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Crise alimentaire : la faute à l’or noir

Par - Dr Uri Gordon et Lucy Michaels <br>Haaretz, quotid
Mis à jour le 19 mai 2008 à 18:28

Depuis janvier 2006, le prix du riz a augmenté de 217 %. Celui du blé, du maïs et du soja a plus que doublé. Dans plusieurs pays, le prix du lait et de la viande a été multiplié par deux. Cette flambée des produits de base et la baisse du pouvoir d’achat ont provoqué des émeutes du Bangladesh à Haïti en passant par l’Égypte.
Les pauvres sont les plus durement touchés. La très forte augmentation des prix a un énorme impact dans des pays tels que l’Indonésie, où le budget alimentation représente à lui seul plus de la moitié du revenu des ménages, contre 7,3 % aux États-Unis et 20 % en Israël. L’État hébreu étant fortement dépendant des importations de produits alimentaires, la flambée des prix n’y est pas une surprise. Le pays achète à l’étranger plus de 90 % de ses céréales, entre 70 % et 80 % de sa consommation de poisson et de boeuf, la moitié de ses légumes secs, oléagineux et fruits à coque. Or il se trouve qu’entre 1974 et 2005 le prix réel des denrées alimentaires a chuté de 75 % au plan mondial. Comment expliquer alors cette soudaine et brutale envolée ? Même si les réactions officielles l’ont minimisée, l’explication, évidente, saute aux yeux : c’est la hausse spectaculaire du prix du pétrole. En janvier 1999, le pétrole brut coûtait 8 dollars le baril. Aujourd’hui, il vaut au moins 120 dollars. Le pétrole est vital pour chacune des étapes de l’agriculture industrialisée : des pesticides de synthèse à la fabrication des engrais, du carburant nécessaire aux machines agricoles au transport international de marchandises. Toutes ont enregistré une forte hausse des coûts entraînant, sans surprise, une flambée des prix dans l’agroalimentaire.
La réalité est que nous sommes véritablement en train de « manger du pétrole ». Le passage, ces soixante dernières années, à l’agriculture industrielle a rendu notre système alimentaire dépendant de ressources non renouvelables. Nous en payons aujourd’hui le prix.

La hausse des cours de l’or noir trahit une véritable inquiétude sur « le pic pétrolier ». La plupart des géologues sont aujourd’hui d’accord sur le fait que la production mondiale de pétrole approche – si elle ne l’a pas déjà atteint – de son maximum historique. Et, comme pour toute autre énergie non renouvelable, une fois ce cap franchi, les disponibilités commenceront à diminuer et les prix à augmenter pour compenser cette rareté croissante.
Si les gouvernements occidentaux n’évoquent pas ouvertement ce pic pétrolier, ils se sont mis, lentement mais sûrement, à subventionner l’expansion massive des biocarburants : on convertit des millions d’hectares de terres à usage alimentaire en récoltes pour biocarburants, comme le maïs, ce qui contribue au renchérissement des produits alimentaires. Dans le même temps, des terres auparavant consacrées à la production alimentaire sont progressivement converties en cultures pour l’alimentation animale, tandis que la mondialisation du régime alimentaire américain provoque une demande croissante de viande à travers le monde.