Transport aérien

Air Sénégal embarque du fret sur les sièges passagers

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À l'aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) de Diass, près de Dakar.

À l'aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) de Diass, près de Dakar. © © Sylvain Cherkaoui pour JA

Les compagnies aériennes durement touchées par la crise liée au coronavirus commencent à peine à envisager la reprise de leurs opérations. Air Sénégal, qui reporte le lancement de ses dessertes long courriers, souhaite en revanche démarrer dans les prochaines semaines un pont aérien vers l’Europe et l’Asie.

Sa liaison Dakar-Accra-Lagos venait tout juste d’être lancée, le 16 mars… Depuis le 21 mars, Air Sénégal (395 000 passagers transportés en 2019) a suspendu toutes ses dessertes, y compris domestiques, à la suite d’une décision gouvernementale. Il n’a à ce jour effectué que des vols de rapatriement, à raison de deux par semaine, vers Paris et Londres (depuis Banjul), à la demande des ambassades de France et du Royaume-Uni.

En interne, on fixe pour le moment la date de reprise des opérations au 31 mai, jour à partir duquel les réservations sont à nouveau possibles.

Des salariés toujours rémunérés

Malgré la crise qui frappe l’ensemble du secteur, la jeune compagnie, née en 2017 sous l’impulsion du président Macky Sall, continue de rémunérer ses salariés, et est en mesure de le faire pendant trois mois. Après quoi, si la situation venait à perdurer, les salariés seraient incités à prendre leurs congés. Et elle continue de payer ses « lessors » (loueurs d’aéronefs), même si elle examine comment pourrait être différé le règlement de ses traites.

Son manque à gagner mensuel se chiffre au minimum à près de 10 millions d’euros

Sans recettes, hormis celles, marginales, des vols de rapatriement, le transporteur national doit assumer les seuls coûts fixes, qui représentent 35 % de ses charges totales. L’essentiel (65 %) étant des coûts variables qui dépendent des avions lorsqu’ils sont en opération (catering, achat de carburant…). Son manque à gagner mensuel se chiffre au minimum à près de 10 millions d’euros, le chiffre d’affaires qu’elle avait réalisé en février.

Bonne réserve de cash grâce au soutien de l’État

Si la compagnie peut tenir, c’est qu’elle assure bénéficier d’une bonne réserve de cash grâce au fort soutien de l’État actionnaire, qui avait fait du secteur aérien un axe majeur du Plan Sénégal Émergent.

Mais pour Air Sénégal, qui s’est fortement développé depuis un an au niveau régional et sur le long-courrier (Paris, Marseille, Barcelone), ces liquidités devaient être mobilisées pour poursuivre sa montée en puissance et lancer de nouvelles routes.

Un plan de développement qui reste inchangé

Son plan de développement, qui a fait de l’intercontinental, considéré comme plus rentable, son relais de croissance, n’est pas bouleversé. Les ouvertures de Londres et Genève, prévues en juin, et de New York, en octobre, sont repoussées.

De même que celle de Milan, qui était prévue le 1er avril, où il devait reprendre la place laissée vacante par Air Italy, l’ancienne Meridiana créée par l’Aga Khan et reprise en 2017 par Qatar Airways avant de faire faillite en février dernier.

Un effet d’aubaine qui permettait au pavillon sénégalais de récupérer une route avec un réservoir de 100 000 passagers… Autant de lignes qui devaient chacune lui rapporter, selon les estimations, entre 2 et 2,5 millions d’euros par mois de recettes supplémentaires.

De « passagers haute contribution » vers les « VFR »

Si elle s’attend à une baisse drastique de la demande des « passagers haute contribution » –  le segment qui rapporte en général le plus d’argent aux transporteurs – consécutive aux réductions de dépenses que devraient effectuer les entreprises pour les frais de leurs dirigeants, l’entreprise publique imagine toujours une demande importante du segment VFR (visiting friends and relatives) : les passagers en Europe ou dans la sous-région qui viennent rendre visite à leurs proches au Sénégal.

Air Sénégal espère tirer son épingle du jeu sur un marché où la pression concurrentielle pourrait être moindre.

Mais, pour ne pas voler en surcapacité, la compagnie devrait cependant ajuster à la baisse le nombre de fréquences qu’elle a sur Bamako, Conakry ou encore Abidjan.

Alors que la plupart des opérateurs de la région, à l’équilibre fragile, comme Air Burkina, Mauritania Airlines, ou Cabo Verde Airlines (ex-TACV), devraient sortir affaiblis de la période, Air Sénégal espère tirer son épingle du jeu sur un marché où la pression concurrentielle pourrait être moindre.

Ponts aériens alimentaires vers l’Europe et l’Asie

Avant une reprise complète de ses opérations, Air Sénégal réfléchit aussi à lancer d’ici à deux ou trois semaines (à raison d’un à deux vols hebdomadaires) des vols cargos avec ses deux Airbus A330neo, pour faire des ponts aériens vers l’Europe et l’Asie, et avec ses A319 vers la sous-région, pour transporter notamment des denrées alimentaires.

De plus en plus de compagnies reconvertissent en effet leurs cabines pour transporter du fret sur des sièges passagers. En attendant d’y voir revenir de « vrais voyageurs »…

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