Politique

Coronavirus au Cameroun : les opérations de solidarité dans le viseur du gouvernement

| Par - à Yaoundé
Mis à jour le 10 avril 2020 à 11h36
Le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, lors de sa tournée d'inspection du dispositif de riposte au Covid-19.

Le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, lors de sa tournée d'inspection du dispositif de riposte au Covid-19. © Ministère camerounais de la Santé

Le gouvernement camerounais a suspendu les appels à la générosité publique dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. L’opposant Maurice Kamto a toutefois annoncé qu’il allait poursuivre sa collecte de fonds visant à récolter un million d’euros.

« Le ministre invite tous ceux qui ont entrepris des collectes de fonds [dans le cadre de la lutte contre le coronavirus] à y mettre fin », a écrit Paul Atanga Nji, dans un communiqué lu à la radio nationale, le 7 avril. « Je demande aux banques commerciales et à tous les établissements de microfinance auprès desquels ces fonds seraient domiciliés de procéder immédiatement à la clôture desdits comptes », a-t-il ajouté.

Selon le ministre camerounais de l’administration territoriale, cette décision s’appuie sur la loi régissant les appels à la générosité publique, laquelle soumet toute initiative d’appel à la générosité à une autorisation préalable délivrée par son département ministériel. Sans jamais inviter les porteurs de ces initiatives à solliciter des autorisations, Paul Atanga Nji leur demande d’ « apporter leur contribution financière ou matérielle dans  le cadre défini par le président Paul Biya et mis en œuvre par le gouvernement ».

Il s’agit notamment d’un fonds spécial de solidarité renfloué initialement à hauteur d’un milliard de francs CFA [1,5 million d’euros], qui vise à financer le plan de riposte gouvernemental contre le Covid-19. Lancé le 30 mars dernier, il aurait déjà reçu près de 700 millions de F CFA [environ un million d’euros] supplémentaires, selon des chiffres non officiels. Parmi les donateurs, des noms connus de la scène camerounaise tels que le sénateur Sylvestre Ngouchinghe ou l’homme d’affaires Baba Ahmadou Danpullo, deux soutiens du régime de Yaoundé.

Contre-appels des acteurs privés

La décision du ministre Paul Atanga Nji fait toutefois grincer au sein de l’opposition. Car parallèlement au fonds de soutien initié par le président de la République, des acteurs privés, critiquant la gestion de cette crise par un Paul Biya qu’ils jugent absent, ont engagé des contre-appels en vue d’organiser la riposte contre le coronavirus. L’un des plus en vue, l’opération « Survie-Cameroun » de l’opposant Maurice Kamto, a d’ailleurs réussi à recevoir pas moins de 286 millions de F CFA [440 000 euros] de contribution sur le million d’euro sollicité, trois jours seulement après son lancement. Objectifs : contribuer à faire face à l’urgence sanitaire, apporter une réponse à l’impact socio-économique de la pandémie et préparer la bataille de la reconstruction des communautés.

Comme Maurice Kamto, la député nouvellement élue Nourane Foster, membre du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) de Cabral Libii, a elle aussi initié un plan de solidarité en vue de riposter contre la pandémie. Estimé à 50 millions de francs CFA [76 000 euros], son projet devrait prendre forme le 10 avril, et consister en l’achat de matériels de prévention.

« Politique sur le dos des morts »

À travers le pays, où des milliers de Camerounais avaient commencé à se mobiliser, la décision ministérielle divise également. « Le fonds spécial de Paul Biya ne dispose même pas de compte mobile. Les petites bourses qui souhaitent apporter leur contribution dans ce combat ne sont pas concernés. Pourquoi empêcher que les autres aident à leur manière ? », s’interroge Sylvain, un Camerounais qui a contribué à l’opération « Survie-Cameroun » de Maurice Kamto.

« Une situation d’insécurité sanitaire ne signifie pas la mort de l’État, tient toutefois à préciser Claude Abe, sociologue proche du régime de Yaoundé. Certains acteurs en mal de survie sur la scène politique trouvent intéressant de faire la politique sur le dos des morts », ajoute-t-il.

Réagissant à la sortie du ministre Paul Atanga Nji, Maurice Kamto a annoncé qu’il poursuivra sa collecte de fonds, affirmant qu’il s’agit d’une « auto-organisation du peuple », « légitime par nature ». L’économiste Christian Penda Ekoka, qui dirige le comité de gestion de l’opération « Survie-Cameroun » a confirmé que le « combat pour sauver les vies des Camerounais » allait se poursuivre et que les fonds collectés étaient en sécurité. Même son de cloche chez la député Nourane Foster, qui maintient la tenue de son plan de riposte.

Pour Claude Abe, ces personnalités politiques agissent en dehors du cadre légal. « On peut s’être fourvoyé car ignorant la loi. Mais une fois que la loi vous a été rappelée et que vous continuez vos actions, il s’agit d’une défiance de l’État », conclut-il.

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