Automobile

En Algérie, la filière automobile se cherche encore

Usine Renault à Oran

Usine Renault à Oran © Renault

Si la cour d’appel d’Alger a confirmé, le 25 mars, les peines de prison d’Hassen Arboui et Mohamed Bairi, deux ex-patrons de l’industrie automobile algérienne, ces condamnations pénales ne résolvent pas le problème d’une filière automobile en panne sèche.

Présentées par leurs avocats comme des « sentences politiques », les condamnations par la Cour d’appel d’Alger, ce 25 mars, d’Hassen Arbaoui et de Mohamed Bairi, respectivement à quatre et trois ans de prison, marquent un nouvel épisode de l’affaire dite des « fausses usines automobiles » en Algérie.

Patron de Global motors industries (GMI), le premier était le partenaire industriel de Hyundai en Algérie. Quant au second, vice-président du Forum des chefs d’entreprise, organisation patronale pro-Bouteflika, il dirigeait Ival, l’importateur des camions du constructeur italien Iveco.

Des concessionnaires devenus « assembleurs automobiles »

En 2016, le gouvernement algérien avait pris des mesures drastiques pour limiter les importations de véhicules, avec des quotas très réduits attribués à chaque grande marque internationale définis selon leur implantation industrielle dans le pays. Avec pour objectif politique de s’appuyer sur la force d’attraction du second marché africain en nombre de véhicules – plus de 415 000 en 2014 -, pour pousser les groupes à y établir des usines d’assemblage d’automobiles, à l’instar de celle implantée à Oran par Renault, entrée en exploitation fin 2014. En 2016, les concessionnaires n’ont été autorisés à importer conjointement que 83 000 véhicules, soit trois fois moins qu’en 2015 (265 000 véhicules), et 5 fois moins qu’en 2014 (415 000).

Mais on ne démarre pas une filière industrielle ex-nihilo, surtout quand les grands fournisseurs automobiles de premier rang, les seuls approuvés par les marques internationales, ne sont pas implantés dans le pays. Du coup, plusieurs concessionnaires, importateurs ou industriels, ayant déjà des liens avec de grandes marques automobiles internationales, se sont parfois improvisés à partir de 2016 « assembleurs automobiles » avec pour objectif principal de contourner les fameux quotas à l’importation, et non de créer localement de la valeur ajoutée.

Bilan catastrophique

Dès mars 2017, les polémiques ont commencé à ce sujet, avec une commission d’enquête diligentée par le gouvernement à l’usine de Hyundai, suite à la diffusion de photos montrant que la seule opération de montage en Algérie consistait à visser les quatre roues aux véhicules. Les mêmes critiques ont été faites à l’usine d’assemblage d’Iveco, mais aussi à celles de la Sovac, concessionnaire des marques du groupe Volkswagen, qui avait lui lancé un projet industriel avec son partenaire allemand.

Après la multiplication des manifestations anti-Bouteflika, nombre de ces patrons d’usine ont été traduits en justice, parfois pour fraude à l’importation, parfois pour corruption : outre Hassen Arbaoui et Mohamed Bairi, le 17 juin 2019, Mourad Olmi, PDG de Sovac, a été placé en détention préventive dans une affaire de corruption.

Une semaine auparavant, le 10 juin, Mahieddine Tahkout, propriétaire d’un des plus importants réseaux de concessionnaires, Cima Motors (Hyundai, Opel, Chevrolet, Suzuki, Fiat, Jeep et Alfa Romeo notamment), et d’une usine d’assemblage Hyundai, a été placé en détention préventive, soupçonné de corruption et blanchiment.

Assouplissement des procédures

Si les premières condamnations en appel tombent maintenant, le gouvernement algérien est toujours à la peine pour relancer un marché automobile jadis flamboyant ou lancer un véritable démarrage industriel. Outre les affaires judiciaires, qui ont entraîné l’arrêt de la production chez Ival, Sovac et Hyundai, le secteur attend toujours des mesures de facilitation du dédouanement des pièces automobiles.

L’usine de Renault d’Oran a dû mettre tout son personnel au chômage technique le 1er mars suite au blocage de milliers de kits d’assemblage au port de la ville. Auparavant, elle avait dû réduire ses cadences pour ne pas dépasser les volumes de pièces autorisés par le gouvernement.

Ferhat Ait Ali Braham, le nouveau ministre de l’Industrie, arrivé à son poste en janvier 2020, a bien indiqué un assouplissement des procédures, mais les mesures ne devaient, aux dernières nouvelles, entrer en application qu’en avril prochain.

Depuis, l’épidémie de coronavirus a stoppé net toutes les usines algériennes.


Les peines des ex-Premiers ministres Ouyahia et Sellal confirmées, celle d’Ali Haddad allégée

Outre Hassen Arbaoui et Mohamed Bairi, la cour d’appel d’Alger s’est prononcée sur les cas des ex-Premiers ministres de l’ère Bouteflika Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, condamnés en première instance à respectivement quinze et douze ans de prison, des peines qui ont été confirmées en appel.

En revanche, elle a allégé les peines infligées à l’encontre des deux anciens ministres de l’Industrie Mahdjoub Bedda et Youcef Yousfi, qui ont vu leur condamnation passer de dix à cinq ans de prison, ainsi que celle à l’encontre de l’ex-patron du FCE Ali Haddad, qui a écopé de quatre ans de prison contre sept ans en première instance.

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