Diplomatie

Centrafrique : Faustin-Archange Touadéra avance ses pions vers une modification de la Constitution

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Le président centrafricain Faustin-Archange Touadera à Paris, le 25 septembre 2017.

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadera à Paris, le 25 septembre 2017. © PDN/SIPA

Faustin-Archange Touadéra (FAT) s’apprête à valider une modification de la Constitution qui lui permettrait, en cas de « glissement » de l’élection présidentielle de décembre 2020, d’assurer son propre intérim. Une idée qui lui est venue de ses réseaux personnels.

Depuis plusieurs semaines, Faustin-Archange Touadéra (FAT) a laissé entendre qu’il était favorable à une modification de la Constitution en lien avec la pandémie de Covid-19. Discrètement, le chef de l’État centrafricain a ainsi autorisé ses soutiens du Mouvement Centrafrique debout (MCD) – en particulier son président, Mathurin Dimbelet Nakoe – à travailler sur la question.

S’est ensuivie une proposition de loi présentée par ce dernier à l’Assemblée nationale le 10 avril. Celle-ci prévoit un maintien au pouvoir provisoire du président si un cas de force majeure venait stopper ou retarder le processus électoral. Jugée recevable le 16 avril par l’Assemblée nationale et transmise au gouvernement pour étude, elle prévoit ainsi que le chef de l’État « actuel » (tout comme les députés) reste en place jusqu’à l’installation de son successeur.

En l’occurrence, si la présidentielle venait à être repoussée de plusieurs mois en raison de la situation sanitaire ou sécuritaire, une telle loi autoriserait FAT à assurer son propre intérim – ce qui n’est pas prévu aujourd’hui dans la Constitution.

Selon nos sources, cette modification, dénoncée par la totalité des leaders de l’opposition, de Martin Ziguélé à Anicet-Georges Dologuélé, a été validée le 22 avril par le cabinet du président et devait être approuvée en Conseil des ministres.

Deux virulents défenseurs

Le MCD fait partie des petites formations politiques régulièrement utilisées par la présidence et le parti de FAT, le Mouvement Cœurs unis (MCU), sur la scène politique banguissoise. Il est dirigé par Mathurin Dimbelet Nakoe et Zama Javon Papa, qui font le lien entre le MCD et le MCU.

Proches des réseaux du président, les deux hommes sont d’anciens membres du Kwa na Kwa (KNK), de l’ancien président François Bozizé. Zama Javon Papa a été directeur général de la presse présidentielle du temps de « Boz », tandis que Dimbelet Nakoe était directeur général de la Société centrafricaine de stockage des produits pétroliers (Socaps).

Selon nos informations, Dimbelet Nakoe avait d’ailleurs été l’une des personnalités visées par un audit des comptes de la Socaps, lequel avait révélé des faits de détournement pour une somme dépassant le milliard de francs CFA. Selon un ancien membre du gouvernement de l’époque, François Bozizé avait cependant suspendu la procédure judiciaire découlant de l’audit, ce qui avait évité au directeur général d’avoir à se justifier devant la justice.

Depuis la chute de « Boz », Zaman Javon Papa et Mathurin Dimbele Nakoe, qui font partie des plus virulents défenseurs de Faustin-Archange Touadéra face à l’opposition (et notamment face à Bozizé récemment), ont logiquement suivi son ascension.

Ils ont encore reçu le 17 mars un ordre de mission (« à la charge financière du MCD ») signé du ministre chargé du Secrétariat général du gouvernement, Maxime Balalou. Motif invoqué : « sensibilisation des populations » sur le bilan du président Touadéra.

Discret intermédiaire 

Conscient du caractère sensible de cette modification de la constitution, Faustin-Archange Touadéra en avait fait un des sujets de sa mini-tournée diplomatique du 22 avril, à Kinshasa puis à Brazzaville, où il en a, selon nos informations, discuté avec son homologue Denis Sassou Nguesso (DSN).

Depuis son accession au pouvoir, Faustin-Archange Touadéra a mis en place plusieurs réseaux afin de maintenir de bonnes relations avec Kinshasa et Brazzaville. L’un d’eux est piloté par l’homme d’affaires Sani Yalo, très proche du chef de l’État, qu’il conseille en politique et dans les affaires.

Selon nos informations, Yalo a conduit une première mission début avril à Kinshasa pour organiser la venue de FAT. Il a pu s’appuyer sur des liens existants avec Félix Tshisekedi et son entourage (dont le conseiller sécurité François Beya), qu’il a rencontrés à Bruxelles il y a plusieurs années.

L’homme d’affaires centrafricain s’était ensuite rendu à Brazzaville pour poursuivre la préparation de la venue de Touadéra. Au Congo-Brazzaville, il a été introduit auprès de DSN par le fils de ce dernier, Denis Christel Sassou Nguesso, avec qui il entretient des liens d’amitié. À Brazzaville, Sani Yalo s’est également appuyé sur Jean-Dominique Okemba, conseiller spécial du président congolais.

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