Diplomatie

G5 Sahel : pourquoi les millions de l’Arabie saoudite sont restés bloqués

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 26 juin 2020 à 10h51
Mohammed ben Salmane (MBS), le prince héritier saoudien.

Mohammed ben Salmane (MBS), le prince héritier saoudien. © Mandel Ngan/AP/SIPA

Promis par l’Arabie saoudite en décembre 2018, les cent millions de dollars saoudiens censés servir à équiper le G5 Sahel n’ont toujours pas été versés. La faute à un conflit avec la France.

Le 5 décembre 2018, dans un salon de l’hôtel Méridien Étoile, dans le 17e arrondissement de Paris, un conseiller du ministre d’État saoudien aux Affaires africaines, Ahmed bin Abdulaziz Al-Qattan, confirmait à l’amiral Édouard Guillaud, alors patron de l’Office français d’exportation d’armement (ODAS), que son pays s’engageait à verser 100 millions de dollars pour aider à l’équipement du G5 Sahel.

Cette somme devait, suite à un accord entre la France et l’Arabie saoudite, servir à acheter du matériel français, notamment des véhicules blindés de marque Arquus (utilisés au Tchad depuis plusieurs années), qui seraient livrés aux armées sahéliennes. Mais, un an et demi plus tard, les cent millions sont toujours dans les caisses de Ryad.

Brouille diplomatico-militaire

Selon nos informations, l’origine du blocage est à chercher dans une brouille diplomatico-militaire entre Français et Saoudiens au Liban. En 2016, c’est un contrat de trois milliards de dollars, baptisé « Donas » et signé en 2014, qui avait en effet été abandonné entre Paris et Ryad.

Les Saoudiens s’étaient engagés à investir cette somme dans du matériel français afin d’équiper l’armée libanaise. Mais, s’étant entre temps rapprochés d’Israël et inquiets que les armes puissent se retrouver entre les mains du Hezbollah, les Saoudiens avaient mis fin au deal.

Ils se méfiaient notamment de certains intermédiaires français présents autour d’Édouard Guillaud (ex-chef de l’état-major particulier de Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy et ancien chef d’état-major des armées sous Sarkozy et François Hollande) et ayant des relations avec des officiers libanais eux-mêmes proches du parti chiite Amal et du Hezbollah.

Depuis, les Saoudiens ont passé plusieurs commandes aux Français pour leur propre armée, compensant une partie des pertes – environ deux tiers dans le cadre du Saudi-French Military Contract (SFMC).

L’arrivée de MBS a changé la donne

Mais les Français et les réseaux de l’ODAS (dont sont actionnaires Airbus, Thalès ou encore Arquus) espéraient pousser les Saoudiens à aller plus loin et à offrir une nouvelle compensation dans le cadre du G5 Sahel.

Seulement, avec l’arrivée de Mohammed ben Salmane au pouvoir fin juin 2017, les conditions des contrats d’armement ont changé et chaque accord doit désormais être négocié avec la Saudi Arabia Military Industries (SAMI), son président Ahmad bin Aqeel Al-Khateeb et Mohammad Bin Abdullah Al-Ayesh, vice-ministre de la Défense et proche de MBS.

MBS cherche à s’affranchir des réseaux d’ODAS, aujourd’hui en cours de liquidation

Selon nos sources, ce dernier cherche ainsi à épurer certains des dispositifs saoudiens dont il n’avait pas le contrôle, et pour ce qui est du cas des contrats français, de s’affranchir des réseaux d’ODAS, aujourd’hui en cours de liquidation (prévue pour 2022) et dirigée par le lieutenant-général Daniel Argenson.

La France s’active à reconstruire une organisation capable de travailler avec la SAMI, plusieurs notes de service ayant même été produites dans ce sens au sein du ministère des Armées de Florence Parly.

Quant à Ryad, elle cherche à imposer ses conditions. Les Saoudiens exigent que trois offres distinctes leur soient présentées par la France pour l’utilisation des cent millions de dollars.

Or, selon nos sources, les Français n’ont pas rempli cette exigence. Plusieurs offres ont été transmises, mais elles ne concerneraient qu’un peu plus de la moitié du volume des commandes. Le reste, qui doit correspondre à l’achat de véhicules Arquus, posent problème, l’Arabie saoudite n’ayant pas reçu d’offre concurrente. La totalité des cent millions reste donc bloquée.

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