Industrie

Maroc : quand l’industrie s’adapte à la crise sanitaire

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 21 avril 2020 à 10h08
Les usines marocaines sont mobilisées pour la fabrication de masques. Ici, des ouvrières dans une unité de production textile à Casablanca.

Les usines marocaines sont mobilisées pour la fabrication de masques. Ici, des ouvrières dans une unité de production textile à Casablanca. © Youssef Boudlal/REUTERS

Une usine d’éthanol remise en état en une semaine, des usines de textile qui se reconvertissent pour la confection de masques, une unité industrielle qui lance une chaîne de production de respirateurs artificiels… l’industrie marocaine s’est adaptée à la pandémie du coronavirus.

Pas moins de 500 respirateurs artificiels, 100 % « Made in Morocco », sont en cours de fabrication sur les chaînes de la Société d’étude et de réalisation mécanique de précision (SERMP). La filiale du groupe Le Piston français, qui fabrique depuis 2005 des ensembles mécaniques aéronautiques, a su adapter son unité de l’aéropôle de Nouaceur pour faire œuvre utile durant crise sanitaire.

« La conception de ce respirateur est totalement marocaine, de la fabrication du moteur réducteur, aux cartes électroniques, en passant par les autres pièces mécaniques jusqu’à l’assemblage », a expliqué Badre Jaâfar, lors du lancement de la production, en présence du ministre de l’Industrie.

Avant d’en arriver à une production en chaîne, quelques semaines ont été nécessaires pour le développement de ce respirateur qui sera déployé dans les centres hospitaliers.

« Le ministère de l’Industrie a invité, dès le début de la crise, un groupe d’experts comprenant des ingénieurs en électronique et en mécanique, des industriels et des entrepreneurs, en plus d’un groupe d’organismes scientifiques et industriels pour discuter du développement d’un produit scientifique adapté à la situation actuelle », avait révélé le professeur chercheur Hafid Griguer à des médias marocains.

Dans les laboratoires de l’Université Mohammed VI à Benguérir, l’équipe-projet composée d’une vingtaine d’experts a du s’y prendre à cinq reprises avant d’aboutir au modèle actuellement « opérationnel qui peut pallier le manque d’équipements ». Et le travail de recherche & développement se poursuit à en croire le ministère de l’Industrie qui promet une « version encore plus sophistiquée ».

Prouesses industrielles

Adapter l’outil industriel pour la confection de produits devenus vitaux – et faisant l’objet de guerres commerciales entre puissances mondiales en cette ère de pandémie – a été une approche adoptée par d’autres sociétés industrielles marocaines.

Micagricol a déjà su par le passé se réinventer après l’interdiction de l’utilisation des sacs en plastique en 2016. L’entreprise avait transformé son outil industriel pour remplacer la fabrication de la très réputée « mika » noire par des sacs non tissés. « Ces machines servent désormais à fabriquer des masques de protection avec un process 100 % marocain », explique Abdelaziz Lazrak, co-gérant de Micagricol.

Des chaînes de production de son unité la zone industrielle de Sidi Maârouf, 600 000 masques sortent quotidiennement et les travaux sont en cours pour monter à un million de masques par jour. Une capacité que la société Soft Tech a déjà triplée à partir du 15 avril, à en croire son directeur général Abdellatif Kabbaj.

À côté de ces deux sociétés, IKS Marrakech a été également parmi les premières à avoir décroché la certification pour la fabrication des masques, selon une norme fixée par l’Institut marocain de normalisation « inspirée des standards internationaux, dont la norme française. »

Nous sommes très sollicités par plusieurs pays à l’étranger

Depuis d’autres structures se sont adaptées et l’objectif fixé par le ministère est d’atteindre avant la fin de la semaine une production de 5 millions d’unités par jour. De quoi largement couvrir les besoins du royaume en quelques semaines et permettre une exportation des masques made in Morocco. « Nous sommes très sollicités par plusieurs pays à l’étranger, notamment aux États-Unis en Europe et en Afrique », avait annoncé le DG de Soft Tech.

Appel à projets

Ces prouesses industrielles ont été rendues possibles par une implication financière des pouvoirs publics. Outre la subvention du prix des masques de protection (réglementé à 8 dirhams, le pack de dix) par le fonds spécial de lutte contre le coronavirus, un programme de soutien financier a été lancé en faveur des TPME investissant dans la fabrication de produits et équipements nécessaires pour faire face à la pandémie.

L’Agence nationale pour la promotion des petites et moyennes entreprises (Maroc PME) a lancé un appel à projets « Imtiaz – Technologies ». Plafonné à 10 millions de dirhams pour les PME et à 1,5 million pour les TPE (à hauteur de 30 % du montant global de l’investissement).

Les projets concernés portent sur la fabrication de masques, matériaux respiratoires, combinaisons médicales, alcool, produits d’hygiène et gels antiseptiques. « Une quarantaine de projets ont été présélectionnés et certains sont déjà opérationnels », explique une source au ministère de l’Industrie.

Le département dirigé par Moulay Hafid Elalamy s’est montré très réactif par rapport à cette crise. Dès l’apparition des premiers cas de contaminations et la disparition des gels hydro-alcooliques des rayons des parapharmacies, le paquet a été mis pour la mise à disposition rapide de ces produits antiseptiques.

L’usine Sotrameg basée à Kénitra qui avait été ravagée par un incendie en septembre 2018 a été remise en état en six jours pour renouer avec sa capacité de production de 240 hectolitres par jour. Ou quand l’industrie marocaine est capable de renaître de ses cendres.

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