Politique

Coronavirus en RDC – Samy Badibanga : « Il faut réduire le train de vie des institutions pendant la crise »

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Mis à jour le 03 avril 2020 à 13h57
Samy Badibanga, ex-Premier ministre et ancien conseiller politique de l'opposant Étienne Tshisekedi, le 4 septembre 2012 à Paris.

Samy Badibanga, ex-Premier ministre et ancien conseiller politique de l'opposant Étienne Tshisekedi, le 4 septembre 2012 à Paris. © Vincent Fournier/J.A.

Alors que la commune de la Gombe, considérée comme l’épicentre de la pandémie, s’apprête à être confinée jusqu’au 20 avril, le vice-président du Sénat et ancien Premier ministre Samy Badibanga appelle le gouvernement à répondre efficacement à la crise.

Exonération de l’impôt, taxe et redevance sur l’importation, gratuité de l’électricité et de l’eau… Si le gouvernement a annoncé de nombreuses mesures pour soutenir l’activité économique et limiter les effets négatifs de la pandémie de Covid-19 – qui a déjà fait 13 morts en RDC au 3 avril – le vice-président du Sénat Samy Badibanga appelle l’exécutif à aller plus loin pour protéger la population et les finances publiques.

Jeune Afrique : Les autorités ont-elles mis trop de temps à s’engager sérieusement dans la riposte contre le coronavirus ?

Beaucoup de pays ont pris du retard. On ne peut pas condamner le gouvernement car personne ne s’attendait à une telle pandémie. Certes, il y a eu d’abord eu un tâtonnement de l’exécutif, mais nous devons désormais regarder tous ensemble dans la même direction. L’heure n’est pas au procès.

Le confinement est-il aujourd’hui inévitable en RDC ? 

C’est le confinement qui a sauvé la Chine et qui est en train d’aider les pays européens à surmonter cette crise. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de mettre en place le confinement pour prévenir et stopper la propagation du virus. C’est indispensable. À une condition : que le gouvernement renforce les mesures sociales pour accompagner les citoyens dans cette mise en quarantaine. La prévention doit être la priorité de la RDC.

Quel regard portez-vous sur les mesures de soutien à l’économie nationale prises par le gouvernement ?

Ce sont des mesures importantes même si je pense qu’on aurait dû les étaler sur six mois au lieu de trois. Il faut en outre suspendre toutes les mesures administratives liées à l’importation ainsi que l’impôt professionnel sur le revenu (IPR). Le Covid-19 va frapper notre économie et il faut impérativement venir au secours des entreprises menacées, en facilitant l’importation des biens alimentaires, des produits pharmaceutiques, ou des équipements médicaux. Il faut assurer le maintien de l’emploi tout en baissant les prix des biens de première nécessité sur le marché.

Comment atténuer l’augmentation des prix à Kinshasa et dans le grand centre urbain ?

La taxe sur la valeur ajoutée doit être supprimée à l’importation et à la consommation et les produits de première nécessité doivent être taxés à 3 %. Les prix des denrées vont ainsi baisser de 30 à 40 %, ce qui sera une bonne chose pour la population.

Quel est l’avenir du programme entre le gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI) ?

Dans l’immédiat, il est clair que le gouvernement doit suspendre son programme avec le FMI. Nous devons demander à passer à un programme d’urgence réparti sur quatre volets : l’urgence sanitaire, l’urgence sociale, l’appui budgétaire et l’appui aux entreprises. Ce qui correspondrait à demander au moins 10 % de notre PIB, soit environ cinq milliards de dollars, sous forme de prêt sans conditions. Le gouvernement pourrait également demander la suspension du paiement de la dette extérieure.

Le choc que subit et continuera à subir l’économie mondiale globalisée n’est-elle pas une occasion pour essayer d’autres modèles économiques ? Si oui, quelles pistes ?

Le modèle libéral actuel prendra certainement un coup mais je pense qu’il survivra. Il y aura toutefois une plus forte exigence de justice sociale à l’intérieur des pays et une demande de justice entre Etat en vue d’un ordre politique mondial plus juste, avec, par exemple, un Conseil de sécurité plus inclusif qui comprendrait des membres permanents d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Amérique latine.

Même si nous n’en sommes pas encore à la sortie de crise, il faudra effectivement mettre en place des réformes. En 2016, j’avais déjà fait plusieurs propositions, notamment la fusion et la numérisation des régies financières et le taux de taxation unique pour tous les marchands. Je préconise un plan Marshall basé sur des réformes structurelles et profondes en matière de fiscalité, de gestion des finances publiques et de lutte anticorruption.

Comment le Sénat s’organise-t-il pour accompagner le gouvernement dans cette lutte contre le coronavirus ?

Nous sommes confrontés à une énorme crise sanitaire et nous devons investir dans les domaines sociaux et sanitaires. À ce titre,  le Parlement souhaite obtenir une dérogation sur la loi des finances de 2011, qui interdit au gouvernement d’emprunter en devises à l’étranger et de présenter un budget en déséquilibre. Aujourd’hui, les États ont le choix entre le déficit et l’inflation. Même si les plénières sont suspendues, il faudra trouver une solution pour prendre des mesures rapidement.

Des voix s’élèvent pour exiger la réduction du train de vie des institutions. Est-ce possible ?

On doit effectivement réduire le train de vie de toutes les institutions, du moins pendant la période de crise. C’est une démarche tout à fait honorable.

En attendant, certains parlementaires ont déjà renoncé à leurs émoluments pour appuyer la riposte. Êtes-vous prêt à le faire aussi ?

Bien sûr. Je pense que cette démarche sera d’autant plus efficace qu’elle sera collective. Le Sénat doit prendre des mesures pour réduire nos salaires pendant la riposte.

L’efficacité de plusieurs ministères, dont la Santé et la Communication, est remise en cause. Est-ce le bon moment pour évoquer le remaniement ?

C’est une question qui mérite réflexion. En tout cas, il faudra diminuer la taille du gouvernement à la fin de la crise. Il faut lancer une nouvelle dynamique.

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