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Confinement : et si on (re)regardait la série culte Marimar ?

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La telenovela mexicaine Marimar

La telenovela mexicaine Marimar © © DR

Cette telenovela mexicaine, bluette ultra-kitsch aux plans américains redoutables et aux rebondissements invraisemblables, a marqué toute une génération. Attention, spoilers !

Si, en cette dure période de confinement, certains se branchent sur Netflix sans demander leur reste (il semble que La Casa de papel rencontre un franc succès), il existe certains classiques qui ont bercé notre jeunesse – pour le meilleur ou pour le pire – et qu’il serait amusant de revisiter afin de faire passer le temps.

La telenovela mexicaine Marimar entre largement dans cette dernière catégorie. « À 19 h 30 précises, Marimar commence, et la vie s’arrête en Côte d’Ivoire », écrivait le quotidien Ivoir’Soir en 1999, alors que quelques épisodes de la série étaient diffusés sur la RTI.

« Tout le monde regardait Marimar, nous n’avions pas le choix. Sinon, on se retrouvait complètement perdu au cours des discussions à l’école », raconte Audrey, une Camerounaise de 30 ans. Il y a quelques semaines, à Abidjan, j’ai trouvé dans un supermarché du papier toilette à l’effigie de Marimar [l’héroïne de la série] ! C’est dire si elle marque encore les esprits. »

Passion et vengeance

Cette telenovela, créée par Ines Rodena et produite par le réseau Televisa en 1994, raconte l’histoire de Marimar Pérez – campée par Thalia, alors superstar de la musique et du petit écran au Mexique.

Marimar est une jeune femme pauvre et analphabète qui vit dans une cabane sur la plage avec ses grands-parents et son petit chien. Un jour, afin de nourrir tout ce beau monde, elle vole des œufs et des tomates dans une hacienda.

Marimar rencontre le jeune propriétaire d’une hacienda, Sergio Santibáñez, dont elle tombe éperdument amoureuse.

Prise en flagrant délit, elle fait alors la connaissance du jeune propriétaire de l’hacienda, Sergio Santibáñez, dont elle tombe éperdument amoureuse. Le jeune homme décide d’épouser la jeune fille et de l’installer à l’hacienda afin d’agacer son père et sa belle-mère. Alors que Sergio est en voyage, la belle-mère, après avoir fait tuer les grands-parents de Marimar, accuse la jeune fille d’un vol de bijoux. Marimar se retrouve en prison tout en étant enceinte.

C’était compter sans l’aide d’un bon samaritain – qui la fait délivrer – et sa rencontre avec un homme à la fortune colossale – qui n’est autre que son père biologique. À partir de ce moment, c’est la métamorphose. Marimar devient Bella Aldama, femme riche, raffinée et éduquée, qui ne recule devant rien pour assouvir sa vengeance. Si ça ce n’est pas du pitch !

Rite familial

L’unique saison de 149 épisodes, que l’on retrouve intégralement sur YouTube –, a fait les beaux jours des chaînes nationales africaines francophones à la fin des années 1990. La RTI en Côte d’Ivoire, la RTS au Sénégal, la RTG en Guinée, la RTB au Burkina Faso (anciennement TNB), etc.

Fara avait 17 ans quand Marimar était diffusée sur TVM, à Madagascar. « C’était la série que tout le monde regardait à Toliara, ma ville d’origine. Aussi, je ne pouvais pas la rater. C’était comme un rite familial. La ville s’arrêtait en début de soirée. Les gens s’agglutinaient dans les magasins où il y avait une télévision pour ne pas rater l’épisode du jour. Il n’y avait plus personne dans la rue », raconte la jeune femme, aujourd’hui âgée de 37 ans et établie en région parisienne.

