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« Lesbos, la honte de l’Europe », l’implacable essai de Jean Ziegler

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Mis à jour le 08 avril 2020 à 17h51
© Jean Ziegler, à Paris, en avril 2005.

© Jean Ziegler, à Paris, en avril 2005. © Ulf Andersen/Getty Images

Dans son dernier essai, « Lesbos, la honte de l’Europe », l’altermondialiste suisse, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, nous emmène dans le plus grand camp de réfugiés européen et fustige le sort que Bruxelles réserve aux migrants.

« Je n’aurais jamais cru que des choses pareilles étaient possibles en Europe. » Ce sont les mots de Caroline Willemen, coordinatrice de Médecins sans frontières sur l’île grecque de Lesbos. Et c’est précisément le sentiment du lecteur qui parcourt le dernier essai de Jean Ziegler. Bien sûr, nul n’ignore le terrible sort des migrants en Méditerranée – au moins 20 000 personnes se sont noyées en tentant de la traverser depuis 2014. Mais dans Lesbos, la honte de l’Europe, l’altermondialiste suisse se charge de nous rappeler, chiffres et témoignages accablants à l’appui, combien les mains des Européens sont tachées de sang.

Vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il nous emmène à Moria, dans le plus grand camp de réfugiés du Vieux Continent. Mis en place par la Grèce et la Commission européenne, ce « point d’accueil » n’a d’accueillant que le nom. La faim, l’insalubrité, les maladies, les violences sexuelles… Près de 35 000 réfugiés venus de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan et d’Afrique subsaharienne – dont 35 % d’enfants – y sont parqués dans des conditions inhumaines pendant des mois, voire des années, en attendant que leur demande d’asile soit examinée.

Destruction des bases morales de l’Europe

Auteur de nombreux essais au vitriol, dans lesquels il s’attaque au FMI, à l’OMC (Destruction massive. Géopolitique de la faim, 2011) ou aux multinationales (L’Empire de la honte, 2005), cet octogénaire n’a jamais mâché ses mots, quitte à être taxé de manichéisme. Cette fois, il accuse Bruxelles et sa stratégie fondée sur « la dissuasion et la terreur », qui, sous prétexte de la protéger, « détruit les bases morales de l’Europe ». Relayant le travail d’enquête des ONG, le sociologue militant décrit ainsi les push-backs, ces opérations violentes menées par les gardes-côtes turcs et grecs et par l’agence européenne Frontex pour repousser les précaires embarcations des migrants.

Au total, en 2022, l’Union européenne aura dépensé 29 milliards d’euros en technologies de surveillance et de répression pour sécuriser ses frontières. « Plus rentable [pour les marchands d’armes] que toutes les guerres en cours en Syrie, au Darfour et au Yémen », assène Ziegler au lecteur, déjà KO debout.

Lesbos, la honte de l’Europe, de Jean Ziegler, Seuil, 144 pages, 14 euros.

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