Télécoms

Au Bénin, la SBIN devient opérateur mobile… mais attend toujours un gestionnaire

Réservé aux abonnés | | Par - à Cotonou
Boutique de téléphones, à Cotonou (Bénin)

Boutique de téléphones, à Cotonou (Bénin) © Gwenn Dubourthoumieu pour J.A.

La décision de faire de la Société béninoise d’infrastructures numériques (SBIN) le troisième opérateur de téléphonie mobile du Bénin, aux côtés de MTN et de Moov, a surpris à Cotonou. D’autant que l’État n’a toujours pas désigné le partenaire privé à qui il confiera le pilotage au quotidien de la société publique.

La restructuration du secteur public des télécommunications, démarrée en 2017, n’est toujours pas terminée. La mise en place d’un opérateur unique en 2018 – la Société béninoise d’infrastructures numériques (SBIN) – une société anonyme née sur les cendres des opérateurs publics historiques de la téléphonie fixe (Bénin Télécoms) et mobile (Libercom) et détenue à 100 % par l’État – attend toujours son parachèvement, à savoir le choix d’un partenaire privé pour sa gestion.

« Il ne s’agit pas d’une privatisation ou d’une délégation de service public mais d’un contrat de gestion, […] dissociant possession des actifs et gestion opérationnelle », précise une note officielle du ministère du Numérique et de la Digitalisation en date d’août 2019 et portant document d’appel à candidatures pour le choix du gestionnaire privé.


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Le processus, qui était censé finir au début de cette année, n’est toujours pas bouclé. La décision d’élargir le périmètre d’intervention de la SBIN (annoncée le 18 mars) et la nomination de son directeur général, Marc-André AkinOlu Loko, en Conseil des ministres le 25 mars, font même courir le bruit d’une volte-face du gouvernement dans sa recherche d’un partenaire privé. « Non ! » rétorque Aurélie Adam Soulé Zoumarou, ministre du Numérique et de la Digitalisation.

« Le processus de recrutement suit toujours son cours. Ce qui a changé, c’est le périmètre d’intervention de la SBIN, qui passe d’un opérateur de gros à un opérateur global cumulant à la fois les activités de gros et de détail pour le fixe et le mobile », précise-t-elle.

Dynamique de concurrence

Que cache ce renforcement du portefeuille de la SBIN, qui devient désormais le troisième opérateur du secteur de la téléphonie mobile ? Le duopole formé par MTN et Moov dans le mobile a toujours été mal vu : « Cette situation est porteuse de risques, comme en témoigne la baisse trop rapide des prix de la data en 2019 qui a conduit les autorités de régulation à un encadrement des tarifs », analyse Alain Dambo, ingénieur télécoms, qui pointe également « l’écart qui se creuse entre les deux opérateurs mobiles sans que la qualité des services ne s’améliore ».

La ministre du secteur reconnaît elle aussi les « risques du duopole », mais elle met surtout l’accent sur les efforts qui restent à faire pour améliorer la qualité des services et le niveau des investissements : « Un troisième opérateur va entraîner une dynamique de marché différente de celle du duopole. La concurrence va être accrue ; la qualité des services va s’améliorer et il y aura plus d’innovations. »

En tant qu’opérateur d’infrastructures, la SBIN reprendra les activités de gestion des câbles sous-marins, autrefois confiée à Bénin GIE ACE, en cours de liquidation. Avec deux atterrissements de câbles (ACE et SAT-3) au Bénin, la SBIN est chargée d’assurer « une bonne redondance permettant, en cas de panne sur un câble, de basculer sur l’autre », souligne Aurélie Adam Soulé Zoumarou, qui en profite pour annoncer la mise en place de nouveaux câbles dans les années à venir.

Chantier numérique

La SBIN, dotée d’un conseil d’administration de sept membres, tous nommés en Conseil des ministres en 2018, gère toute infrastructure numérique appartenant directement ou indirectement à l’État, y compris le centre de données du gouvernement et son réseau, e-gouv, installés dans le cadre du projet SmartGouv. Plus de 120 services de l’administration publique sont déjà connectés.

Ce dispositif vient soutenir les chantiers du numérique et de la digitalisation lancés par le gouvernement, qui veut faire du pays « la plateforme de services de l’Afrique de l’Ouest » en atteignant « rapidement la maturité numérique ».

À terme, plus de 200 e-services seront offerts aux citoyens

Le taux de pénétration d’internet doit être porté à 80 % et celui d’internet haut débit à 60 %. Pour arriver à ces objectifs, des réseaux de fibre optique ont été développés sur l’ensemble du pays. Plus de 2 000 km de fibre ont ainsi été déployés sur la dorsale nationale, et plus de 700 km de boucle métropolitaine pour le Grand Cotonou entrent désormais dans le patrimoine de la SBIN. Ce qui offre aux acteurs privés l’occasion de fournir des prestations, à partir des points de présence, aux particuliers et aux entreprises.

Passeports biométriques

Le portail des e-services, lancé officiellement le 26 mars, permet à l’administration de délivrer des documents ou services importants : le permis de construire, les actes de carrière des fonctionnaires, le paiement des taxes et impôts, l’achat de crédit électricité, etc. « Plus de 200 e-services seront offerts à terme aux citoyens », a annoncé Aurélie Adam Soulé Zoumarou, « fière d’appartenir à un gouvernement qui a compris que l’économie numérique n’était pas un secteur, mais LE secteur… »

Le déploiement de l’infrastructure nationale à clés publiques Public Key Infrastructures (PKI, qui délivre des certificats numériques permettant d’effectuer des opérations de cryptographie) a permis que des premiers certificats soient déjà utilisés, notamment dans l’émission de la carte nationale d’identité et de passeports biométriques.

« Quand on digitalise, on gagne du temps, on optimise les processus, on promeut la transparence… », égrène la ministre. La diplômée de Télécom SudParis, qui avait fait ses preuves au sein de l’Association mondiale du secteur mobile (GSMA), est engagée, depuis octobre 2017, à « faire retrouver au Bénin une bonne partie de sa souveraineté numérique ».

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