Justice

RDC : les premiers jours de Vital Kamerhe à la prison de Makala

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Vital Kamerhe, ancien président de l'Assemblée nationale et directeur de campagne de Félix Tshisekedi, le 8 janvier 2019, à Kinshasa.

Vital Kamerhe, ancien président de l'Assemblée nationale et directeur de campagne de Félix Tshisekedi, le 8 janvier 2019, à Kinshasa. © Trésor Kibangula/JA

Alors que la justice a rejeté ce samedi 11 avril sa demande de remise en liberté provisoire, le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, incarcéré depuis le 8 avril dans le cadre de l’enquête sur le programme des 100 jours, continue de recevoir de nombreuses visites et de consulter ses alliés à la prison centrale de Makala.

Suite à l’audience qui s’est tenue le 10 avril devant la chambre du conseil, le tribunal de Paix de Kinshasa/Matete a refusé la demande de mise en liberté provisoire de Vital Kamerhe et ordonné son placement en détention préventive pour une durée de quinze jours, en attendant de potentielles confrontations avec les autres acteurs du dossier.

Emprisonné depuis le 8 avril, Vital Kamerhe est détenu au pavillon 8 de la prison de Makala, dans une cellule collective d’au moins seize personnes. Le directeur de cabinet et principal allié politique de Félix Tshisekedi au sein de la coalition Cach a été arrêté le même jour, après cinq heures d’audition au parquet général près la Cour d’Appel de Kinshasa (Matete) dans le cadre de l’enquête sur l‘utilisation des fonds alloués au programme présidentiel des 100 jours. Seul un groupe restreint de ses proches a, pour l’instant, accès à lui.

Selon nos informations, son épouse Hamida Shatur lui a rendu visite les 9 et 10 avril. Son assistant personnel Michel Moto, son frère Justin Kamerhe, mais aussi quelques ministres membres de son parti, l’Union pour la nation congolaise (UNC), comme Eustache Muhanzi (Ressources hydrauliques et électricité) ont aussi pu échanger avec le bras droit de Tshisekedi. Certains députés, dont Juvénal Munubo (élu de Walikale), se sont également rendus à Makala. Par ailleurs, Vital Kamerhe a reçu la visite de ses avocats, parmi lesquels John Kaboto, et continue de préparer sa défense.

« Indices sérieux de culpabilité »

Selon l’ordonnance statuant sur la demande de remise en liberté provisoire, que JA a pu consulter, il est notamment reproché à Kamerhe « d’avoir détourné des fonds de l’État en passant par l’attribution des marchés publics de gré à gré à des entreprises fictives, telle que Samibo », qui, selon le procureur, avait reçu en liquide, « la somme de 47 millions de dollars par la Rawbank ». Selon la justice, cette somme a disparu du circuit bancaire sans être affectée à la construction de 5000 maisons préfabriquées.

Kamerhe est aussi accusé d’avoir attribué un marché de gré à gré à l’entreprise Trade plus, qui aurait reçu la somme de dix millions de dollars pour la fourniture de médicaments, alors que cette société n’est pas spécialisée dans le domaine pharmaceutique et que les produits en question étaient périmés. Sur ce dossier, Vital Kamerhe a rejeté la responsabilité sur l’actuel ministre de la Santé Eteni Longondo qui avait, selon lui, fait expertiser ces médicaments.

En conclusion de l’ordonnance, le tribunal a justifié ce maintien en détention par le fait que « des indices sérieux de culpabilité » subsistent, Kamerhe ayant reconnu qu’il était « le superviseur des travaux des 100 jours » et qu’il a piloté ces opérations de marchés publics de gré à gré ayant conduit au détournement des fonds publics.

Appel au calme

En attendant la suite des auditions, Vital Kamerhe a cherché à apaiser les tensions politiques, qui n’ont de cesse de monter à Kinshasa depuis son arrestation. Le directeur de cabinet, qui dispose de son téléphone personnel, est en contact régulier avec le secrétaire général intérimaire de l’UNC, Aime Boji. Ce dernier s’est lui aussi rendu à Makala le 10 avril. Dans une note interne, signée par Boji et que JA a pu consulter, Kamerhe « réaffirme sa loyauté » à Félix Tshisekedi et se dit « totalement engagé avec la coalition Cach », « l’UDPS et l’UNC étant deux sœurs jumelles condamnées à œuvrer ensemble pour la réussite du programme du chef de l’État. » Il demande également aux cadres et militants de l’UNC « de s’abstenir de toute forme de communication tendant à porter atteinte à [notre] justice. »

Ces derniers jours, plusieurs membres du parti ont dénoncé une « humiliation » et une « affaire politique ». De son côté, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, le président intérimaire de l’UDPS, a annoncé le 10 avril la suspension du porte-parole du parti, Paul Tshilumbu, à qui il reproche « une tendance malheureuse à la politisation du dossier ».

Du côté de Félix Tshisekedi, ses proches ont réaffirmé sa volonté de ne pas s’immiscer dans ce dossier « purement » judiciaire. Le 7 avril, à la veille de l’audition de Kamerhe au parquet de Kinshasa, le chef de l’État s’était, selon nos informations, entretenu pendant trois heures avec son directeur de cabinet à la Cité de l’Union africaine.

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