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Confinement : 10 expositions d’art contemporain à voir en ligne

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La galerie Cécile Fakhoury, à Abidjan. Exposition "Paraboles d'un règne sauvage" de Serigne Ibrahima Dieye.

La galerie Cécile Fakhoury, à Abidjan. Exposition "Paraboles d'un règne sauvage" de Serigne Ibrahima Dieye. © © courtesy galerie cecile fakhoury

Musées fermés, biennales annulées, expositions repoussées… La pandémie de coronavirus touche durement le milieu de l’art contemporain africain, dont l’économie demeure fragile. Est-ce une raison pour baisser les bras ? Certainement pas. Alors qu’il est conseillé de rester chez soi, les lieux d’art s’organisent pour proposer des visites virtuelles. En voici une sélection, évidemment non exhaustive.

La galerie Cécile Fakhoury (Abidjan et Dakar)

Les espaces d’exposition de la galerie à Abidjan et à Dakar sont bien entendu fermés, mais restent accessibles sur rendez-vous. Il est néanmoins plus sûr pour la santé de tout le monde de visiter les expositions en ligne : celle de Vincent Michéa à Dakar (« Toi seulement ») et surtout celle du Sénégalais Serigne Ibrahima Dieye à Abidjan (« Paraboles d’un règne sauvage »), où, « à la manière d’une fable visuelle, l’artiste figure le récit d’un affrontement entre des personnages aux masques d’animaux, dont la soif de pouvoir, l’égoïsme et les motivations obscures ne sont pas sans évoquer une certaine catégorie de dirigeants du monde ».

Cette galerie très active, qui représente des artistes comme l’Ivoirien Aboudia ou le Béninois Dimitri Fagbohoun, propose aussi une lettre d’information hebdomadaire. Dans la dernière, il était possible de consulter « comme en vrai » le catalogue complet de la magnifique exposition de l’artiste algérienne Dalila Dalléas Bouzar, intitulée Innocente.

La galerie Addis Fine Art (Addis-Abeba)

La galerie Addis Fine Art représente plusieurs jeunes artistes de la scène éthiopienne comme Michael Tsegaye, Yohannes Tesfaye, Tadesse Mesfin ou encore Girma Berta. Actuellement, son site propose de naviguer parmi les dessins et surtout parmi les sculptures d’Adiskidan Ambaye, formes élégantes et sensuelles obtenues à partir de morceaux de contreplaqué.

La galerie Fridman (New York)

Puisqu’il s’agit de voyager virtuellement, un saut par New York ne se refuse pas. La galerie Fridman propose ainsi jusqu’à la fin de mai une exposition consacrée à l’Africain-Américain Nate Lewis (« Latent Tapestries ») et à son troublant travail en noir et blanc mêlant dessin et photographie.

Mais la galerie consacre aussi une belle visite virtuelle à l’artiste Wura-Natasha Ogunji, née en 1970 dans le Missouri et travaillant actuellement au Nigeria. Ses grandes œuvres colorées sont de superbes dessins cousus à la main inspirés par les « interactions quotidiennes » à Lagos… Une performance de l’artiste montrant des femmes enchaînées à des jerricans d’eau douce (Will I Still Carry Water when I Am a Dead Woman ?) interroge aussi la place des femmes dans la société nigériane.

La galerie Sulger Buel (Londres)

La scène artistique ougandaise est de plus en plus visible sur le circuit international de l’art contemporain africain, et c’est une bonne chose. Habituée de la foire d’art contemporain 1-54 à Londres et à Marrakech, la galerie Sulger-Buel de Londres présente en ligne, confinement oblige, une exposition de l’artiste ougandais Collin Sekajugo, connu pour avoir ouvert en 2007 Ivuka, l’un des tout premiers centres d’arts visuels du Rwanda, et qui œuvre désormais dans le village ougandais de Ndegeya.

Intitulée « This is Uganda », son exposition rassemble des sortes de collages de grande taille faisant intervenir une même silhouette d’homme parmi une profusion d’objets de consommation courante, comme des jerrycans ou des gobelets en plastique coloré. « People don’t care, leaders don’t care. Donors don’t care. Nobody cares. This is freedom. This is Uganda. C’est l’Ouganda ! » écrit l’artiste.

La galerie Magnin-A.

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JAD20200414-CM-GaleriesEnLigne-Magnin.Photo2 © Steve Bandoma: Papotage, 2016. Série Opium. Acrylique, encre et collage sur papier 1 20 x 180 cm © Steve Bandoma/Courtesy Galerie MAGNIN-A

Incontournable pilier des grands raouts de l’art contemporain africain, ancien dénicheur de talents pour le collectionneur jet-setteur Jean Pigozzi, devenu galeriste sur le tard, André Magnin représente aujourd’hui des artistes comme le Sénégalais Omar Victor Diop, le Mozambicain Filipe Branquinho, le Béninois Romuald Hazoumé – à qui une exposition sera consacrée « après le confinement » au château des ducs de Bretagne, à Nantes (« Expression(s) décoloniales(s) #2 ») –, les Congolais (RDC) Chéri Samba, JP Mika, Chéri Chérin, et bien d’autres encore.

