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Football : l’Arabie saoudite veut s’offrir Newcastle United

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Mis à jour le 07 mai 2020 à 08h41
Les fans de Newcastle United encouragent leur équipe lors d'un match de Premier League à Birmingham, le 25 novembre 2019.

Les fans de Newcastle United encouragent leur équipe lors d'un match de Premier League à Birmingham, le 25 novembre 2019. © Rui Vieira/AP/Sipa

Un consortium mené par le Fonds public d’investissement saoudien, piloté par le prince héritier Mohammed Ben Salmane, souhaite racheter le club anglais de Newcastle United. Si l’affaire est bien engagée, elle se heurte à plusieurs obstacles.

L’hypothèse de voir Newcastle United passer sous pavillon saoudien prend chaque jour un peu plus d’épaisseur. Un consortium mené par le Fonds public d’investissement saoudien (PIF), qui pèse environ 295 milliards d’euros, est actuellement en négociations exclusives avec Mike Ashley, propriétaire et actionnaire majoritaire (depuis 2011) de ce club évoluant en Premier League anglaise, pour en racheter 80 % des parts.

Les Saoudiens ont proposé 345 millions d’euros à l’homme d’affaires et lui auraient déjà versé une avance non remboursable de 19,5 millions.

Mike Ashley est visiblement assez pressé de vendre, surtout en cette période de crise sanitaire. Les clubs anglais ignorent en effet si le championnat, interrompu depuis le 7 mars dernier pour cause de coronavirus, pourra aller à son terme. Et un arrêt de la compétition aurait un impact économique majeur, en matière de droits télé, de sponsoring et de billetterie.

Une bonne opération

« Il y a toujours de bonnes affaires à réaliser quand il y a une crise. Il y a quelques mois, Newcastle aurait sans doute été valorisé nettement plus que 345 millions d’euros », estime Vincent Chaudel, fondateur de l’Observatoire du Sport business.

Pour l’Arabie saoudite, le rachat, à un prix plutôt raisonnable, des Magpies, serait assurément une bonne opération. Le club jouit d’un palmarès plutôt consistant : quatre titres de champion d’Angleterre, six Coupes d’Angleterre et une Ligue Europa. Son stade, le Saint-James’ Park, est un des plus grands du Royaume-Uni, avec 52 400 places.

Newcastle a le potentiel pour venir titiller le Top 5, si le deal se réalise.

Et Newcastle-upon-Tyne, est considérée comme une vraie ville de football, avec un des publics les plus chauds du Royaume-Uni. « Sans oublier le fait que la Premier League anglaise est celle qui génère le plus de droits télé au monde », rappelle Vincent Chaudel.

Actuellement treizième du championnat, Newcastle United est loin de pouvoir rivaliser avec Liverpool, Manchester City, Manchester United, Arsenal ou Tottenham. « Mais il y a le potentiel pour venir titiller le Top 5, si le deal se réalise, estime Vincent Chaudel. Si les Saoudiens prennent les commandes, ils amèneront des moyens qui leur permettront de renforcer l’équipe de manière significative. Même s’il sera toujours délicat d’attirer de grands joueurs dans un club qui ne fait pas partie des meilleurs d’Europe, au nord-est de l’Angleterre ».

Rivalité avec le Qatar

Ce probable rachat permettrait à l’Arabie saoudite de s’implanter dans le paysage du football européen, comme l’ont fait avant elle les Émirats arabes Unis et le Qatar. En 2008, le cheikh Mansour Ben Zayed Al Nahyane, membre de la famille dirigeant d’Abou Dhabi, avait ainsi racheté Manchester City. Puis, en 2011, le fonds Qatar Sports Investments s’était offert le Paris-Saint-Germain.

« Le rayonnement sportif du Qatar, à travers le PSG et son Académie Aspire notamment, et son rayonnement médiatique, avec la chaîne beIN Sports, agace Riyad, assure Vincent Chaudel. L’Arabie saoudite, qui se voit comme le patron du Golfe persique, a décidé de réagir, et le probable rachat de Newcastle en est une illustration ».

Depuis juin 2017, l’Arabie saoudite et le Qatar n’ont d’ailleurs plus de relations diplomatiques. « Il y a une compétition qui existe entre ces deux pays et les Émirats arabes unis, poursuit-il. Une lutte d’égos entre milliardaires qui s’exporte jusqu’en Europe, avec le football. C’est un peu le Monopoly du Golfe… »

La possible arrivée du PIF à la tête de Newcastle United n’a évidemment pas laissé le Qatar indifférent. Selon le Times, Yousef al-Obaidly, le directeur général de beIN Sports, a écrit à la Premier League anglaise et à tous les clubs afin de bloquer le rachat des Magpies. Le Qatari a rappelé que l’Arabie saoudite abrite la chaîne pirate beoutQ, qui diffuse gratuitement les programmes de beIN Sports depuis 2017, dont le championnat d’Angleterre.

L’UEFA aurait également été alertée. « On ne peut pas faire le reproche à beIN Sports de vouloir défendre ses droits », juge le fondateur de l’Observatoire du sport business.

Un rachat controversé

De son côté, l’ONG Amnesty International a contacté Richard Masters, le directeur général de la Premier League. Outre ses violations répétées des droits humains et son implication dans la très meurtrière guerre du Yémen – notamment pour les civils -, l’Arabie saoudite est régulièrement accusée de financer le terrorisme islamiste.

Le nom du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane est également lié à l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dans les locaux du consulat du Royaume à Istanbul, en octobre 2018.

Mohammed Ben Salmane, qui se voit déjà à la tête du club, rêve d’attirer Gareth Bale et Edinson Cavani

Pour autant, le rachat définitif de Newcastle United semble être en marche, comme le croit Vincent Chaudel : « L’argent n’a pas d’odeur. Les supporters supportent leur équipe. Ils ont depuis longtemps compris que les présidents, les propriétaires passent. Le club, le stade, le palmarès restent. »

Le gouvernement anglais, par la voix d’Oliver Dowden, le secrétaire d’État au Numérique, à la Culture, aux Médias et au Sport, a déjà fait savoir qu’il n’interviendrait pas.

Ben Salmane, qui se voit déjà à la tête des Magpies, rêve d’attirer Massimiliano Allegri, l’ex coach du Milan AC et de la Juventus Turin, le joueur belge Dries Nertens (Naples), le Gallois Gareth Bale (Real Madrid) ainsi que le buteur uruguayen Edinson Cavani, qui évolue au… PSG. Un hasard, sans doute…

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