Agroalimentaire

[Tribune] Aider les PME pour garantir la sécurité alimentaire de l’Afrique

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Par  Eren Kelekci

Responsable en chef au sein du groupe de la BAD des opérations secteur privé et financement mixte, avec une spécialisation sur les secteurs coton/textile, agro-alimentaire et forêts

Une exploitation d'oignons au Sénégal.

Une exploitation d'oignons au Sénégal. © Rose Skelton pour TAR

Le modèle des années 1980 de l’importation en masse des produits de consommation courante ne peut plus tenir, estime ce responsable de la BAD qui plaide pour le renforcement de l’environnement de production locale.

La pandémie de coronavirus risque de faire tripler les importations nettes dans le secteur agroalimentaire. Celles-ci s’établiraient à près de 110 milliards de dollars (101 milliards d’euros) à l’horizon 2025 et, selon l’ONU, en 2050, le continent africain ne pourrait subvenir qu’à hauteur de 13 % de ses besoins alimentaires.

Nous nous souvenons des « émeutes de la faim » de 2008, provoquées par un choc climatique en Asie. La crise sanitaire que le monde traverse aujourd’hui, et dont l’Afrique n’est qu’aux prémices, peut avoir des conséquences plus graves encore.

« Il nous faut produire davantage sur notre sol… pour réduire notre dépendance ». Cette affirmation du président Emmanuel Macron est d’actualité en France, mais pourquoi ne vaudrait-elle pas également pour l’Afrique ? Le modèle des années 1980 de l’exportation des Cash Crops (cultures de rente) et de l’importation en masse des produits de consommation courante ne peut simplement plus tenir.

La production locale peu protégée

Les accords de libre-échange actuellement en cours ne permettent plus de protéger l’environnement de production locale. Malgré les innombrables programmes de soutien en ce sens, largement orientés vers l’attraction des IDE et les grands comptes, la majeure partie est restée inefficace.

80 % de la consommation de nourriture en Afrique relève du secteur privé, et 40 % seulement de ce dernier concerne la production primaire. Mais celle-ci a peu de moyens : les chiffres édifiants de 1,3 tracteur par km2 au Rwanda ou de 2,7 au Nigeria, en comparaison avec les 128 prévalant en Inde ou aux 116 au Brésil, témoignent du faible niveau de mécanisation ; qui s’ajoute aux risques pesant sur la production et, conséquemment, sur les prix, dans un contexte où, au minimum, 50 % des revenus des ménages sont consacrés à la nourriture.

Les chaînes de valeurs actives sur le continent sont aussi de toute première importance : transformation, distribution, transports, vente de détail, services associés. Il ne faut pas, par exemple, oublier les infrastructures associées, parmi lesquelles les chaînes de stockage, et notamment les structures à température contrôlée, car alors que les capacités de stockage en milieu réfrigéré sont de l’ordre de 262 litres par ménage en Allemagne, de 88 litres en Arabie saoudite ou de 66 litres en Algérie, ces chiffres tombent à 2 litres par foyer en Éthiopie ou en Tanzanie.

Il incombe aux États et aux agences de développement d’identifier les contraintes de ces PME afin de les lever

Or, ces chaînes de valeurs sont gérées, pour une large majorité, par les petites et moyennes entreprises qui soutiennent les petits fermiers locaux dans la création de marchés et débouchés. Les PME locales, contrairement aux idées reçues, ne manquent pas à l’appel. Elles sont très actives non seulement sur la transformation mais également dans les infrastructures associées, et il ne s’agit pas pour les gouvernements ni les agences de développement de réinventer la roue, mais de soutenir un écosystème existant.

Soutenir ces PME, c’est en effet soutenir non seulement la chaîne de production mais également la distribution et, in fine, les fermiers et la sécurité alimentaire de l’Afrique.

Il incombe donc aux États et aux agences de développement non pas de se substituer à cette dynamique mais d’en identifier les contraintes afin de les lever. Les coûts des intermédiaires, l’équipement, l’énergie, le transport et la main d’œuvre constituent les principaux facteurs de coûts. En réduire certains et permettre d’en optimiser d’autres sont autant de leviers sur lesquels les États peuvent agir. Il en va de notre survie !

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