Technologie

Cybersécurité : comment Cyber Defense Africa espère devenir le futur centre de pointe togolais

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Mis à jour le 03 avril 2020 à 14h43
Une route de Lomé, au Togo (photo d'illustration).

Une route de Lomé, au Togo (photo d'illustration). © Jacques Torregano pour JA

Cofinancé par le gouvernement togolais et la société polonaise Asseco, Cyber Defense Africa, devrait finalement ouvrir ses portes en novembre prochain, après plusieurs mois de retard.

Le secteur financier africain est-il devenu l’un des terrains de jeu privilégié des hackers ? C’est en tout cas ce qu’a affirmé Pratik Roy, responsable de la zone Afrique et Moyen-Orient chez Microsoft lors du Cyber Africa Summit organisé à Lagos, au Nigeria, les 25 et 26 février. Dernier exemple en date : la Banque de l’habitat du Sénégal, dont les guichets automatiques font l’objet, depuis novembre 2019, de piratages à la carte bancaire qui pourraient lui coûter des centaines de millions de francs CFA.

Un constat alarmant qui a poussé le Togo à faire appel au groupe polonais Asseco Data Systems, très présent sur le continent, pour l’aider à créer son propre centre de cybersécurité. Annoncé à Kigali en mars 2019, lors du dernier Africa CEO Forum, Cyber Defense Africa sera le « bras armée de l’Agence togolaise de cybersécurité (Ancy) », créée en février 2019, selon les mots de Simon Melchior, son directeur général.

« Le Togo ambitionne de devenir le pôle financier de la sous-région, précise Pawel Hansdorfer, responsable des marchés émergents chez Asseco. Si vous voulez voir arriver des investisseurs, vous devez sécuriser votre cyberespace. »

Le fruit d’un partenariat public-privé

Installée en plein cœur de Lomé, tout près du ministère des Postes, de l’Économie numérique et des Innovations technologiques, cette société par action simplifiée dont les statuts ont été déposés en septembre 2019 fournira deux types de services : un centre d’alerte et de réaction aux attaques informatiques (Computer Emergency Response Team, ou CERT) et un centre d’opérations et de sécurité de l’information (Security Operations Centre, ou SOC).

« Proposer ces deux services de pointe dans une même structure est la vraie innovation de Cyber Defense Africa, s’enthousiasme Simon Melchior. Les activités SOC, vendues aux entreprises privées togolaises – et, plus tard, à des sociétés étrangères –, financeront les activités CERT, délivrées gratuitement aux administrations publiques et au secteur privé. »

nous espérons rembourser les investissements et commencer à enregistrer des bénéfices d’ici à cinq ans

Ce modèle est le fruit d’une coopération de deux ans entre le gouvernement togolais, par la voie de la ministre des Postes, Cina Lawson, et le groupe Asseco, dont la branche nigériane a contribué à « instaurer le cadre juridique local comme la définition des opérateurs de services essentiels (OSE) ou la mise en place de la loi sur la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité », détaille le DG de Cyber Defense Africa, également cofondateur d’Asseco Nigeria.

Les deux parties ont alors décidé de créer un partenariat public-privé pour compléter, sur le terrain, les actions de l’Ancy. Le capital de Cyber Defense Africa, de 3 millions d’euros, est pris en charge pour deux tiers par l’État togolais et pour un tiers par Asseco.

La banque panafricaine Ecobank, dont le siège se trouve également à Lomé, est venue compléter le portefeuille investi de 11 millions d’euros dans la cybersécurité : « Ecobank a déjà son propre SOC », indique Simon Melchior. « Nous espérons rembourser les investissements et commencer à enregistrer des bénéfices d’ici à cinq ans », glisse Pawel Hansdorfer.

Cette procédure de financement a d’ailleurs engendré un certain retard dans le projet. Initialement prévu pour janvier 2020, Cyber Defense Africa sera officiellement lancé en septembre ou en octobre de cette année, et doit commencer ses activités le 1er novembre : « la structuration du crédit avec Ecobank, leur passage en comité de crédit et la finalisation de la documentation avec la banque ont pris plus de temps que prévu initialement », admet Simon Melchior.

Recrutements au programme

La société compte aujourd’hui huit employés, tous togolais, à l’exception du directeur général – qui devrait passer rapidement la main –, mais l’effectif devrait atteindre les 20 à 30 personnes d’ici à la fin de 2020.

nous recruterons des profils juniors dans un second temps

Ils sont entrepreneurs, hackers éthiques, consultants pour des géants de la cybersécurité ou encore ingénieurs dans les télécoms. Comme Kossi Doh, un Togolais qui travaillait pour le compte de Huawei au Gabon et venait de terminer une formation de cybersécurité en ligne de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé lorsqu’il a postulé pour Cyber Defense Africa. Il attend aujourd’hui d’avoir son visa pour assister à une formation de deux semaines en Pologne.

Comme lui, tous ont un statut d’ingénieur en sécurité de niveau 2 ou 3. « Nous recruterons des profils juniors dans un second temps », confirme Pawel Hansdorfer. Les responsables de Cyber Defense Africa sont déjà sur le pied de guerre pour dénicher ces futures recrues : la structure est en train de signer un partenariat avec quatre établissements académiques – le Centre informatique et de calcul de l’Université de Lomé, l’Institut africain d’informatique, l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest et le Collège militaire Eyadema – pour lancer des cursus en cybersécurité.

Et, à terme, « générer des centaines d’emplois qualifiés dans la cybersécurité chez nos clients », espère Simon Melchior.


Le groupe Asseco, bien implanté en Afrique

Le groupe polonais Asseco Data Systems, dans le top 10 des géants européens du numérique, compte 25 000 collaborateurs et est actif dans 52 pays. Pour Pawel Hansdorfer, responsable des pays émergents, « l’Afrique est le plus prometteur des marchés émergents dans les secteurs numériques ».

– Éthiopie. Asseco a signé, en 2014, un contrat avec l’Agence éthiopienne de sécurité des réseaux (INSA) afin de lui fournir un logiciel de gestion de l’énergie, AUMS Digital. « L’implémentation a été finalisée en 2018, et ils l’utilisent encore aujourd’hui », précise Pawel Hansdorfer.

– Nigeria Arrivée dans le pays en 2015, Asseco y a installé une filiale, Asseco Nigeria, qui propose une myriade de services, de la vente de certificats de sécurité (SSL) pour les sites web des entreprises à une cartographie numérique de l’État de Lagos, constituée grâce aux drones de la société polonaise.

– Angola, Mozambique, São Tomé-et-Príncipe et Cap-Vert Après avoir racheté la société portugaise Exictos, en 2017 (aujourd’hui Asseco Portuguese Speaking Territories, PST), le groupe polonais s’est installé dans la quasi-totalité des pays africains lusophones et y fournit ses logiciels de finance à « 80 % des banques », revendique Pawel Hansdorfer. Asseco a également créé l’Asseco Academy en Angola, une plate-forme d’apprentissage en ligne.

– Soudan du Sud Asseco a fondé, en 2019, une coentreprise avec Nile Data Systems et le gouvernement sud-soudanais pour relocaliser la main-d’œuvre des métiers numériques (audits de sécurité numérique pour des sociétés privées, logiciel de gestion de la production…).

– Tanzanie et Sénégal Asseco discute avec Dodoma et Dakar pour leur fournir une solution numérique de gestion de l’eau.

– Botswana Asseco est en discussion avec le gouvernement botswanais pour mettre en place une plate-forme numérique d’apprentissage en ligne dans le secteur agricole.

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