Diplomatie

Afrique-France : coronavirus et « effet pangolin », la note qui agite les réseaux diplomatiques

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 13 avril 2020 à 17h54
Jean-Claude Gakosso, ministre des Affaires étrangères du Congo et son homologue français Jean-Yves Le Drian, à Brazzaville en 2018.

Jean-Claude Gakosso, ministre des Affaires étrangères du Congo et son homologue français Jean-Yves Le Drian, à Brazzaville en 2018. © France Diplomatie

Le 24 mars, le ministère des Affaires étrangères français produisait une note sur les effets de la pandémie de coronavirus en Afrique. Depuis, le texte a fuité et, si beaucoup le jugent anecdotique, il agite les réseaux diplomatiques.

Rédigée au nom du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires étrangères français par l’historien spécialiste des réseaux Foccart et de la Françafrique Jean-Pierre Bat, la note sur le coronavirus intitulée « L’effet pangolin : la tempête qui vient en Afrique ? » a produit son lot de réactions.

Diffusée le 24 mars aux services diplomatiques et de renseignement, celle-ci « n’aurait jamais dû être rendue publique », selon une source interne, mais a été relayée dans les médias à la suite d’une fuite au sein de l’ambassade de France à Niamey.

En Afrique centrale francophone (particulièrement visée par l’analyse), le texte – qui estime que « la crise du Covid-19 […] pourrait être la crise de trop qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles ou en bout de course » – a plutôt été pris avec un sourire désabusé. Un haut diplomate de la sous-région ironisait notamment sur « ces fonctionnaires du Quai d’Orsay qui veulent voir en chaque crise une menace pour les pouvoirs ». Cette note n’en a pas moins suscité une lettre officielle de protestation du ministre des Affaires étrangères congolais Jean-Claude Gakosso auprès de l’ambassadeur de France à Brazzaville, François Barateau.

« Les dirigeants africains ont mieux à faire »

« Les dirigeants africains ont mieux à faire en ce moment que de commenter une note parmi des centaines écrites par tel ou tel service d’un ministère, fût-il français », conclut un ministre africain.

En France même, où une partie du ministère des Affaires étrangères est en télétravail ou à temps partiel, des sources internes pointent du doigt des analyses « clichés » produites par « des anciens des ministères de la Coopération ». Le 8 avril à l’Assemblée nationale, Jean-Yves Le Drian a rejeté « certaines prédictions catastrophistes », qui prévoyaient l’effondrement de « régimes fragiles » ou « en bout de course ». « Je ne [les] partage pas du tout », a-t-il assuré.

« Cette note est un exercice de prospective comme il y en a des dizaines. Certaines explorent des scénarios très pessimistes, d’autres des optimistes. Cela nourrit nos positions sans les engager », ajoute une source proche de l’Élysée.

Le 3 avril, le président français Emmanuel Macron s’est entretenu en visioconférence avec dix chefs d’État du continent (dont le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, représentant d’un Sahel jugé « fragile » par le fameux document) afin d’évoquer l’établissement d’un « plan de riposte » multilatéral à la pandémie. Selon nos sources, l’épisode de « l’effet pangolin » n’a pas été abordé par les dirigeants lors de cette discussion à distance.

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