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L’Afrique dépassera les 500 millions d’utilisateurs de mobile money en 2020

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Mis à jour le 03 avril 2020 à 11h07
Kiosque Eco Cash, plateforme de mobile banking d'Econet Wireless au Zimbabwe.

Kiosque Eco Cash, plateforme de mobile banking d'Econet Wireless au Zimbabwe. © Tsvangirayi Mukwazhi/The Africa Report/2013.

Avec 50 millions de nouveaux comptes créés sur le continent en 2019 et une croissance des inscriptions de 12 %, l’Afrique est de loin le premier continent en matière de mobile money. Mais ce développement reste inégal selon les régions.

L’Afrique subsaharienne continue de surpasser les autres continents en matière de mobile money. En 2019, 50 millions d’Africains subsahariens ont créé un compte pour transférer de l’argent via leur téléphone mobile, soit une croissance de 12 % par rapport à 2018, ce qui porte le nombre total d’utilisateurs à 469 millions sur le continent, dont 181 millions sont actifs.

La valeur totale des 23,8 milliards de transaction qu’ils ont effectué en 2019 dépasse 456 milliards de dollars, soit une progression de près de 28 % par rapport à 2018. Preuve que la région subsaharienne est celle de tous les records dans ce secteur, ce chiffre représente 3,5 fois le montant des transactions enregistrée en Asie du Sud, seconde région qui a le plus recours au mobile money.

Une croissance inégale

La région subsaharienne, qui compte à ce jour 144 services du genre, est aussi la locomotive qui soutient l’essor du secteur depuis 2009. « À cette date, on avait déjà quelques acteurs comme M-Pesa qui avaient prouvé l’existence d’une demande forte, ce qui en avait incité d’autres à se lancer », observe Sylvain Morlière, consultant au cabinet de conseil Sofrecom, spécialisé dans le secteur des télécommunications.

À l’intérieur des frontières du continent, cette croissance demeure néanmoins inégale. Suffisamment bancarisée et fournie en liquidités, l’Afrique australe reste peu intéressée par les transferts et le paiement par téléphonie mobile. La sous-région ne compte que trois millions d’utilisateurs actifs, contre 102 millions en Afrique de l’Est, 56 millions en Afrique de l’Ouest et 20 millions en Afrique centrale.

En Afrique centrale, les réglementations ne sont traditionnellement pas assez claires

L’Afrique centrale s’emploie quant à elle à rattraper son retard : la sous-région est la plus dynamique du continent depuis 2017. « De ce que j’ai pu constater sur le terrain, le Cameroun est bien plus dynamique que la Côte d’Ivoire en ce moment », confirme un dirigeant d’une fintech française active sur le continent.

La BCEAO plus dynamique que la BEAC en matière de mobile-money

« En Afrique centrale, les réglementations ne sont traditionnellement pas assez claires, bien qu’elles soient en train d’évoluer en zone BEAC. Les situations sont très hétérogènes. Le mobile money fonctionne par exemple très bien au Cameroun et au Gabon », explique le consultant de Sofrecom. Ce que confirme notre dirigeant de fintech : « La BCEAO est davantage un moteur que la BEAC. Mais il y a également le fait que la région ne constitue pas forcément le marché de prédilection d’opérateurs comme Orange ou MTN ».

Toujours est-il qu’en Afrique centrale, les transactions ont bondi en 2019 de près de 50 % en volume et de 33 % en valeurs, pour atteindre 30,4 milliards de dollars, à travers 17 services de mobile money, contre 59 en Afrique de l’Ouest et 54 en Afrique de l’Est.

Le Covid-19, une tragique opportunité

Nul doute que cette croissance à deux chiffres tire parti cette année d’un phénomène par ailleurs tragique : la pandémie de Covid-19 qui a jusqu’ici fait 126 morts et 4 351 cas confirmés en Afrique selon les chiffres l’Organisation mondiale de la Santé.

Les banques centrales sur le continent se sont très vite rendues compte de la dangerosité du cash. »

Après les décisions prises le 2 avril par la BCEAO en faveur de la facilitation des transferts d’argent dématérialisés (gratuité des transferts de monnaie électronique entre personnes et des paiements de factures domestiques en dessous d’un certain montant, suppression des commissions des opérateurs dans le cadre de transaction marchandes…), d’autres banques centrales ainsi que par certains opérateurs comme Safaricom au Kenya devraient dynamiser l’adoptions des usages.

Ouvrir un nouveau chapitre

Comme en 2017, le rapport de la GSMA appelle les acteurs du mobile money à sophistiquer leurs offres en proposant des services d’épargne, de crédit, ou encore d’assurance. « L’idée à termes serait de voir émerger des ‘super app’ sur le modèle chinois. C’est à dire des plateformes qui proposent par exemple de réserver des taxis, de prendre des rendez-vous médicaux et de les régler par mobile, etc », imagine Sylvain Morlière. De quoi écrire un nouveau chapitre des transactions mobiles sur le continent et ailleurs.

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