Facile d’utilisation, riche en informations, son site permet une belle promenade parmi les œuvres des différents noms de la galerie… Et une visite de l’exposition digitale intitulée « Figures of Power » (avec Kura Shomali, Gonçalo Mabunda, Amadou Sanogo, Pathy Tshindele, Omar Victor Diop, Malick Sidibé, Steve Bandoma, etc.).

Ed Cross Fine Art (Londres)

Se consacrant à l’Afrique et à sa diaspora, Ed Cross Fine Art propose, en réponse à la crise actuelle, une véritable immersion en trois dimensions dans l’exposition de Tiffanie Delune, « Seeds of Light ». Pour peu que vous disposiez d’une connexion suffisante, il est possible de se déplacer au sein du bâtiment abritant l’exposition, de s’arrêter devant chaque œuvre, d’en lire le cartel… voire de regarder par la fenêtre.

Née à Paris en 1988, d’origine belgo-congolaise, Tiffanie Delune explore en couleur des sujets liés à son histoire personnelle : enfance, sexualité, féminité, maternité, monogamie… Ses tableaux éclatants empruntent autant aux tissus dits « africains » qu’aux célèbres papiers découpés du peintre français Henri Matisse.

Contemporary And (C&)

Les férus d’art contemporain africain connaissent bien la plateforme Contemporary And (C&), magazine d’art en ligne et espace de critique dynamique qui offre actuellement l’un des plus riches panoramas sur la création du continent.

Face à la crise sanitaire qui a contraint bien des lieux à une fermeture temporaire (#MuseumShutDown), le site permet de se promener à travers le monde dans les plus belles expositions qui auraient dû avoir lieu en mars, avril ou mai de cette année. Chacun y fera son propre choix, mais nous ne pouvons que vous conseiller de visiter celle consacrée au photographe ghanéen James Barnor à la Fondation Nubuke d’Accra, ou celle qui présente le travail de la Marocaine Leïla Alaoui à l’Ifa Gallery de Stuttgart.

Une assistante de la boutique Sick-Hagemeyer, à Accra, en 1971.

Ceux qui n’ont pas eu la chance de voir « Have You Seen a Horizon Lately ? », au Macaal de Marrakech lors de la foire d’art contemporain africain 1-54, pourront aussi se rattraper en découvrant quelques-unes des réalisations emblématiques de cette exposition conçue par la commissaire Marie-Ann Yemsi – en espérant sa réouverture prochaine au public.

Bien d’autres découvertes sont encore possibles sur la plateforme Contemporary And, à travers articles (« Depictions of queer black love for the digital age ») et comptes-rendus d’exposition (« Riffs and Relations: African American Artists and the European Modernist Tradition » à la Phillips Collection de Washington D.C.). Bref, un « must see » (« and read »).

1-54

L’étape new-yorkaise de la foire d’art contemporain africain créée par la Marocaine Touria El Glaoui, prévue du 8 au 10 mai, n’aura pas physiquement lieu, mais l’équipe travaille actuellement à une proposition de visite virtuelle, ouverte au public du 6 au 30 mai sur la plateforme Artsy. « Cela n’est pas idéal, et nos galeries n’auront probablement pas les mêmes ventes que lors un « vrai 1-54 »,  mais cela va permettre aux galeries d’avoir une présence auprès du public et des collectionneurs au mois de mai, comme prévu, et – nous l’espérons – de réaliser des ventes.

Nous soutenons ainsi les galeries et les artistes comme nous le pouvons, confie Margaux Huille, chargée de la communication de la foire. En parallèle, on continue à essayer de faire vivre les galeries et les artistes sur nos réseaux sociaux (pour plus de 120 000 followers) en organisant des visites vidéo de studios d’artistes, des interviews à distance, etc. On va pouvoir bientôt poster des contenus créés ces derniers temps. Pour l’instant, on partage au maximum les biographies et informations sur les œuvres. »

Le site de la foire ainsi que sa newsletter méritent le détour, offrant quantité d’informations sur le monde des créateurs africains ou de la diaspora.

La galerie Afikaris (Paris)

Cette jeune galerie parisienne ouverte en 2018 a pour objectif « de rassembler une grande communauté d’artistes où la génération établie et la nouvelle génération apprennent l’une de l’autre », en se concentrant « sur le soutien aux artistes non découverts vivant sur le continent ».

Très visuel, le site présente les œuvres du Kényan Evans Mbuga, du Sud-Africain Bruce Clarke, du Burkinabè Nyaba Ouédraogo, du Nigérian Asiko, ou encore du Sénégalais Aliou Diack. Il permet aussi d’explorer en trois dimensions l’exposition « Dialogues », consacrée au travail sur papier de certains de ces plasticiens, comme de visionner un film qui leur donne la parole.

Loft Art Gallery (Casablanca)

Le site de cette galerie de Casablanca permet de s’immerger dans le travail de plusieurs artistes phares de la scène marocaine moderne et contemporaine, comme Amina Agueznay, Mohamed Melehi, Mohamed Lekleti, Hicham Benohoud, Farid Belkahia, etc.

Mais Loft Art représente aussi des artistes d’Afrique subsaharienne, comme l’Ivoirienne Joana Choumali, qui s’est notamment fait connaître en brodant à la main, en couleur, des photos prises avec son téléphone portable à Grand-Bassam, peu après les attentats de mars 2016. Un beau diaporama permet ainsi de contempler les créations de la lauréate du prix Pictet 2019.

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