Diplomatie

Coronavirus : la grande peur des Français expatriés en Afrique

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 15 avril 2020 à 14h31
Des Français coincés au Maroc font la queue devant le consulat de France à Marrakech, le 17 mars 2020.

Des Français coincés au Maroc font la queue devant le consulat de France à Marrakech, le 17 mars 2020. © FADEL SENNA/AFP

Les compte rendus des audioconférences hebdomadaires des conseillers du commerce extérieur (CCE) de la France en Afrique, auxquels Jeune Afrique a eu accès début avril, traduisent les angoisses des communautés d’expatriés résidant sur le continent face aux conséquences de la progression de la pandémie de Covid-19.

Partout il est question d’« économies à l’arrêt », de « secteurs totalement sinistrés » (particulièrement l’hôtellerie, la restauration et le tourisme) et de « catastrophe sociale ». Mais les CCE de la commission Afrique et océan Indien, qui se veulent les porte-paroles des Français d’Afrique et des binationaux aux revenus modestes et en « situation précaire » du fait de la crise, ont également des inquiétudes plus immédiates.

Inquiétudes sanitaires et sécuritaires

Sanitaires tout d’abord : nul ne fait confiance aux structures locales, avec des préoccupations différentes selon les pays. Au Cameroun, c’est le déficit de salles de réanimation et de personnel formé. Au Gabon, c’est la distance (700 km) entre la capitale Libreville et le seul centre d’analyse médicale équipé, celui de Franceville.

En Côte d’Ivoire, l’ambassadeur Gilles Huberson aurait, selon l’un des compte rendus, évoqué le risque d’atteindre le chiffre de 10 000 cas d’infection fin avril (assertion démentie depuis par l’intéressé qui affirme dans un communiqué officiel n’avoir jamais dit cela). Au Sénégal, c’est le spectre jugé « catastrophique » d’un pic de l’épidémie en période de ramadan (lequel débute le 23 avril), ainsi qu’une crainte de pénurie de riz et de sucre importés. Au Congo-Brazzaville, c’est l’incertitude sur le lieu où sont confinés les malades du Covid-19 et les conditions dans lesquelles ils sont soignés.

Inquiétudes sécuritaires aussi. Outre les risques de troubles liés au confinement et au déficit alimentaire, les CCE s’inquiètent de ce qu’ils qualifient de « montée du sentiment xénophobe anti-Français », en particulier au Cameroun, où ils se plaignent d’« agressions verbales » sur le thème du virus importé d’Europe, et à Madagascar, où les étrangers seraient « stigmatisés ».

Les conseillers en profitent aussi pour régler quelques comptes avec leurs ambassades locales. C’est le cas en Angola, où le conseiller consulaire est en conflit ouvert avec l’ambassadeur Sylvain Itte et avec le directeur de Total, auxquels il reproche de favoriser les employés de cette société dans les rares vols de rapatriement vers la France. Ainsi qu’au Congo-Brazzaville, où les CCE se disent « peu soutenus » par une ambassade qui « communique peu ».

Résultat : les demandes de vol de rapatriement se multiplient et l’Afrique se vide des ressortissants français. Ils sont un millier sur liste d’attente au Gabon, 600 au Cameroun, 500 au Congo-Brazzaville, autant au Tchad et au Togo, 300 en Guinée, etc. 60 % des Français résidant en Angola ont quitté le territoire et la moitié de ceux établis en Côte d’Ivoire aurait exprimé le souhait de les imiter.

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