Politique

Côte d’Ivoire : au PDCI, brouille entre le député frondeur KKP et Guikahué, bras droit de Bédié

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Maurice Kakou Guikahué, Henri Konan Bédié et Daniel Kablan Duncan lors du bureau politique du PDCI-RDA, le 16 juin 2018

Maurice Kakou Guikahué, Henri Konan Bédié et Daniel Kablan Duncan lors du bureau politique du PDCI-RDA, le 16 juin 2018 © DR / PDCI-RDA

À quelques mois de l’élection présidentielle prévue en octobre, la fronde menée par le député Kouassi Kouamé Patrice (KKP) à l’encontre de Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif du parti, crée des remous au sein du PDCI d’Henri Konan Bédié.

C’est une crise dont se serait bien passé Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Alors que le pays fait face à la pandémie de Covid-19, Kouassi Kouamé Patrice (KKP), député de Yamoussoukro, a porté l’estocade contre le président du groupe parlementaire PDCI, Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif et numéro deux du parti.

Dans une note de trois pages déposée le 1er avril sur le bureau de Guikahué, KKP énumère une série de récriminations envers la gestion financière, humaine et stratégique du numéro deux du PDCI. Il lui reproche d’abord son vote d’abstention lors du Congrès [destiné à modifier la Constitution et organisé à Yamoussoukro, mi-mars] « alors même que tous les députés avaient voté non ».

KKP demande la démission de Guikahué

KKP fustige également sa « décision autocratique d’autoriser le prélèvement de 5% de nos indemnités sur nos primes de sessions extraordinaires, correspondant à 119 000 francs Cfa, pour contribuer à la remise d’un chèque de 30 000 000 FCFA (46 000 euros) au ministre de la Santé, au titre d’une contribution de l’Assemblée nationale pour la lutte contre le Covid-19 et ce, en dépit du refus de la majorité des députés, mais surtout sans vous soucier de la destination finale de cet argent et des conditions de son utilisation ».

Conséquence, Kouassi Kouamé Patrice, qui a fait fortune en tant qu’avocat, réclame la démission de Guikahué de la présidence du groupe parlementaire PDCI. L’affaire a pris des allures de crise depuis que la lettre a été dévoilée, quelques jours plus tard, dans les médias.

La réponse de Guikahué, fort du soutien de Bédié – volontairement confiné dans sa ville natale de Daoukro (centre), prévention contre le coronavirus oblige – et suivant le conseil de ce dernier, est sans équivoque : sans commentaire sur le fond.

« Irrévérencieux »

Néanmoins, le secrétaire exécutif du PDCI a pris soin de répondre sur la forme, déplorant le « caractère irrévérencieux » de la note du député frondeur. « Notre activité prioritaire est notre participation à la sensibilisation de nos militants et des populations sur les mesures barrières édictées par le Conseil national de sécurité. Le président du PDCI compte sur la contribution positive de chaque membre du groupe parlementaire pour lutter ensemble contre le coronavirus », lui a-t-il répondu.

Au-delà de ces piques adressées par notes interposées, le débat s’est enflammé sur les réseaux sociaux entre militants du PDCI. « Les avis restent partagés entre ceux qui estiment que les récriminations du député sont justes mais inopportunes, ceux qui rejettent ces récriminations, et ceux qui estiment qu’il est nécessaire que le PDCI ait le courage de poser la question du débat interne, en toute liberté », souligne le journaliste politique Jules Claver Aka.

Compétition pour l’investiture

En réalité, la fronde de KKP est plus profonde qu’elle n’y paraît. En janvier, soutenu par d’autres élus, il s’était entretenu avec Henri Konan Bédié pour l’informer de sa volonté de briguer l’investiture du PDCI en vue de la présidentielle d’octobre, afin de porter la voix du changement.

Cette démarche avait été mal perçue par Bédié, qui multiplie les initiatives pour se porter lui-même candidat, vingt ans après avoir perdu le pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire. Conséquence : Guikahué avait organisé une réunion et introduit, dans les conditions d’éligibilité à la convention d’investiture du candidat, une présence ininterrompue durant dix ans au bureau politique du PDCI. Une condition non statutaire destinée, selon KKP, à écarter toute velléité de candidature provenant de la « jeune génération ».

Jusqu’où ira KKP ? Nul ne le sait. Mais « sa fronde ressemble à celle de Kouadio Konan Bertin (KKB), qui avait osé dire non au dinosaure Bédié et s’était buté à l’appareil du parti », indique l’analyste politique Sylvain N’Guessan. En effet, l’ex-président des jeunes du PDCI avait fait fi de l’appel de Bédié à soutenir le Président Alassane Ouattara comme candidat unique du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) à la présidentielle d’octobre 2015 et s’était porté candidat indépendant.

Il avait obtenu à peine 3,88 % des suffrages, soit 121 386 voix sur plus de six millions d’électeurs. Exclu des instances du parti qui a célébré, le 9 avril, ses 74 ans d’existence, il est finalement revenu en grâce, quatre ans plus tard, après avoir fait la paix avec Bédié.

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