« Il existe même un parc, à Toliara, que les gens appellent le Jardin Marimar. Et le chanteur Dadah de Fort-Dauphin avait un hit dans lequel il disait être plus beau que Sergio », se souvient-elle. Sur son blog, Andriamihaj Andriamihaja Guénolé, un Malgache de 26 ans, écrit : « Celle ou celui qui ne connaît pas Bella Aldama et Sergio Santibáñez n’est pas malgache. Les tee-shirts à leur effigie se vendaient comme de l’huile bon marché. Une marque de rhum avait retouché ses étiquettes pour se mettre aux couleurs de la série. […] La diffusion du dernier épisode de Marimar a même fait l’objet de tout un reportage dans le JT. Toute une histoire nationale… »

Avec le recul, Fara admet que l’histoire était pour le moins sexiste : « À l’époque, j’aimais beaucoup l’histoire d’amour entre Marimar et Sergio, mais, en grandissant, l’idée de l’homme riche et puissant qui vient sauver la femme pauvre et analphabète, très peu pour moi… »

Salimata, 26 ans, Burkinabè, avait 7 ans quand Marimar passait à la télévision. « Je ne comprenais pas grand-chose à l’histoire, mais j’étais en empathie avec Marimar, qui aimait un type riche dont la famille ne l’acceptait pas. C’était vraiment le truc à regarder après l’école. On aime à dénigrer ce type de programme en disant que c’est un truc de femmes, mais, pourtant, les hommes regardaient aussi. Cette série avait des répercussions sur notre vie quotidienne. Les enfants que nous étions n’imaginaient pas qu’un Blanc puisse être pauvre. Marimar en était d’autant plus fascinante. »

Un programme culte

À Ouagadougou, les vendeurs de jus local n’hésitaient pas à proposer des sachets deux-en-un du type « bissap-tamarin » baptisé « Sergio et Marimar ». « Bizarrement, j’ai toujours eu l’impression qu’il y avait 1 000 épisodes de Marimar. C’était le feuilleton sans fin, s’amuse encore Salimata. Avec le recul, je me dis que c’était quand même l’histoire d’une mineure qui s’entiche d’un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Ça change le point de vue. »

Quoi qu’il en soit, force est de constater que, malgré le kitsch, les doublages peu recherchés et le caractère ubuesque de l’histoire, Marimar est devenu un programme culte tant en Afrique de l’Ouest francophone que dans l’outre-mer français.

À la fin des cours, tout le monde courait pour se retrouver devant la télé à 17 heures pétantes. »

Makia, jeune Guinéenne de 34 ans, se souvient d’une année de collège à Fort-de-France, en Martinique, rythmée par la diffusion de la série sur une chaîne locale. « En cours d’espagnol, on nous avait fait apprendre le générique chanté par Thalia. Et puis, à la fin des cours, tout le monde courait pour se retrouver devant la télé à 17 heures pétantes. »

Nostalgie

Elle raconte une scène, en 2003, à Paris, au sein d’une communauté de Guinéens diakankés : tout le monde s’arrachait les coffrets DVD de la telenovela – que l’on trouve encore aujourd’hui en vente sur le web. « C’était fou ! Chacun avait son coffret et son lecteur DVD tout neuf. Les épisodes passaient en boucle. Il y en avait que je découvrais. »

Si elle n’est pas la seule telenovela à avoir connu un tel succès sur le continent africain et au sein de sa diaspora (Rubi, ça vous dit quelque chose ?), Marimar est jugée par beaucoup comme un « classique », quasi patrimonial et procurant une certaine nostalgie.

Fatou, 28 ans, associe la série à ses vacances en Casamance, au Sénégal, quand elle était plus jeune… et l’a encore regardée, il y a deux ans, en streaming. « Bien heureusement, aujourd’hui, les chaînes de télévision africaines ont un programme de fiction plus fourni, qui va au-delà de l’univers des telenovelas ou des films bollywoodiens, qui ont bercé notre enfance et notre adolescence, reprend Salimata. Aujourd’hui, on peut regarder des séries locales avec des gens qui nous ressemblent. »

Mais même si les productions nollywoodiennes sont passées par là, les telenovelas ne semblent pas près de connaître la crise.

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