Sécurité

RDC : à Lubumbashi, le chef de guerre Gédéon en fuite, des soupçons de complicité dans l’armée

Le milicien congolais "Gédéon", qui sévit dans le Haut-Katanga (archive).

Le milicien congolais "Gédéon", qui sévit dans le Haut-Katanga (archive). © Capture d'écran vidéo

Kyungu Mutanga – alias Gédéon – , le chef de la milice Bakata Katanga ayant attaqué plusieurs villes du Haut-Katanga samedi 28 mars, aurait fui sa résidence surveillée la veille des offensives avec la complicité active de hauts gradés de l’armée congolaise.

Samedi matin, plusieurs villes de la province du Haut-Katanga ont été la cible d’attaques coordonnées, attribuées à des miliciens Maï-Maï Bakata Katanga.

L’assaut a été lancé simultanément à Lubumbashi, Kasumbalesa et Likasi et les affrontements qui ont opposé les miliciens aux forces de sécurité ont été âpres et meurtriers. Au moins 30 assaillants et un militaire congolais ont été tués, au terme de plusieurs heures de combat.

Justicia ASBL, une ONG de Lubumbashi, a dénombré sept morts parmi les assaillants dans le chef-lieu de la province du Haut-Katanga, où un policier chargé de la surveillance du site de la société minière MMG Kinsevere a également perdu la vie. À Likasi, 13 assaillants ont été tués, neuf à Kasumbalesa et deux à Bunkeya.

« Selon nos sources, l’armée est intervenue et a ouvert le feu sans sommation sur ces miliciens, ce qui a occasionné de lourdes pertes en vie humaine et plusieurs arrestations d’après le bilan encore non exhaustif », dénonce l’ONG dans un communiqué, considérant que la réponse des FARDC a été disproportionnée face à des miliciens qui n’avaient que des armes blanches.

Luxueuse résidence surveillée

Les autorités affirment que le chef du groupe armé, « Gédéon » Kyungu Mutanga, jusque-là en résidence surveillée, a pris la fuite la veille de ces attaques. Selon nos sources, celle-ci aurait en fait été une « exfiltration » organisée avec l’aide de plusieurs hauts officiers de l’armée, proches de l’ancien régime de Joseph Kabila.

Condamné à mort en 2009 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, organisation d’un mouvement insurrectionnel et terrorisme, ce seigneur de guerre a semé la terreur dans les territoires de Mitwaba, Pweto et Manono entre 2004 et 2006, puis, à nouveau, après 2011.

En octobre 2016, Kyungu Mutanga avait accepté de se rendre, en même temps qu’une centaine de ses combattants. La cérémonie de reddition, organisée sous l’égide des autorités, était notamment dirigée par le gouverneur de l’époque, Jean-Claude Kazembe.

À la faveur d’un accord encore gardé secret, Gédéon avait ensuite pris ses quartier dans une résidence surveillée, à Lubumbashi. Il vivait depuis dans une villa dorée, ses frais étant pour partie pris en charge par les autorités, au grand dam des organisations de la société civile dénonçant régulièrement cette spectaculaire impunité.

Soupçons tenaces de complicité

Mais si les autorités affirment que le chef de guerre s’est « volatilisé » à la veille des attaques du 28 mars, plusieurs sources au sein des renseignements congolais et du gouvernement assurent que cette fuite avait été préparée et a bénéficié de complicité au sein de la hiérarchie militaire.

« Des officiers proches de l’ancien régime » y ont pris part, selon une source proche de l’exécutif congolais, à Kinshasa. Et d’ajouter : « Ils ont leur propre agenda. Ils voient que la situation se calme un peu dans le Nord-Kivu, et ils veulent provoquer un foyer de tension dans le Katanga. Mais on ne sait pas dans quel but exactement ».

Selon des informations concordantes, trois jours avant les incursions des miliciens Bakata Katanga, la famille et certains proches du chef de guerre ont été évacués de sa somptueuse villa pour une destination inconnue. Par qui ? Et pourquoi ? Si des noms circulent, nos sources refusent d’en dire d’avantage. Pas plus qu’elles n’acceptent de s’avancer sur les motivations qui sous-tendraient ces complicités.

Un « danger imminent pour le Haut-Katanga »

Lundi, le président de la République Félix Tshisekedi a réuni autour de lui les responsables des services de sécurité et de renseignement. Autour de la table, le chef d’état major général des FARDC, Célestin Mbala, le ministre de la Défense, Aime Ngoy Mukena, son conseiller spécial en matière de sécurité, François Beya, le vice-Premier ministre en charge de l’intérieur et sécurité, Gilbert Kankonde, l’administrateur général de l’Agence nationale de renseignements, Justin Inzun Kakiak, ainsi que le patron de la Direction générale des migrations, Roland Kanshatwale.

À l’issue de cette réunion de haut niveau, Félix Tshisekedi a ordonné que tous les efforts soient déployés par les différents services pour parvenir à l’arrestation de Kyungu Mutanga. En attendant, le chef de guerre se trouve toujours dans la nature. Au grand dam de l’ONG Humanisme et droits de l’homme, qui a qualifié sa présence dans le Haut-Katanga de « danger imminent ».

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