Sécurité

Tchad : comment Idriss Déby Itno veut anéantir Boko Haram dans la région du Lac

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 07 avril 2020 à 17h16
Idriss Déby avec avec ses troupe près du lac Tchad, le 4 avril 2020.

Idriss Déby avec avec ses troupe près du lac Tchad, le 4 avril 2020. © DR

Après l’attaque du 23 mars, à Boma, Idriss Déby Itno (IDI) a lancé une nouvelle offensive militaire contre Boko Haram, annonçant vouloir en finir avec le groupe jihadiste. Une stratégie qui mobilise un vaste réseau de gradés et de notables. Voici les hommes clés de la « colère » du président tchadien.

Idriss Déby Itno (IDI) l’a appelée « Colère de Boma », du nom de la localité où une centaine de ses soldats ont péri dans une offensive de Boko Haram le 23 mars. Lancée le 29 mars sur cinq fronts dans les îles du lac Tchad, cette opération a pour but de « vaincre le terrorisme » et « les illuminés de Boko Haram ».

Depuis, c’est un Déby Itno en treillis qui sillonne la province, discutant stratégie militaire ou apportant son soutien aux soldats, à Kaïga Kindjiria ou à Baga Sola. Agacé par la résilience des jihadistes et les failles de ses services de renseignements, le chef de l’État a pris les opérations en main, allant jusqu’à annoncer dès le 5 avril une victoire de ses troupes dans la bataille.

Mais la guerre est-elle gagnée pour autant ? Pour pousser son avantage, IDI s’appuie sur un réseau de fidèles.

Au premier rang : Mahamat Ismaïl Chaïbo, ministre de l’Administration du territoire, présent dans le Lac avec le président depuis fin mars. Il est de ceux qui font le lien entre IDI et les élites administratives locales, indispensables en matière de renseignement.

Deux ministres à pied d’œuvre

Pilier de la sphère Déby Itno, Chaïbo entretient des liens étroits avec Kalzeubé Pahimi Deubet, secrétaire général de la présidence. Il suscite toutefois la méfiance de la première dame, Hinda Déby Itno, et du président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat. Il estime d’ailleurs que ces deux personnalités ne sont pas étrangères à son limogeage de la direction de l’Agence nationale de sécurité (ANS), en 2011.

Autre pilier « ministériel » : Mahamat Abali Salah. Bon connaisseur de la région depuis qu’il en a été le gouverneur, en 2018, il est aujourd’hui ministre délégué à la Défense, avec autorité sur la Garde nationale et nomade, une des composantes de la riposte, aux côtés notamment de la Direction générale de service de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE, dirigée par le fils d’IDI, Mahamat « Kaka » Idriss Déby).

Comme son collègue Mahamat Ismaïl Chaïbo et le chef d’état-major général des armées, Abakar Abdelkerim Daoud, il a assisté à presque tous les entretiens d’IDI dans le Lac, notamment celui avec le commandant nigérian de la Force multinationale mixte, Ibrahim Manu Yusuf, le 4 avril, à Kaïga Kindjiria. Mahamat Abali Salah est chargé de la liaison avec ses homologues nigérien – Issoufou Katambé, avec qui il s’est entretenu récemment – et nigérian.

Le MPS et les notables locaux en renfort

Idriss Déby Itno peut en outre compter sur Abadi Saïr Fadoul, l’actuel gouverneur de la région et autre relais local du chef de l’État. Il n’est à son poste que depuis le 17 février, mais il est l’un des piliers de l’appareil sécuritaire depuis de nombreuses années. Il a dirigé les renseignements militaires, puis la police nationale. Sa principale mission, partagée avec Mahamat Ismaïl Chaïbo, est le renseignement de terrain, l’obsession d’IDI.

Le président espère aussi mettre à contribution certains notables locaux. Au sein de la majorité kanembou d’abord, avec Ahmat Mbodou Mahamat, ancien ministre et ex-chef de file du Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir) pour la région du Lac, et Hadjé Zara Affono, activiste anti-Boko Haram et députée MPS du département de Kaya.

Mais aussi au sein de la minorité boudouma, réputée pour être la cible des recrutements jihadistes au Tchad, avec Abdoulaye et Youssouf Mbodou Mbami, respectivement président du parti Action pour la République et la démocratie (ARD) et chef du canton de Bol (chef-lieu de la province).

Deux autres « enfants » du pays figurent également dans la « short list » du président : Ahmad Makaila, ambassadeur du Tchad auprès de l’ONU à Genève, et Adoum Fortey Amadou, ex-gouverneur du Lac.

L’ANS et les renseignements militaires en première ligne

Selon nos informations, le chef de l’État s’est surtout inquiété de failles dans le système de renseignements. Le patron de l’ANS, Ahmed Kogri, subit les critiques d’une partie de l’appareil sécuritaire, mais dispose toujours d’atouts indéniables : sa proximité avec la première dame et, surtout, avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française, qui voit en lui un fidèle allié depuis des années.

Comme les Américains – qui fournissent également du matériel de surveillance –, la DGSE est un soutien de poids pour IDI, à qui elle transmet des données sur les mouvements dans le Lac.

Enfin, un autre officier est en première ligne : Mahamat Mamadou Aboubakar, directeur général adjoint des Renseignements militaires – dirigés par l’oncle de Hinda Déby, Abdelmoutalib Abderahim Abdelfakhar. Originaire du Lac, ce colonel doit sa nomination au souhait du chef de l’État d’être mieux renseigné sur Boko Haram.

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