Mines

Crise de gouvernance chez Vedanta Resources

Srinivasan Venkatakrishnan, alors DG d’Anglogold Ashanti, lors de la 23e édition du Mining Indaba, au Cap, en février 2017.

Srinivasan Venkatakrishnan, alors DG d’Anglogold Ashanti, lors de la 23e édition du Mining Indaba, au Cap, en février 2017. © Halden Krog/Bloomberg via Getty Images

Très présent en Afrique australe, le producteur de cuivre et de zinc d’origine indienne perd son directeur général – dix-huit mois seulement après sa prise de fonctions –, en pleine tourmente sur les marchés miniers.

Même s’il a sans doute été hâté par la crise épidémique actuelle, le départ de Srinivasan Venkatakrishnan – ou « Venkat », comme il aime à se faire appeler – de la direction générale du groupe Vedanta Resources, le 27 mars, un peu plus d’un an et demi après sa nomination, était attendu. Il était devenu difficile pour cette figure de l’industrie extractive en Afrique du Sud d’imposer ses vues dans un groupe familial dirigé d’une main de fer depuis Londres et Bombay par le patriarche et fondateur Anil Argawal, connu pour son goût du risque et ses décisions abruptes.

Officiellement démissionnaire pour « raisons personnelles », le désormais ex-DG du groupe minier a depuis rejoint sa famille, installée en Afrique du Sud.

Internationalisation tardive, conflits fiscaux et environnementaux

Créé à Bombay en 1976, d’abord comme négociant de métaux, devenu progressivement un groupe extractif et métallurgique, Vedanta ne s’était internationalisé en dehors de l’Inde que tardivement, au début des années 2000, en choisissant l’Afrique comme cible principale, notamment dans les pays où sont implantées d’importantes communautés  indiennes.

Présent en Afrique australe – essentiellement en Afrique du Sud, en Namibie et en Zambie – dans les filières du cuivre et du zinc, la société connaissait depuis plusieurs années des difficultés avec les autorités et les communautés locales : plusieurs différends fiscaux, sociaux et environnementaux entravaient ses activités.

En 2018, ses revenus ont atteint 15,4 milliards de dollars, pour une marge opérationnelle de 4,1 milliards de dollars. Le groupe était la même année le deuxième producteur mondial de zinc (1,2 million de tonnes, en Inde et en Afrique), derrière le leader Glencore. Sa production de cuivre, plus modeste, est inférieure à 300 000 tonnes.

Venkat, un redoutable cost-killer 

Venu d’AngloGold Ashanti, premier groupe minier basé et coté à Johannesburg, et troisième producteur d’or mondial, qu’il a dirigé de 2013 à 2018, Venkat s’était fait connaître comme un redoutable cost-killer. Originaire de Madras mais familier du continent, il s’y était installé en 2000, d’abord au Ghana comme directeur financier d’Ashanti Goldmines, puis à Johannesburg après la fusion en 2004 de ce dernier avec AngloGold, premier groupe aurifère sud-africain, spin-off d’AngloAmerican.

C’est sous la conduite de cet expert-comptable de formation qu’AngloGold Ashanti avait lancé en juin 2017 un plan de restructuration massif de ses activités dans la nation Arc-en-Ciel, occasionnant la suppression de 8 500 emplois sur les 28 000 que le groupe comptait dans le pays.

Nommé patron de Vedanta en octobre 2018, il avait pris la suite de l’Américain Tom Albanese, ancien DG de Rio Tinto, lui aussi démissionnaire pour « raisons personnelles » et qui avait également tenté d’internationaliser davantage ce groupe d’origine indienne.

Mine de cuivre de Nchanga, à Chingola, en Zambie. © Waldo Swiegers/Bloomberg via Getty Images

Déclarations intempestives et plus-value controversée de  500 millions de dollars

Aux manettes de Vedanta pendant une courte période, Venkat a eu fort à faire pour rassurer ses actionnaires et ses partenaires, notamment les gouvernements africains, avec des titres boursiers de Vedanta Resources – le holding international – et Vedanta Ltd – sa branche indienne – évoluant en dents de scie depuis deux ans à Londres, New York et Bombay, au gré des opérations boursières et des déclarations d’Anil Argawal, self-made-man turbulent.

En septembre 2017, le magnat indien avait surpris les marchés en prenant 20 % du capital d’AngloAmerican à travers son holding familial Volcan Investments, avec pour ambition affichée de fusionner la branche sud-africaine du groupe avec celles de Vedanta en Afrique australe.

Mais ce plan n’avait guère séduit les différentes parties prenantes : à l’heure actuelle, AngloAmerican ne s’est toujours pas délesté de ses actifs sud-africains, attendant le moment opportun pour les vendre ; quant aux investisseurs, ils reprochaient à Vedanta son fort endettement et doutaient de l’attelage proposé.

Ces derniers ont d’ailleurs encore moins apprécié quand, en juillet 2019, Anil Argawal a fait racheter cette participation de Volcan Investments dans AngloAmerican par l’indien Vedanta Ltd. Cette transaction a fait chuter le cours de la société de 21 % à la Bourse de Bombay, les marchés comprenant mal la logique opérationnelle de cette prise de participation, tandis que Volcan Investments faisait une plus-value de quelque 500 millions de dollars.

Bras de fer à Lusaka

Mais, surtout, Venkat, malgré son parcours africain, n’a pas réussi à apaiser les tensions avec la Zambie, où les conflits avec les autorités se sont envenimés. En mai 2019, la Haute Cour zambienne avait désigné un liquidateur judiciaire provisoire pour prendre le contrôle de la société cuprifère Konkola Copper Mines (KCM), filiale de Vedanta Resources qui produisait jusqu’à 200 000 tonnes de cuivre par an.

Le groupe a tenté d’interrompre la procédure de liquidation avec des actions auprès des justices zambienne et sud-africaine, sans succès pour le moment. Depuis, le contact semble être rompu entre les dirigeants du groupe et Lusaka. Dans le même temps, une autre procédure a été lancée, cette fois par les communautés riveraines de KCM. Le 10 avril 2019, ces dernières ont obtenu de la Cour suprême britannique que Vedanta Resources, dont le siège est enregistré à Londres, soit jugé au Royaume-Uni pour les dommages à l’environnement causés par sa filiale zambienne.

À ces difficultés judiciaires, financières, et de gouvernance s’ajoute la baisse des cours des deux minerais clés de Vedanta Resources, le cuivre et le zinc – qui ont perdu chacun plus de 20 % de leur valeur depuis le début de cette année –, du fait de l’épidémie de coronavirus, ce qui a précipité vers le bas les cours de l’action du groupe à Londres, qui a chuté de 59 % depuis le 1er janvier.

Venkat a donc quitté un navire qui prenait l’eau de toutes parts. Pour redresser la barre, Anil Argawal s’est fait désigner président du conseil d’administration de Vedanta, et son frère Navin, qui était à ce poste auparavant, est devenu vice-président exécutif du groupe.

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