Santé

[Tribune] Coronavirus : l’Afrique doit tirer les leçons du passé

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Écrivaine et peintre franco-ivoirienne, auteure de l'ouvrage « En compagnie des hommes » sur l'épidémie d'Ebola de 2014.

Un homme porte un masque dans le township sud-africain de Soweto, le 19 mars 2020.

Un homme porte un masque dans le township sud-africain de Soweto, le 19 mars 2020. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Parent pauvre de la mondialisation, le continent africain ne doit pas minimiser la nouvelle crise sanitaire à laquelle il est confronté.

La puissance du système capitaliste a conquis le monde entier jusque dans les villages les plus reculés d’Afrique. Rien n’a pu lui résister. Ni les traditions ancestrales ni les inégalités flagrantes qui ont envahi le quotidien. Aujourd’hui, ce système est victime de son propre succès planétaire.

L’Afrique, parent pauvre de la mondialisation, risque de payer cher son adhésion aveugle à un mode de vie qu’elle n’a jamais réussi à adapter à ses propres besoins. Pour la première fois peut-être depuis sa rencontre avec l’Occident, le continent africain se retrouve seul face à ses dirigeants dont les décisions ont le potentiel de sauver des vies ou d’en perdre.

Jusqu’à présent, l’Afrique enregistre encore assez peu de cas de contamination de coronavirus. Est-ce de la pure chance ou un système de détection défaillant ? Comment se « préparer au pire », comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle l’Afrique à le faire ?

En temps normal (devons-nous dire en temps de paix ?),  la grande majorité des pays africains manque de statistiques fiables sur de nombreux secteurs clés, entraînant de grandes zones d’ombre dans la gouvernance des États. En Côte d’Ivoire, par exemple, il a fallu attendre la perspective de l’élection présidentielle de 2020 pour commencer une campagne de recensement de la population. Dans beaucoup d’autres mégapoles comme Lagos et Kinshasa, on ne connaît pas le nombre exact d’habitants. Ce manque de repères est un handicap majeur pour cerner le présent et planifier l’avenir.

Confinement impossible ?

Des mesures strictes ont récemment été prises dans la plupart des pays africains touchés par la maladie. Cela était nécessaire. Mais en premier lieu, se pose la question de l’application de ces mesures. L’Afrique n’ayant pas assez d’équipements sanitaires pour faire face à une possible épidémie à grande échelle, l’important sera donc d’arriver à  convaincre la population de l’urgence de la situation et à obtenir son adhésion.

En effet, dans les milieux populaires, il est difficile, voire impossible, d’éviter les contacts. Les enfants ne vont pas à l’école, mais comment les empêcher de jouer dans la rue ? Sans frigidaire et sans possibilité de stocker les aliments, les femmes sont obligées de faire leur marché quotidiennement. Les chefs de famille voudront continuer à travailler. En ville, le secteur informel est prédominant. Compte tenu de ces réalités, l’instauration d’un couvre-feu est la solution la plus réaliste.

Dans le bidonville flottant de Makoko à Lagos, au Nigeria, le 21 mars 2020.

Dans le bidonville flottant de Makoko à Lagos, au Nigeria, le 21 mars 2020. © Sunday Alamba/AP/SIPA

En cette période de grande incertitude, il est clair que le personnel médical doit pouvoir travailler dans les meilleures conditions possibles. Il s’agira, dans chaque pays, d’insuffler une volonté nationale et un sens de la responsabilité à la fois individuelle et collective. Partout dans le monde, l’ampleur de la pandémie a la capacité de faire tomber des régimes, qu’ils soient autoritaires ou démocratiques.

Ensemble et individuellement

En Afrique, où la monopolisation de la question politique est grande, c’est le moment pour les gouvernements au pouvoir et les partis d’opposition, toutes tendances confondues, de mettre temporairement leurs différends de côté ; d’enterrer la hache de guerre afin de concentrer toutes les énergies sur la question sanitaire. Les organes de presse ont un rôle historique à jouer en offrant une couverture médiatique constructive. Il faut aussi que les « fake news » ne se propagent pas comme un virus sur la toile.

Considérant l’hyper-dépendance de l’Afrique à l’Occident, avec le chamboulement du système mondial, les taux de croissance vont devoir être revus à la baisse et les grands travaux vont ralentir. Il faudra revenir à une économie plus près de la base.

Mais nous n’en sommes pas encore arrivés là. Chaque personne, chaque pays, a la capacité de faire reculer le virus en réduisant son taux de reproduction. Un jour après l’autre. Un effort après l’autre. Ensemble et individuellement. Le virus n’appartient à personne. Il n’est la faute de personne. Nous comprenons aujourd’hui qu’Ebola non plus n’a pas d’identité africaine. Si nous ne minimisons pas cette nouvelle crise sanitaire à laquelle nous sommes confrontés, nous aurons tiré les leçons du passé.

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