Santé

L’apparition du coronavirus dans une Libye ravagée par la guerre fait craindre le pire

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Mis à jour le 26 mars 2020 à 14h16
Des migrants secourus sont assis à côté d'un bateau des garde-côtes dans la ville de Khoms, en Libye, en octobre 2019.

Des migrants secourus sont assis à côté d'un bateau des garde-côtes dans la ville de Khoms, en Libye, en octobre 2019. © Hazem Ahmed/AP/SIPA

Un premier cas de Covid-19 a été officiellement déclaré en Libye, un pays déchiré par la guerre où le système de santé est déjà au bord de l’effondrement.

Le ministre de la Santé du Gouvernement d’entente nationale (GNA), Ehmaid Bin Omar, l’a annoncé le 24 mars : la Libye vient d’enregistrer son premier cas officiel de Covid-19. Le patient est entré sur le territoire par la Tunisie, au début du mois, et a séjourné en Arabie saoudite récemment, selon le Centre national de contrôle sanitaire libyen. L’homme de 73 ans a été placé en isolement dans un hôpital de Tripoli, sans davantage de précisions sur son état.

« La capacité de tester la population et de diagnostiquer le coronavirus est extrêmement limitée, note Liam Kelly, le directeur Libye du Conseil danois pour les réfugiés. Donc la probabilité qu’il n’y ait qu’un seul cas en Libye est minime. D’autres cas non détectés existent certainement », estime-t-il.

Un système de santé « proche de l’effondrement »

Aussi, l’arrivée de l’épidémie dans un État qui compte deux gouvernements, deux armées et deux parlements, tous rivaux, provoque des inquiétudes quant à la capacité des différentes autorités à apporter une réponse cohérente et efficace à la propagation de l’épidémie sur le territoire libyen.

« Vous avez un système de santé qui était déjà proche de l’effondrement avant le coronavirus », a commenté Elizabeth Hoff, la Norvégienne chef de la mission de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Tripoli. Le Global Health Security Index 2019 classe même le pays 108e sur 195 pour sa capacité à dégainer un plan d’urgence national en cas de pandémie. Elizabeth Hoff a également déploré la pénurie de médecins, en particulier dans les zones rurales. « Il y a bien un plan national, a-t-elle précisé, mais les financements n’ont pas encore été alloués… ».

Des combattants libyens dans l'Est, en 2015 (photo d'illustration).

Des combattants libyens dans l'Est, en 2015 (photo d'illustration). © Mohamed Ben Khalifa/AP/SIPA

Les hôpitaux sont déjà surchargés de victimes des combats à Tripoli

Dans un rapport de 2018, l’OMS note qu’il n’y a tout simplement pas « d’organisation spécifique ou d’institut responsable pour les urgences de santé de publique » en Libye. Les moyens mis en œuvre par diverses municipalités, notamment la désinfection de parcs et de jardins publics à Misrata, la distribution de masques et de gants à l’entrée des banques à Tripoli, ou le respect des distances de sécurité, semblent bien dérisoires pour enrayer l’épidémie dans un pays qui connaît sa troisième guerre civile depuis avril 2019.

« La population doit déjà lutter pour accéder aux soins de santé pour des traitements de routine, les hôpitaux sont déjà surchargés de victimes des combats à Tripoli, affirme à Jeune Afrique Liam Kelly. Des actions sont menées à travers le pays, mais la faiblesse du système de santé est dramatique. »

Intensification des combats

Le 18 mars, la mission de l’ONU en Libye avait appelé à l’interruption des combats pour permettre aux autorités d’organiser la riposte à une possible propagation de l’épidémie dans le pays. L’OMS a pour sa part fait valoir que « les virus sont indifférents aux changements de contrôle politique », en référence aux combats qui se poursuivent pour le contrôle de la capitale Tripoli entre les forces loyales GNA de Fayez al-Sarraj et l’armée de libération nationale (ALN) de Khalifa Haftar. Une propagation de l’épidémie en Libye mettrait au supplice les hôpitaux du pays, d’autant que les combats s’intensifient et provoquent de plus en plus de victimes.

Le gouvernement de Tripoli a d’ores et déjà fermé les frontières terrestres, interdit l’entrée des étrangers sur le territoire libyen, suspendu les prières collectives, fermé les écoles et les cafés. Tous les avions à l’aéroport de Misrata sont cloués au sol. Fréquemment visé par des tirs de missiles, l’aéroport international Mitiga à Tripoli a lui déjà fermé ses portes.

Dans les faits, le gouvernement de Tripoli qui contrôle moins de 20 % du territoire libyen aura bien du mal à faire respecter ces mesures à travers le pays, dont l’Est et une grande partie du Sud sont contrôlés par les troupes du maréchal Haftar. L’ALN a de son côté décrété un couvre-feu entre 15 heures et 7 heures dans les zones qu’elle contrôle.

Les migrants rescapés après le naufrage d'une embarcation le jeudi 25 juillet s'installent sur une côte à environ 100 kilomètres à l'est de Tripoli, en Libye.

Les migrants rescapés après le naufrage d'une embarcation le jeudi 25 juillet s'installent sur une côte à environ 100 kilomètres à l'est de Tripoli, en Libye. © Hazem Ahmed/AP/SIPA

Un virus transmis dans les centres de détention et les prisons se propagerait de manière incontrôlable

La crise des déplacés fait aussi craindre une aggravation de la crise sanitaire. « Il y a plus de 300 000 personnes déplacées à travers la Libye, rappelle Liam Kelly. La plupart vivent dans des logements bondés ou des camps de réfugiés. Les installations sanitaires et l’hygiène y sont souvent insuffisantes, avec un accès très difficile à l’eau. Donc le risque d’une crise sanitaire majeure est assez clair. Sans parler des prisonniers, migrants et réfugiés dans les centres de détention et les prisons, où les conditions de vie sont déjà sous les standards. Un virus transmis sur ces sites se propagerait presque immédiatement de manière incontrôlable. »

Alors que les parties avaient annoncé la semaine dernière une « trêve humanitaire », notamment pour faire face à l’épidémie, les bombardements sur la capitale Tripoli se sont poursuivis dans la nuit de mardi à mercredi, faisant au moins sept victimes. En réponse, les forces du GNA ont lancé le 25 mars une offensive sur la base aérienne d’al-Watiya, dans le sud-ouest de Tripoli.

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