Sécurité

Paul Kagame dément la présence de militaires rwandais dans l’est de la RDC

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Mis à jour le 28 avril 2020 à 15h10
Le président rwandais Paul Kagame au Forum de Davos, le 24 janvier 2019.

Le président rwandais Paul Kagame au Forum de Davos, le 24 janvier 2019. © Markus Schreiber/AP/SIPA

Interrogé sur la présence présumée de militaires rwandais aux côtés des forces armées congolaises dans l’est de la RDC, Paul Kagame a assuré qu’aucun des soldats des RDF n’est déployé dans cette région où sévissent de nombreux groupes armés hostiles à Kigali.

C’était une des questions sur lesquelles le président rwandais était attendu lors de la visioconférence de presse organisé lundi 27 avril. Interrogé sur les accusations de plus en plus fréquentes concernant la participation de militaires rwandais dans les opérations menées par les forces armées congolaises (FARDC) dans l’est de la RDC, Paul Kagame a, sans surprise, démenti fermement. « Le gouvernement de la RDC sait qu’il n’y a pas le moindre soldat rwandais dans l’est de la RDC. Vous pouvez me croire, il n’y a aucun soldat des RDF (Forces de défense rwandaises) dans cette partie du monde », a-t-il assuré, évoquant la situation dans le Sud-Kivu.

Ces derniers jours, c’est surtout la société civile du Nord-Kivu ainsi que certains élus, dont le député de Walikale (Nord-Kivu), Juvénal Munubo, qui avait signalé la présence de RDF dans cette province de l’est de la RDC où sévissent plusieurs groupes armés hostiles à Kigali, dont les rebelles rwandais des FDLR. Ils avaient aussi appelé le mécanisme de vérification mis en place par la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIRGL) à se pencher sur cette question.

Dans le même temps, le Baromètre Kivu Security Tracker, mis en place par Human Rights Watch et le Groupe d’étude sur le Congo, rattaché à l’Université de New-York, a affirmé à de multiples reprises au cours des derniers mois que des militaires rwandais se trouvaient aux côtés des FARDC lors d’opérations.

Le dernier signalement date du 14 avril et concerne une offensive des FARDC contre une faction des FDLR, dans le territoire de Rutshuru (Nord-Kivu) à laquelle, selon le Kivu Security Tracker, des militaires rwandais auraient participé. Contactée, une source de Jeune Afrique au sein mécanisme de suivi de l’accord d’Addis Abeba a cependant démenti l’information.

Axe Kigali-Kinshasa

La polémique n’est pas nouvelle, même si elle a jusqu’à présent été systématiquement démentie par  les autorités à Kinshasa ainsi qu’à Kigali. La collaboration militaire entre la RDC et le Rwanda s’était déjà renforcée lors des six derniers mois au pouvoir de Joseph Kabila, avec le rapatriement de FDLR démobilisés et l’arrestation en décembre 2018, par les services congolais, de deux hauts cadres de ce groupe rebelle. Elle a toutefois connu un élan encore plus important depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi.

Au sortir d’une élection contestée, le président congolais a très rapidement entamé un rapprochement avec ses voisins de la région, et principalement avec le Rwanda, malgré certaines réticences dans son propre camp.

L’objectif affiché par Tshisekedi est alors de faire collaborer les différents partenaires régionaux dans la lutte contre les groupes armés présent dans l’Est de la RDC.

Le projet d’état-major conjoint n’ayant connu aucune suites concrètes, Kigali et Kinshasa ont néanmoins consolidé leur collaboration dans le domaine militaire, faisant naître des interrogations sur l’étendue de celle-ci, renforcées par la mort de plusieurs cadres des FDLR ou de factions dissidentes de ce groupe rebelle au cours du dernier trimestre de 2019. À l’image de Sylvestre Mudacumura ou de Jean-Michel Africa, certains de ces chefs de groupes de armés étaient présents depuis plusieurs décennies dans la région.

« Équipe conjointe de renseignement”

Officiellement cette collaboration se limite à l’échange de renseignements. Félix Tshisekedi l’avait notamment évoqué lors d’une interview au Monde et à TV5 Monde en septembre 2019.

Paul Kagame est revenu sur le sujet, lors de sa visioconférence de presse, évoquant, dans le cas du Nord-Kivu, un partage d’informations sur les groupes rebelles. « Heureusement, le gouvernement congolais a accepté de travailler en collaboration avec les pays de la région, ses voisins, pour tenter de résoudre ce problème des groupes armés qui court depuis plusieurs décennies. (…) Pour certains ce n’est apparemment pas une bonne chose. (…) Nous donnons des informations à nos partenaires de la région dont les Nations unies, des informations à propos de ces activités. Nous avons également donné des informations au gouvernement congolais et ils ont commencé à agir sur la base de certaines des informations que nous leur avons données, car ils ont eu la possibilité de les vérifier et de voir ce qui grandissait dans le Nord-Kivu », a expliqué le président rwandais.

Interrogé sur le cadre de cette coopération à la fin de l’année 2019, un haut gradé de l’armée congolaise nous avait confirmé l’existence d’une « équipe conjointe de renseignement” [ECR] qui rassemble les données civiles et militaires collectées par les deux pays pour les fournir aux unités des Forces armées de la RDC [FARDC], spécialisées dans les opérations contre les groupes rebelles », assurant que les chefs rebelles FDLR récemment tués l’avaient été sur la base de ces renseignements.

Présence burundaise

S’il a démenti la présence de militaire rwandais dans le Sud-Kivu, Paul Kagame a néanmoins assuré qu’il disposait de renseignements faisant état de la présence de forces gouvernementales burundaises dans cette province où se trouvent notamment les rebelles du Red-Tabara, hostiles au gouvernement de Gitega. Contactées, les autorités burundaises n’ont pas répondu à nos sollicitations.

De son côté, le gouverneur du Sud-Kivu Théo Ngwabidje a rejeté des « informations non recoupées et à l’état de rumeurs pour l’instant » assurant que les forces armées congolaises « sont saisies pour vérification sur le terrain afin de traquer toutes les forces négatives locales ou étrangères dans la province ».

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