibilité des aliments du quotidien. Hors épidémie, l’insécurité alimentaire concerne déjà 30 % des habitants et en fragilise 60 %. Alors que les caravanes de denrées arrivent le plus souvent du port d’Oran, au nord de l’Algérie, la limitation des transports a eu un impact négatif : les chargements n’arrivent plus à Tindouf depuis qu’Alger a décrété le confinement. Les autorités de la Rasd piocheraient désormais dans les stocks constitués par le Croissant rouge sahraoui.

Face à cette précarité, Alger a acheminé, fin avril, près de 300 tonnes de produits alimentaires vers les camps de réfugiés. Selon des informations relayées sur les réseaux sociaux et par le site d’information sahraoui Futurosahara, une centaine de Sahraouis qui ne parvenaient pas à rejoindre les camps de réfugiés en territoire algérien, début avril, sonnaient l’alarme sur leur difficulté même à se nourrir, et pointaient la lenteur des autorités de la Rasd à répondre à leur situation.

Le 19 avril, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont demandé 15 millions de dollars à la communauté internationale pour faire face à cette situation, dont six pour assurer des stocks de nourriture. C’est sur le temps long que la population des camps pourrait ressentir les effets de la crise lié au Covid-19.

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