Politique

Au Maroc, le casse-tête des rapatriements

| Par - à Rabat
Mis à jour le 20 avril 2020 à 15h10
Une habitante de Rabat, confinée, le 18 avril 2020.

Une habitante de Rabat, confinée, le 18 avril 2020. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Touristes étrangers toujours bloqués sur le sol marocain, binationaux qui voudraient regagner l’Europe, touristes marocains bloqués à l’étranger… Le rapatriement est géré au compte-gouttes par les autorités marocaines.

« Les Marocains bloqués à l’étranger doivent faire preuve de patience. À la fin de la crise, ils seront honorés d’avoir fait des sacrifices. » Les propos de Nezha El Ouafi, ministre déléguée chargée des Marocains résidents à l’étranger (MRE), tenus devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, n’ont pas suffi à convaincre la douzaine de députés – sur les 43 que compte la commission permanente – présente physiquement ce 15 avril dans l’enceinte du Parlement.

« Bien qu’il soit lui-même issu des rangs du Parti justice et développement (PJD), comme la ministre, le président de la commission, Youssef Gharbi, a vite compris qu’El Ouafi n’avait pas grand-chose à déclarer, confie à Jeune Afrique une source proche de la commission parlementaire.

C’est la raison pour laquelle il a décroché son téléphone et appelé le ministre des Affaires étrangères pour fixer une nouvelle réunion. » Cette semaine, donc, c’est Nasser Bourita qui est attendu dans l’hémicycle pour apporter des précisions.

En attendant, les parlementaires ont formulé plusieurs propositions pour sortir de l’impasse, comme « la réquisition d’internats, hôtels et autres structures pour accueillir et mettre en quarantaine, progressivement, les 18 226 personnes concernées. »

Et notre source d’ajouter : « Le plus urgent c’est de faciliter les transferts d’argent vers nos compatriotes marocains bloqués à l’étranger, ce qui implique une coopération avec l’Office des changes. »

Vols spéciaux pour les touristes

Des touristes bloqués à l’aéroport de Marrakech pour cause de suspension des vols en pleine crise du coronavirus, le 19 mars 2020 (archive).

Des touristes bloqués à l’aéroport de Marrakech pour cause de suspension des vols en pleine crise du coronavirus, le 19 mars 2020 (archive). © Jessica Blough/AP/SIPA

Dans le même temps, de nombreux étrangers sont eux coincés au Maroc. Certains touristes n’ont pas trouvé de place dans les vols spéciaux organisés une semaine après le verrouillage des frontières, du 15 au 22 mars. « Après les rapatriements massifs, nous avons adopté une approche de coordination avec les représentations diplomatiques, pour permettre à leurs ressortissants de quitter le pays », explique un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères.

Aussi, le ballet aérien des « vols spéciaux » se poursuit. Ce vendredi pour évacuer quelques 300 ressortissants scandinaves. Le weekend précédent, 200 citoyens américains et canadiens étaient rapatriés depuis Casablanca. Un autre vol d’Edelweiss airlines embarquait vers Zurich une quarantaine de passagers étrangers, dont une moitié de ressortissants suisses. En tout, une quinzaine de vols spéciaux ont été autorisés depuis la fin des opérations de rapatriement des touristes, le 22 mars.

Outre la situation des touristes, la gestion des binationaux et des résidents à l’étranger qui voudraient quitter le Royaume vire au casse-tête. L’ambassade de Belgique a dû s’y prendre à deux reprises avant de trouver à un accord avec le ministère des Affaires Étrangères. Lequel a accepté, la semaine dernière, de déroger à la règle du non-déplacement, « pour des raisons humanitaires et sociales précises et pour ceux qui sont en séjour temporaire de courte durée au Maroc », précise la représentation diplomatique belge à Rabat.

Quid des dépouilles ?

Un accord du même type vient d’être conclu entre les autorités marocaines et italiennes. Dans un premier temps, priorité sera donnée aux rapatriements sanitaires – situations médicales impérieuses entraînant un risque grave pour la santé -, aux familles séparées, et aux professionnels dont l’absence nuit à l’activité – risque de faillite ou de perte d’emploi.

En parallèle, des centaines de Franco-Marocains remuent ciel et terre pour rejoindre l’Hexagone. À Oujda qui compte une grande communauté de familles de franco-marocains, quelque 600 binationaux se sont organisés pour mettre la pression aux autorités des deux pays. « Pour certains, notamment mes parents, le retour en France est plus que nécessaire, c’est une urgence médicale », s’alarme Ali Hammane, qui s’est mué en porte-voix de ce qu’il appelle « les oubliés du Maroc ». Le collectif a adressé un courrier au roi Mohammed VI.

Dernier point sensible : celui des rapatriements funéraires, de l’Europe vers le Maroc, compromis par la suspension des liaisons aériennes. Ce dimanche, dans les colonnes du journal Le Matin, Nezha El Ouafi, ministre déléguée chargée des MRE, a confirmé qu’en raison « des répercussions des mesures prises par différents pays pour endiguer la propagation de la pandémie, nous sommes actuellement dans l’incapacité de rapatrier les dépouilles des Marocains décédés à l’étranger pour être inhumés au Maroc. »

Des familles se raccrochent au mince espoir d’exaucer les dernières volontés de leurs proches une fois levé l’état d’urgence sanitaire, et de pouvoir déplacer les dépouilles après le 20 mai.

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