Politique

Maroc : la discrète bataille entre El Othmani et Benchaâboun

Réservé aux abonnés | | Par - à Rabat
Mis à jour le 14 avril 2020 à 17h13
Le chef du gouvernement marocain Saadeddine El Othmani et le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, le 22 octobre 2018.

Le chef du gouvernement marocain Saadeddine El Othmani et le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, le 22 octobre 2018. © Mounir Mehimdate/AIC RESS

Le leadership pris par le ministre des Finances sur la gestion économique de la crise liée au Covid-19 excède les militants du PJD, qui estiment que leur secrétaire général, Saâdeddine El Othmani, est de plus en plus isolé.

« Le poids des mots, le choc des photos »… L’image de Saâdeddine El Othmani, ce 9 avril, présidant un Conseil de gouvernement en visioconférence, seul, au milieu de l’immense salle de réunion de la primature est une parfaite illustration de la célèbre devise du magazine Paris Match. Et montre, sans équivoque, l’isolement du chef du gouvernement dans la gestion la crise sanitaire du Covid-19.

El Othmani seul au monde

Certes, publiquement, El Othmani donne l’impression de mener la danse, avec des allocutions minutieusement préparées à l’ouverture de chaque réunion gouvernementale – de plus en plus fréquentes pour adopter dans l’urgence des décrets-loi. Mais en coulisses, le Chef du gouvernement est de plus en plus fréquemment doublé par des ministres qui ont besoin d’aller vite… et qui sont beaucoup moins disposés, en temps de crise, à composer avec les considérations politiques d’usage. À l’instar de Mohamed Benchaâboun.

Le ministre des Finances s’est en effet rapidement imposé comme l’ordonnateur en chef du Fonds spécial pour la lutte contre le coronavirus, qui doit permettre de répondre aux besoins engendrés par cette situation inédite. A la tête du comité de veille stratégique chargé de suivre les répercussions de la crise mondiale sur l’économie marocaine, l’argentier du royaume a les mains libres pour distribuer cette manne, qui s’élève aujourd’hui à 33 milliards de dirhams.

Aussi, pas un jour (ou presque) ne passe sans une annonce de Benchaâboun : déblocage de plus de deux milliards de dirhams pour l’achat en urgence d’équipements médicaux, versement d’allocations pour les affiliés à la CNSS en chômage technique, distribution d’aides de subsistance aux travailleurs de l’informel, etc.

Anticipation des besoins financiers

Sentant la crise venir, Mohamed Benchaâboun a pris soin d’anticiper les besoins financiers du royaume en matière de devises. Le ministre des Finances – et ancien patron de la Banque centrale populaire (BCP) – a ainsi accédé à l’une des requêtes les plus pressantes du Fonds monétaire international (FMI) : passer à la deuxième phase de libéralisation du dirham, en élargissant à nouveau la bande de fluctuation de la monnaie nationale. Ce qui a permis au Maroc d’activer aisément la ligne de précaution et de liquidité de trois milliards de dollars souscrite auprès de l’instance internationale.

Le leadership pris par Benchaâboun dans la gestion directe du volet financier de la crise n’est pas pour déplaire au Rassemblement national des indépendants (RNI), le parti dirigé par Aziz Akhannouch et que l’ancien de la BCP a pris soin de rejoindre aussitôt nommé au gouvernement. Du côté du Parti Justice et Développement (PJD), en revanche, la visibilité accrue dont bénéficie le ministre des Finances fait grincer des dents.

Le match RNI vs. PJD

La formation islamiste aurait préféré voir son chef de file récupérer les dividendes politiques de cette solidarité sociale sans précédent. D’autant que, ces dernières années, le parti de la Lampe a fait du social sa marque de fabrique. Ce qui a donné lieu parfois à des frictions avec les autres composantes de la majorité. Début janvier, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit avait ainsi jugé le projet gouvernemental de décret relatif aux aides directes aux handicapés comme « une manœuvre électoraliste ».

Par ailleurs, l’épisode du Fonds de lutte contre le coronavirus confié à Benchaâboun évoque de mauvais souvenirs à la base du PJD. En 2015, à un an également des législatives, un autre fonds important ordonné par le roi avait été « soustrait » à la tutelle de la primature. Doté de 55 milliards de dirhams, le Fonds pour le développement du monde rural et des zones montagneuses avait été confié à Aziz Akhannouch, en tant que ministre de l’Agriculture plutôt qu’à l’ancien Chef de gouvernement Abdelilah Benkirane. Ce dernier s’était alors lancé dans une croisade médiatique pour dénoncer cette décision.

Mais contrairement à son prédécesseur, El Othmani avale les couleuvres sans faire de vagues. A un an des élections, le Chef de gouvernement semble privilégier l’action aux chamailleries politiques.

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