Transport aérien

Ébranlée par l’intensité de la crise, Ethiopian Airlines « lutte pour sa survie »

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 23 avril 2020 à 11h39
Tewolde GebreMariam, directeur général d’Ethiopian Airlines, répond fin novembre aux questions de JA dans la palmeraie d'un grand hôtel de Rabat lors de la cinquantième assemblée générale de l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa). le 27 novembre 2018.© M'HAMMED KILITO pour JA

Tewolde GebreMariam, directeur général d’Ethiopian Airlines, répond fin novembre aux questions de JA dans la palmeraie d'un grand hôtel de Rabat lors de la cinquantième assemblée générale de l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa). le 27 novembre 2018.© M'HAMMED KILITO pour JA © M'HAMMED KILITO pour JA

Pour Tewolde GebreMariam, le DG d’Ethiopian Airlines, les conséquences de la crise sanitaire du Covid-19 sur le secteur du transport aérien vont au-delà de « ce qu’on pouvait imaginer ». Aujourd’hui, la première compagnie africaine « lutte pour sa survie ».

Volte-face pour Ethiopian Airlines qui subit, avec un léger décalage par rapport à ses consœurs, les conséquences de la pandémie de coronavirus sur son activité.

Alors que début mars, le DG de la première compagnie aérienne du continent affirmait lors d’une conférence aéronautique à Addis Abeba que la pandémie n’était qu’un « problème temporaire », comparable à un désastre naturel ou à une hausse brutale du prix du pétrole, aujourd’hui le discours a radicalement changé.

Un mois plus tard, Tewolde GebreMariam reconnaît qu’Ethiopian est en « lutte pour sa survie ». Et pour y parvenir, elle cherche à augmenter son activité de fret et à retarder les paiements dus pour la location d’avions.

6 milliards de dollars de pertes en Afrique

« Pour être honnête, jamais je n’aurais pensé que nous en arriverions là », concède Tewolde GebreMariam dans une interview à l’AFP. « Je n’aurais jamais pensé que ça se répandrait comme ça, à cette vitesse, et avec une telle ampleur. Ça va juste trop vite, ça coûte trop cher et c’est au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer. »

En Afrique, les compagnies aériennes pourraient perdre 6 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros) de revenus passagers en 2020 à cause du coronavirus, comparé à l’année 2019, selon l’Association internationale du transport aérien (Iata).

Ethiopian Airlines, joyau de l’économie éthiopienne détenu par l’État et source vitale de devises étrangères, a déjà annoncé avoir perdu 550 millions de dollars de revenus depuis janvier.

« Si vous vous mettez à ma place, la seule manière d’avancer pour Ethiopian Airlines est d’augmenter ou de concentrer ses ressources, son énergie et son temps sur des secteurs qui ne sont pas affectés par le coronavirus », constate son DG.

Est-ce que nous serons capables de résister avec seulement 15 % de nos revenus ?

La compagnie a commencé à jouer un rôle majeur dans la lutte contre le coronavirus en Afrique en distribuant de l’équipement médical sur tout le continent. Malgré ça, elle pourrait ne pas pouvoir survivre plus de trois mois avant de devoir chercher de l’aide financière à l’extérieur.

« Est-ce que nous serons capables de résister avec seulement 15 % de nos revenus ? », s’interroge Tewolde GebreMariam, en référence à ce que rapporte l’activité fret. « Pour une courte période oui. Mais pour combien de temps ? C’est difficile à prédire. »

Hausse des activités de fret

Lors des premières semaines après l’apparition de la pandémie en Afrique, Ethiopian Airlines a été critiquée en Éthiopie pour avoir maintenu ses vols vers la Chine, d’où provient le virus, à la différence de ses concurrents comme Kenya Airways.

Mais Tewolde GebreMariam assure que si c’était à refaire, il reprendrait la même décision. Il souligne que le premier cas officiellement recensé de Covid-19 en Éthiopie a été un Japonais arrivé dans le pays depuis le Burkina Faso.

Les routes chinoises constituent aujourd’hui le cœur des opérations de fret d’Ethiopian Airlines, alors que le monde entier tente de se fournir en équipements médicaux produits en Chine.

Mais cette tâche est rendue plus difficile par la baisse vertigineuse du trafic passager, les avions passagers pouvant aussi transporter des marchandises.

« En ce moment, on manque cruellement d’avions cargo en partance de Chine », observe Craig Jenks, de la société new-yorkaise de conseil aéronautique Airline/Aircraft Projects Inc. consultancy. Le coût des vols cargo longue distance est « au moins le double de la normale », ajoute ce dernier.

Au début de la crise, Ethiopian Airlines avait 12 avions dédiés au fret. La compagnie a depuis modifié « 10 à 15 » avions passagers en enlevant les sièges pour renforcer sa flotte, explique Tewolde GebreMariam. Elle reste assez loin des capacités cargo de concurrents comme Emirates ou Qatar Airways. Mais selon M. Jenks, elle peut espérer tirer à terme de ses opérations de fret jusqu’à 40% de ses revenus habituels.

La même stratégie à long terme

Ethiopian Airlines se consacre également à des activités propres à cette ère nouvelle du coronavirus.

De hauts responsables américains et japonais l’ont ainsi remerciée pour avoir rapatrié certains de leurs compatriotes depuis des pays africains.

Le 20 avril dernier, la compagnie a fini de distribuer le second lot de masques, kits de dépistage, ventilateurs et autres équipements médicaux donnés aux pays africains par le milliardaire chinois Jack Ma.

Et la semaine dernière, l’Éthiopie et les Nations unies ont ouvert une plate-forme de transport humanitaire à l’aéroport d’Addis Abeba pour acheminer des équipements et des travailleurs humanitaires à travers l’Afrique.

Report des remboursements

Mais alors que le coût financier de la crise ne fait que s’accroître, Ethiopian Airlines a commencé à discuter d’un report des versements liés à la location d’avions et pourrait aussi réclamer un délai pour le remboursement de 2 milliards de dollars de dette.

La compagnie se dit déterminée à ne licencier aucun de ses employés permanents, mais n’exclut pas de devoir imposer des baisses de salaire si la crise devait perdurer, selon Tewolde GebreMariam.

Nous ferons tout pour survivre

Il estime que l’expansion actuelle du secteur du fret pourrait fléchir dès le mois de juin, alors que le trafic passager pourrait continuer à tourner au ralenti longtemps après que les pays auront levé les restrictions sur les vols.

Malgré tout, Ethiopian Airlines n’a pas modifié sa stratégie de croissance à long terme, qui passe notamment par la construction d’un nouvel aéroport d’un coût de 5 milliards de dollars à Addis Abeba. « Nous ferons tout pour survivre », assure son DG.

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