Sécurité

Tchad : 92 soldats tués dans des combats contre Boko Haram, Idriss Déby Itno en chef de guerre

Idriss Déby Itno, président de la République, lors d'une interview avec Jeune Afrique le 18 janvier 2017 au palais présidentiel.

Idriss Déby Itno, président de la République, lors d'une interview avec Jeune Afrique le 18 janvier 2017 au palais présidentiel. © Vincent Fournier/Jeune Afrique-REA

Au moins 92 soldats tchadiens ont été tués lundi 23 mars dans des affrontements avec Boko Haram à Boma, dans la province du Lac. Sur place, le président Idriss Déby Itno a revêtu les habits de chef de guerre pour mener la riposte.

Les combats – qui ont débuté vers cinq heures du matin – ont duré plus de sept heures, lundi 23 mars, sur plusieurs fronts, autour de la presqu’île de Boma, dans la zone tchadienne du lac Tchad, où les jihadistes de Boko Haram avaient lancé leur attaque sur les positions de l’armée tchadienne. Au moins 92 militaires ont été tués, dont plusieurs parmi les renforts envoyés sur place après le début des hostilités.

Plus d’une vingtaine de véhicules de l’armée tchadienne – 24 selon une source militaire contactée par l’Agence France-Presse – ont été détruits, dont plusieurs blindés. Les jihadistes ont en outre réussi à s’emparer d’une partie du matériel de la garnison, qu’ils auraient emporté grâce à cinq hors-bord. « Le combat était acharné. Malgré la surprise de l’attaque, nos forces armées ont héroïquement défendu la localité. Le bilan est lourd des deux côtés », a expliqué la présidence.

Une région ciblée par les jihadistes

L’attaque n’ayant pour le moment pas été revendiquée, il est donc difficile de dire quelle faction de Boko Haram a pu organiser une telle offensive. Le mouvement jihadiste est en effet divisé entre les fidèles au leader historique Abubakar Shekau et les partisans d’une affiliation à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).

La région du Lac est régulièrement ciblée par les jihadistes depuis 2015, en particulier par le groupe du Nigérian Ibrahim Bakoura, un fidèle de Shekau dont l’armée nigérienne a annoncé l’élimination le 19 mars. Mais des factions ayant fait allégeance à l’État islamique y circulent également, profitant du terrain favorable que représentent les multiples îles du lac Tchad.

Idriss Déby Itno en chef de guerre

Le président tchadien Idriss Déby Itno s’est rendu mardi sur les lieux de l’attaque, à Boma, tandis que son ministre délégué à la Défense, Mahamat Abali Salah, et le chef d’état-major général des armées, Abakar Abdelkerim Daoud (alias Kerenkeno), étaient sur place depuis la veille.

« C’est la première fois que nous perdons autant d’hommes », a déclaré le président dans une intervention retransmise sur une chaîne d’État. Idriss Déby Itno a décidé de s’installer temporairement à Baga Sola (chef lieu du département de Kaya, situé à 75 km de la capitale provinciale, Bol) pour coordonner personnellement les opérations contre Boko Haram.

« Je refuse cette défaite et la réplique doit être foudroyante », a déclaré Idriss Déby Itno, qui continue de s’appuyer sur le général Mahamat Abali Salah. En décembre 2019, ce dernier avait annoncé, depuis Baga Sola déjà, que « l’heure [était] arrivée de traquer Boko Haram jusque dans ses derniers retranchements ». « Toutes les dispositions ont été prises. Désormais, nous ne devons pas attendre que ces associés de sang nous attaquent », ajoutait-il alors, expliquant vouloir passer « à la vitesse supérieure ».

La tactique des « hors-bord »

Mais la riposte semble avoir eu du mal à s’organiser. Fin janvier, Idriss Déby Itno avait même décidé de limoger le chef d’état-major général des Armées d’alors, Tahir Erda Tahirou, pour le remplacer par Abakar Abdelkerim Daoud. Selon nos informations, l’armée tchadienne manquerait encore d’équipements de type amphibie, qui lui permettraient d’accroître son efficacité dans les îles.

« S’ils viennent en hors-bord et nous attaquent à pied, utilisons les mêmes moyens pour les attaquer dans leurs cachettes », a d’ailleurs préconisé Idriss Déby Itno mardi. Les jihadistes du lac utilisent en effet régulièrement de longues pirogues (souvent recouvertes d’un camouflage végétal) pouvant embarquer une vingtaine de combattants et quelques motos.

L’efficacité des services de renseignement interroge également. « Avec des moyens ISR [Intelligence, Surveillance et Reconnaissance, NDLR], ces attaques de grande ampleur devraient pouvoir être repérées », s’étonne un spécialiste de la zone. Le Tchad utilise en effet plusieurs équipements, livrés notamment par les États-Unis, dont des avions de reconnaissance Cessna et des stations radars Scorpion. Mais ces moyens restent très limités, au regard de l’étendue de la zone.

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