Santé

L’OMS déplore « un énorme écart » entre les besoins et le matériel disponible en Afrique

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Matshidiso Moeti, directrice Afrique de l'OMS, à Genève, le 1er février 2019.

Matshidiso Moeti, directrice Afrique de l'OMS, à Genève, le 1er février 2019. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Alors que la pandémie de coronavirus prend une nouvelle dimension en Afrique, les experts de l’OMS et du Programme alimentaire mondial s’inquiètent de la pénurie d’équipements médicaux adaptés.

La pandémie en Afrique est à un tournant. C’est le message principal que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a voulu faire passer lors d’une communication organisée le 2 avril, conjointement avec le Programme alimentaire mondial (PAM). Alors que le cap du million de malades est sur le point d’être franchi au plan mondial, le continent n’en compte encore que quelques milliers.

Mais le nombre augmente vite, comme il l’a fait dans d’autres régions du monde touchées plus tôt par le coronavirus. Cette situation nouvelle soulève de nouvelles questions, l’une des principales étant le sous-équipement chronique du continent en respirateurs, nécessaires pour maintenir en vie les personnes les plus sévèrement atteintes par la maladie.

Voici les principaux sujets de préoccupation identifiés par les experts de ces organisations.

  • Une progression de l’épidémie en Afrique « comparable à celle d’autres régions »

Selon Michel Yao, le responsable des opérations d’urgence de l’OMS en Afrique, le continent a mis longtemps à atteindre les 1 000 cas mais, ces dix derniers jours, ce nombre a été multiplié par quatre (et même plus de six à ce jour, ndlr). C’est une progression rapide, « qui correspond à ce qui a été observé en Chine et en Europe ». L’augmentation est liée à la fois au plus grand nombre de tests effectués et à la propagation de la maladie et, bien sûr, elle est « préoccupante ».


Quant à savoir si ce nombre de cas est sous-estimé et si certains malades échappent à la détection, Matshidiso Moeti, la directrice régionale de l’OMS en Afrique, ne le croit pas : « Nous n’identifions pas 100 % des cas, mais je ne crois pas que nous en rations beaucoup. Même si bien sûr nous aimerions tester beaucoup plus de personnes, comme cela a été fait en Corée ».

  • Le confinement, une solution plus difficile à mettre en œuvre

Le Dr Matshidiso Moeti observe qu’un nombre croissant de pays imposent des mesures de confinement total ou partiel : Afrique du Sud, Botswana, Nigeria, Congo… Mais elle reconnaît que la question de la faisabilité se pose, notamment pour les familles vivant dans de petits espaces ou les personnes dont la survie dépend d’une activité quotidienne. Elle plaide donc pour des mesures adaptées susceptibles, au moins, de limiter la propagation : garder ses distances, fournir aux populations de quoi se laver les mains…

Quant à l’idée selon laquelle le confinement porterait déjà ses fruits en Afrique du Sud, où certains notent un ralentissement de la propagation, le Dr Moeti estime qu’il est « bien trop tôt pour le dire ».

Pulvérisation de désinfectant devant une école de Dakar, le 1er avril 2020.

Pulvérisation de désinfectant devant une école de Dakar, le 1er avril 2020. © Sylvain Cherkaoui/AP/SIPA

  • Permettre la circulation des denrées alimentaires

Lola Castro, directrice régionale du PAM pour l’Afrique australe, travaille sur les questions alimentaires au sud du continent et souligne deux catégories de problèmes. D’abord, le fait que le virus frappe des régions et des populations déjà en état d’insécurité alimentaire. Ensuite, les difficultés rencontrées par les agriculteurs et les producteurs de produits alimentaires. Son équipe est basée en Afrique du Sud et, grâce aux autorités qui ont ouvert des corridors humanitaires depuis l’aéroport de Durban, le PAM parvient à fournir le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi ou la Zambie.

Pour elle, le plus important est de permettre la circulation des semences et des produits agricoles, de laisser certains marchés ouverts, de ne fermer ni les ports ni les frontières… Les populations urbaines sont souvent les plus touchées, comme à Brazzaville où le PAM a identifié 20 000 personnes à qui fournir une aide alimentaire dès qu’il sera possible de l’acheminer.

  • Pas de respirateurs made in Africa

La question du nombre de respirateurs et de lits de réanimation disponibles est cruciale, car ces équipements permettent de limiter la mortalité des patients atteints de formes sévères du coronavirus. Mais Matshidiso Moeti est franche : il est très difficile d’obtenir des données fiables : « Nous y travaillons. Ce qui est sûr c’est qu’il y a un écart énorme entre les besoins et ce dont nous disposons, d’autant que la demande est mondiale et que les transports sont perturbés ».

Le problème, ajoute Michel Yao, c’est que l’Afrique ne fabrique pas de respirateurs : « Nous sommes en relation avec les pays et les entreprises qui en produisent, mais il faut que la répartition mondiale se fasse de façon solidaire. Ce qui est très difficile quand certains pays comptent actuellement plus de 3 000 patients en soins intensifs. »

  • Quand la rumeur prend le pas sur l’information

À chaque jour sa rumeur : ici, on dit que les personnes vaccinées contre la tuberculose avec le BCG se montreraient résistantes au Covid-19, là on répète que des premiers cas de réinfection auraient été observées, ou encore que les pays très touchés par le paludisme seraient mystérieusement moins victimes du virus…

Réponse commune à toutes ces questions : rien ne vient confirmer ces rumeurs pour le moment. Pour ce qui est du paludisme, le Dr Moeti souligne que « certains pays comme le Nigeria, le Sénégal ou le Burkina Faso ont beaucoup de cas de paludisme, et les cas de coronavirus s’y développent malheureusement comme ailleurs ».

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