Pétrole & Gaz

Comment Total a finalement pu acquérir les parts de Tullow Oil en Ouganda

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Mis à jour le 24 avril 2020 à 17h30
Vue du lac Albert, en Ouganda (illustration).

Vue du lac Albert, en Ouganda (illustration). © Rod Waddington/CC/Flickr

Annoncée jeudi 23 avril, la cession pour 575 millions de dollars à son partenaire, Total, de la totalité de sa participation dans le projet du lac Albert en Ouganda, était attendue. Elle permet à Tullow Oil, lourdement endetté, de se recentrer sur ses actifs les plus rentables.

Pour Tullow Oil, la conclusion d’un accord de vente à Total de sa participation (33 %) dans le mégaprojet pétrolier de Tilenga, situé sur le Lac Albert, est un soulagement.

Grâce à cette transaction, le groupe britadhnnique cède la totalité de ses parts contre un chèque de 575 millions de dollars (532 millions d’euros). Dans les faits, 500 millions de dollars seront versés lors de la signature formelle et la validation par les actionnaires, le chinois Cnooc – le troisième partenaire sur le projet -, et Kampala. Le solde, 75 millions de dollars, sera payé à la décision finale d’investissement (FID) du projet piloté désormais par Total.

Dirigée depuis Londres, la junior britannique est dans la tourmente depuis le milieu de l’année dernière, après avoir dû revoir à la baisse des prévisions de production bien trop optimistes, et qui avaient entraîné le limogeage de son patron écossais Paul McDade.

Tullow Oil a fait début mars 2020 dernière des pertes faramineuses de 1,7 milliard de dollars en 2019, alourdissant encore une dette devenue insoutenable. Il avait annoncé début 2020 un plan de cession de 1 milliard de dollars – concernant notamment le Lac Albert – pour garder la tête hors de l’eau.

Un précédent projet avorté

Du côté de Total, cet accord préparé discrètement depuis janvier dernier, confirme la volonté du géant français de développer ce grand projet. Devant initialement être lancé fin 2019, il avait mis en attente du fait de désaccords avec Kampala.

Cette transaction signifie donc qu’un terrain d’entente fiscal et réglementaire a été trouvé avec les autorités ougandaises. Un différend sur des questions d’exemptions fiscales, avaient contraint les autorités à faire échouer un premier projet de rachat des parts de Tullow Oil.

La conjoncture désastreuse actuelle a sans doute aidé les équipes de Total à convaincre Kampala de renoncer à certaines de ses prétentions, qui selon Total, remettaient en cause le modèle économique d’un projet nécessitant quelque 10 milliards de dollars d’investissement.

« Nous sommes heureux d’annoncer qu’un nouvel accord a été conclu avec Tullow pour acquérir l’ensemble de leurs intérêts dans le projet du Lac Albert pour un coût d’acquisition de moins de 2 dollars par baril, et que nous avons un accord avec le gouvernement ougandais sur le cadre fiscal. Cela s’inscrit pleinement dans notre stratégie d’acquisition de ressources long-terme à bas coût », s’est félicité Patrick Pouyanné, le patron de la major pétrolière française.

Des perspectives à l’ouest du continent pour le nouveau CEO

Piloté par Dorothy Thomson, jusqu’à l’arrivée le 1er juillet d’un nouveau CEO, l’Indien Rahul Dhir, Tullow Oil devrait concentrer ses efforts sur ses projets potentiellement plus rentables d’Afrique de l’Ouest – comme au Ghana. Alors que ses projets en Afrique de l’Est n’avaient guère les faveurs des analystes.

Il faut dire qu’avant la conclusion de l’accord avec Total, le spécialiste Rystad Energy avait estimé le point d’équilibre du projet ougandais à 40,35 dollars le baril, et celui de celui de South Lokichar, que Tullow Oil mène au Kenya, à 60,65 dollars le baril. Des projets clairement non rentables dans un contexte de chute vertigineuse du prix du brut, le baril de Brent étant actuellement coté à 21,5 dollars à Londres ce 23 avril.

Venu de Delonex Energy, qui possède des actifs au Tchad, en Éthiopie et au Kenya, Rahul Dhir aura fort à faire pour sortir de l’ornière le groupe britannique.  Junior fondée en 1986 par l’Irlandais Aidan Heavey, Tullow Oil est devenu sous sa gouverne un poids moyen du secteur, grâce à ses succès pétroliers africains.

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