Défense

Libye, Syrie, Yémen… Quel est l’impact du coronavirus sur les conflits au Moyen-Orient ?

A Qamishli, en Syrie, le 24 mars 2020.

A Qamishli, en Syrie, le 24 mars 2020. © Baderkhan Ahmad/AP/SIPA

L’épidémie de Covid-19 a fait des dizaines de milliers de morts et forcé la moitié de la population mondiale au confinement. Ses conséquences sur les guerres en cours au Moyen-Orient restent encore incertaines.

Tandis que l’ensemble de la planète est concentrée sur la lutte contre la pandémie de coronavirus, les acteurs en conflit en Syrie, au Yémen, en Libye et en Irak, où interviennent des puissances étrangères, continuent d’avancer leurs pions… sans perspective d’issue durable dans l’immédiat

Pour ces pays, le « pire est à venir » redoute António Guterres, le secrétaire général des Nations unies. Le Covid-19 fait craindre une catastrophe humanitaire dans ces pays aux infrastructures dévastées par la guerre et où des millions de personnes dépendent d’aides.Et les pays occidentaux, durement touchés par la pandémie, pourraient détourner leurs ressources financières et militaires de ces conflits étrangers, mais aussi affaiblir les processus de négociations. Tour d’horizon.

• Les combats s’intensifient en Libye

L’appel lancé par les Nations unies mi-mars en faveur d’un cessez-le-feu humanitaire en Libye a été immédiatement salué par les protagonistes du conflit… lesquels ont immédiatement ou presque repris les hostilités. Les combats ont redoublé d’intensité ces derniers jours, touchant plusieurs quartiers résidentiels de la capitale. De quoi pousser l’ONU à réitérer ses appels à la trêve. « Un immense fossé demeure entre les déclarations et les actes », a déploré António Guterres le 3 mars.

En Libye, la Turquie soutient le gouvernement de Tripoli, dirigé par Fayez el-Sarraj, et reconnu par les Nations unies. Ce dernier fait face depuis un an à l’offensive de l’Armée de libération nationale (ALN) du maréchal Khalifa Haftar, appuyé notamment par la Russie, l’Égypte et les Émirats arabes unis.

Un désengagement occidental des conflits de la région pourrait favoriser les forces pro-Haftar, assure le professeur Fabrice Balanche, spécialiste du monde arabe. Selon le think-tank International Crisis Group (ICG), les efforts visant à garantir le cessez-le-feu en Libye « ne mobilisent plus l’attention au plus haut niveau ».

• En Syrie, une trêve à Idleb

Le nouveau coronavirus a commencé à prendre une ampleur internationale au moment où une énième trêve entrait en vigueur dans la province d’Idleb et ses environs du nord-ouest syrien entre le régime et son allié russe d’un côté, et les groupes jihadistes et rebelles – dont certains pro-turcs – de l’autre.

Les trois millions d’habitants de cette région avaient peu d’espoir de voir l’accalmie durer, épuisés par la dernière offensive meurtrière de Damas. Mais les craintes face à l’épidémie semblent contribuer à préserver cette trêve. En mars, le bilan des pertes civiles a connu son plus bas depuis le début du conflit en 2011 avec 103 décès, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Pour les différents acteurs sur le terrain – le régime, les forces kurdes dans le nord-est et les factions anti-Damas à Idleb -, une bonne gestion de l’épidémie permettrait de consolider leur crédibilité. « Cette épidémie est un moyen pour Damas de montrer que seul l’État syrien est efficace et qu’il faut donc réintégrer les différents territoires sous sa gouvernance », estime Fabrice Balanche.

Le même juge que la pandémie pourrait précipiter le départ des troupes américaines, leur « sécurité sanitaire » étant un « enjeu majeur ». Cela contribuerait à un vide sécuritaire qui encouragerait une résurgence du groupe État islamique (EI), dont le « califat » en Syrie s’est effondré en mars 2019.

En neuf ans, le conflit syrien a fait plus de 380 000 morts, ainsi que des millions de déplacés particulièrement vulnérables en cas de propagation de l’épidémie.

• Vers une catastrophe au Yémen

Comme en Libye, le gouvernement yéménite et les rebelles Houthis ont d’abord salué l’appel de l’ONU à une trêve. Même enthousiasme du côté de l’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition militaire qui soutient les forces progouvernementales. Mais les espoirs d’une accalmie permanente, après plus de cinq ans d’enlisement, ont vite été douchés.

Le 28 mars, les forces saoudiennes ont intercepté des missiles lancés par les Houthis dans le ciel de Ryad et d’une ville proche du Yémen. En représailles, la coalition a frappé des « cibles militaires » à Sanaa, capitale yéménite aux mains des Houthis. Ces dernières années, les négociations ont régulièrement capoté dans ce pays souffrant, selon l’ONU, de la pire crise humanitaire au monde.

Les ONG craignent une catastrophe en cas de propagation du virus, le Yémen disposant d’un système de santé aux abois et souffrant de pénuries d’eau. « Si la guerre continue, le coronavirus va se répandre. Les gens vont mourir dans les rues, les cadavres vont pourrir », craint Mohammed Omar, chauffeur de taxi à Hodeida, ville portuaire de l’ouest.

• L’Irak menacé par une résurgence de l’EI 

En Irak, si la guerre a déjà pris fin, le pays reste menacé par une résurgence de l’EI dans certaines régions, tandis que les tensions entre les États-Unis et l’Iran ne montrent aucun signe de fatigue.

Washington a déployé cette semaine des batteries de défense antiaériennes, faisant craindre une nouvelle escalade avec Téhéran, dont les supplétifs irakiens sont jugés responsables des roquettes qui continuent d’être tirées sur la Zone verte à Bagdad, là où se trouvent l’ambassade américaine et des bases accueillant des soldats américains.

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