Politique

Gabon : pressions et isolement pour Brice Laccruche Alihanga et ses codétenus 

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Brice Laccruche Alihanga (BLA), l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba (ABO).

Brice Laccruche Alihanga (BLA), l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba (ABO). © DR

Placés à l’isolement et privés de visite, les détenus de l’opération anticorruption Scorpion, dont Brice Laccruche Alihanga, espèrent voir s’accélérer la procédure et l’instruction. Mais la pandémie de coronavirus n’arrange pas les choses.

Selon nos informations, les autorisations de visite ont été suspendues pour les détenus des prisons gabonaises depuis le 16 mars, en raison de la pandémie de coronavirus. À la prison centrale de Libreville, l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, Brice Laccruche Alihanga (BLA), son frère Grégory et les autres détenus de l’opération Scorpion n’ont donc plus aucun contact avec leur famille ou leurs avocats.

La défense de l’ancien ministre Justin Ndoudangoye (coaccusé de BLA), menée par Me Calvin Job, a écrit à la ministre de la Justice Erlyne Antonela Ndembet le 2 avril pour lui demander de prendre des dispositions afin de permettre aux avocats de bénéficier d’une dérogation durant la période de pandémie. Mais le courrier est pour le moment resté lettre morte.

Les détenus à l’isolement

BLA et ses coaccusés, dont l’ancien administrateur-directeur général de Gabon Oil Compagny (GOC) Christian Patrichi Tanasa et l’ancien porte-parole de la présidence Ike Ngouni Aïla Oyouomi, sont incarcérés depuis décembre dernier. Ils sont toujours soumis à des mesures d’isolement, malgré les recours déposés par leurs avocats respectifs.

Les deux frères Laccruche Alihanga, défendus par Me Anges Kévin Nzigou, ont déposé, comme Justin Ndoudangoye, une demande de remise en liberté provisoire et de placement en résidence surveillée durant la pandémie du Covid-19. Mais l’une comme l’autre ont été refusées – le 3 avril dernier, dans le cas de Ndoudangoye.

BLA accusé de complot

Selon nos sources, seule Aurélie Ntoutoume, ex-secrétaire générale du ministère des Transports incarcérée depuis janvier, a pu en bénéficier et a quitté la prison. BLA et Grégory Laccruche Alihanga ont déposé une nouvelle demande, laquelle est en cours d’examen. Les avocats mettent notamment en avant les exemples nigérien et sénégalais, où Hama Amadou et Hissène Habré en particulier ont bénéficié de mesures libératoires.

Le coronavirus a également suspendu l’instruction elle-même, qui est aujourd’hui au point mort, les auditions des accusés ne pouvant avoir lieu. Depuis l’incarcération de leurs clients, les avocats des principaux détenus n’ont pas eu accès à leurs dossiers d’accusation – à l’exception, selon nos sources, de Me Antoine Vey, défenseur d’Ike Ngouni Aïla Oyouomi, début mars.

Outre les détournements de fonds et les faits de corruption dont il est accusé, Brice Laccruche Alihanga fait aujourd’hui l’objet de soupçons de présumée tentative de complot visant à renverser le pouvoir gabonais. Plusieurs de ses coaccusés ont ainsi été discrètement interrogés sur ces faits allégués par des “visiteurs du soir” de la prison de Libreville.

Plusieurs accusés en liberté provisoire

Au moins deux des prisonniers de Scorpion ont en outre été extraits de leur cellule – de façon tout aussi informelle – pour être menés dans les locaux du B2, à la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM). Se sont ensuivis des interrogatoires dont le sujet était l’implication potentielle de Brice Laccruche Alihanga. Plusieurs avocats contactés par Jeune Afrique ont dénoncé des pressions sur leurs clients, incités à négocier leur sort en échange de témoignages contre l’ancien directeur de cabinet.

Plusieurs accusés de l’opération Scorpion ont été placés en liberté provisoire et résidence surveillée, notamment Jérémie Ayong Nkodje Obame, ex-directeur général adjoint de la Société gabonaise de raffinage, Lionel Erwin Diambou, ex-conseiller à la GOC et Gérard Fanou, expert-comptable.

L’ancien ministre du Pétrole, Noël Mboumba, avait été lui aussi libéré le 11 mars. Il avait tenu dès le lendemain une conférence de presse lors de laquelle il avait reconnu avoir « exécuté des instructions malveillantes de la part de personnes qui ont profité de leur position dominante pour [le] conduire à poser des actes contraires à la loi », avant de « réitérer [son] attachement indéfectible à la vision du chef de l’État Ali Bongo Ondimba ».

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