Politique

Burkina Faso : le coronavirus et le calendrier électoral au cœur des discussions politiques

Réservé aux abonnés | | Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 24 avril 2020 à 22h57
Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré.

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré. © Présidence du Burkina Faso

Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, le président Roch Marc Christian Kaboré a échangé avec la classe politique pour tenter d’obtenir un consensus sur le maintien ou non des élections présidentielle et législatives, prévues le 22 novembre. Décryptage.

Les élections présidentielles et législatives du 22 novembre vont-elles se tenir ? Alors que la question taraude les esprits, un consensus semble se dégager. « Personne n’a posé la question du report des élections. Nous allons plutôt échanger sur les mesures à prendre pour tenir ces scrutins. Globalement, opposition et majorité sont sur la même longueur d’ondes », glisse un participant de la rencontre initiée ce 23 avril par le président Kaboré.

L’analyste politique Abdoul Karim Saidou estime peu probable que l’opposition accepte un report des élections. « Le pouvoir doit la convaincre de l’impossibilité de respecter le calendrier. Il y a quelques mois déjà, l’opposition soupçonnait une volonté d’utiliser l’insécurité comme prétexte pour reporter les élections. Dans tous les cas, majorité et opposition sauront trouver un compromis qui pourrait consister à proroger les mandats du président du Faso et des députés par une révision constitutionnelle », conclut l’universitaire.

• La santé des populations est-elle la priorité des responsables politiques ?

La mise en œuvre des gestes barrières et de la distanciation sociale avait contraint l’exécutif à suspendre le processus d’enrôlement des électeurs. « Roch Marc Christian Kaboré nous a invités pour évoquer la tenue ou non des élections, mais l’opposition a rétorqué que sa priorité était la santé des populations, étant donné que la date du scrutin avait déjà été arrêtée par consensus lors du dialogue politique de juillet 2019. Nous avons exigé que soit fait un point sur la gestion du Covid-19. Le président Kaboré a accepté de nous recevoir à cet effet », détaille un membre de l’opposition ayant pris part aux échanges.

Mais dans l’entourage du chef de l’État, on explique que Kaboré a instruit ce dialogue entre opposition et majorité afin de dégager un consensus. « Le président attend donc les résultats. Il revient à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de mettre toutes les hypothèses de travail sur la table, avec en ligne de mire le respect de la Constitution », glisse un proche du président burkinabè. Et d’ajouter que si la Ceni déclare que le scrutin aura lieu le 22 novembre, alors il en sera ainsi.

• Dans quelles conditions les opérations d’enrôlement peuvent-elles se dérouler ?

D’après nos informations, le président de la Ceni, Newton Ahmed Barry, avait exposé lors des débats du 16 avril dernier trois scénarios potentiels. Le premier préconise un redémarrage des opérations d’enrôlement à partir du 1er mai pour organiser l’élection présidentielle couplée aux législatives à bonne date.

Le second table sur une reprise de l’enrôlement des électeurs dès le 1er juin avec un léger décalage – d’une voire de deux semaines – de la date du scrutin. Enfin, la dernière proposition prône un enrôlement à partir du 1er juillet avec un report des élections au début de 2021. Pour l’instant, si aucune décision n’a été arrêtée par les parties prenantes sur le calendrier électoral, les consultations  vont se poursuivre.

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, vendredi 13 septembre 2019, lors d'une rencontre préparatoire au sommet extraordinaire de la Cedeao sur la sécurité.

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, vendredi 13 septembre 2019, lors d'une rencontre préparatoire au sommet extraordinaire de la Cedeao sur la sécurité. © DR / Présidence du Burkina Faso

Contacté par Jeune Afrique, un leader de la majorité présidentielle affirme que ces possibilités sont à l’étude et seront débattues avec le chef de l’État. Il précise toutefois qu’il faut éviter un vide constitutionnel. « En l’absence de cas de force majeure, la responsabilité du gouvernement est engagée quant à la tenue des élections à bonne date », insiste notre interlocuteur.

Mais, selon nos sources, l’opposition penche en faveur du respect de la date du 22 novembre, conformément à la décision du dialogue politique de juillet 2019. « Nous ne sommes pas allés à cette rencontre [le 23 avril] pour discuter du report ou non des élections, mais pour écouter les professionnels de la santé sur la gestion de la pandémie », a martelé notre contact de l’opposition, insistant sur les mesures sanitaires et sécuritaires que le gouvernement devait prendre pour permettre le bon déroulement des opérations d’enrôlement sur toute l’étendue du territoire national.

• Quel budget pour les prochaines élections ?

Si la Ceni se dit capable d’organiser les élections à condition que la sécurité soit assurée et que les préconisations sanitaires (port de masques, désinfection des matériels, distanciation sociale…) soient suivies, elle s’apprête en revanche à revoir le coût initial des scrutins, estimé à 96 milliards de francs CFA.

Cette somme – dont la moitié avait été mobilisée par le ministère des Finances – serait revue à la baisse, selon nos sources. En cause : le nombre réduit d’électeurs de la diaspora. « La Ceni tablait sur 2,5 millions d’inscrits parmi les Burkinabè de l’extérieur mais elle n’a pu enrôler que 23 000 personnes environ », avance une source.

Autre inconnue, le sort réservé à ces 2,7 millions de citoyens qui verront leur carte nationale d’identité burkinabè expirer d’ici à novembre, alors que les capacités de délivrance de nouvelles cartes se situent autour de 700 000 unités d’ici à ce mois. Une situation qui compromet leur participation au scrutin, d’autant plus que l’enrôlement effectué dans la première zone (sur les trois prévues), n’a permis d’enregistrer qu’environ 500 000 personnes sur un potentiel de 1,6 million d’électeurs.

• Que faut-il attendre des concertations entre majorité et opposition ?

L’opposition campe sur sa position, d’autant que la réunion ne prendra aucune décision relative au processus électoral. « Si le président et sa majorité insistent pour que l’on se décide immédiatement, l’opposition se retirera de la salle », avait prévenu le président d’un parti d’opposition.

La rencontre du 23 avril s’est penchée plutôt sur la situation sanitaire avec un exposé des ministres (Santé, Transport, Finances, Éducation, etc.) concernant les mesures de riposte contre la maladie. Reste que les acteurs doivent s’entendre sur un calendrier précis et notamment sur le vote des quelque 800 000 déplacés internes, ayant fui notamment les exactions des groupes terroristes dans le Nord du pays. « Nous trouverons un moyen de faire voter ces déplacés », assure le dirigeant d’un parti de la majorité présidentielle.

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