Santé

Coronavirus : les bons et les mauvais élèves de l’enseignement à distance dans le monde arabe

Une petite fille en Irak, le 16 mars 2020, lors de la propagation de l'épidémie de coronavirus. Photo d'illustration.

Une petite fille en Irak, le 16 mars 2020, lors de la propagation de l'épidémie de coronavirus. Photo d'illustration. © Hadi Mizban/AP/SIPA

Cours à la télévision pour les enfants libyens ou sur tablettes dans les riches émirats du Golfe : chaque pays tente de trouver des alternatives pour des millions d’élèves privés d’école.

Du Maroc au Qatar en passant par la Jordanie, enseignants, parents et élèves sont parfois livrés à eux-mêmes pour rattraper les cours et ne pas connaître une année scolaire blanche, avec des accès souvent très inégaux à internet. Dans les pays secoués par les conflits et l’instabilité, comme la Libye ou l’Irak, la tâche est encore plus ardue, faute de moyens de télécommunications adéquats. Là, le risque est grand de voir davantage d’enfants privés d’enseignement.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, un enfant sur cinq n’est pas scolarisé. D’après un récent rapport de l’Unicef, quelque 63% des enfants au Moyen-Orient ne peuvent pas lire et comprendre un texte simple à dix ans. Toujours selon l’agence onusienne, plus de trois millions d’enfants sont privés d’école du fait des crises. En Syrie, en Irak, en Libye et au Yémen, plus de 8 850 établissements ont été détruits ces dernières années.

Ce sont les mères, de façon générale, qui s’occupent des leçons à la maison !

La Libye tente de limiter une nouvelle aggravation, à l’heure où le pays a fermé ses écoles, pandémie de Coronavirus oblige. Le ministère libyen de l’Enseignement a conclu un accord avec plusieurs télévisions locales pour diffuser chaque semaine des cours d’anglais, de statistiques et de sciences. Ces cours, enregistrés au siège du ministère, sont obligatoires pour tous les élèves et tous les niveaux. Ils sont aussi accessibles sur différentes plateformes en ligne.

« C’est comme si l’élève se trouvait dans la classe avec ses camarades et son enseignant », a argué le ministre de l’Éducation, Mohamad Amari Zayed. « Les enfants ne sont pas en vacances, insiste de son côté Mahdi al-Naami, professeur d’histoire-géographie dans un lycée à Tripoli. Ils doivent travailler à la maison et c’est la responsabilité des parents de faire en sorte qu’ils le fassent. » Pas évident, note toutefois Salima Abdel Aziz, employée de banque dans la capitale : « Ce sont les mères, de façon générale, qui s’occupent des leçons à la maison ! »

L’école à la télévision

En Jordanie, où un couvre-feu a été décrété, une chaîne de télévision dédiée au sport a changé temporairement de vocation, donnant des cours aux écoliers. Pour le reste, dans ce pays où la quasi totalité de la population dispose d’un accès à internet, des établissements envoient des cours, reçoivent les devoirs et retournent les corrigés via WhatsApp.

Mais « ce n’est pas facile du tout ! », assure Saif Hindawi, 40 ans. « Ce système est nouveau. Il faudra du temps pour s’adapter, explique ce père de quatre filles. Ça ne sera jamais comme les leçons à l’école où les élèves peuvent poser des questions et interagir avec les enseignants. »

Pour trois de ses filles, Saif Hindawi dit recevoir tous les cours sur son téléphone : « Je les partage avec mon épouse et nous essayons, tous les deux, de les expliquer (mais) c’est compliqué car je ne les comprends pas toujours ».

En Irak, où le secteur de l’éducation se remet à peine de mois de manifestations contre le gouvernement, le virus a été un nouveau coup pour les élèves. « Ils ne sont pas du tout motivés, déplore Haneen Farouq, professeure. Il y a de grandes chances que nous devions tout reprendre quand les écoles rouvriront ».

« Lorsque les autorités ont annoncé la fermeture des écoles, le ministère de l’Éducation nous a demandé de trouver des moyens d’enseigner électroniquement, explique la même. Au collège privé où j’enseigne, nous utilisons (l’application) Google Classroom pour télécharger les leçons de chaque jour en format PDF. »

Plateformes de cours en ligne

Au Maroc, pays qui compte huit millions d’élèves, des cours sont diffusés sur une chaine publique et accessible sur une plateforme numérique du ministère de l’Éducation. « Le contenu est enrichi quotidiennement », affirme une source au ministère, selon qui « 1,2 million d’élèves y accèdent chaque jour ». La télévision « reste le principal outil d’enseignement à distance pour les familles qui n’ont pas d’ordinateurs », avance un enseignant d’une école rurale près de Marrakech (sud).

En Algérie et en Tunisie, la fermeture des écoles a coïncidé avec les vacances scolaires. Jusqu’à présent, aucun de ces deux pays n’a prévu de mesure d’e-learning.

En Égypte, pays le plus peuplé du monde arabe où moins de la moité de la population a accès à internet, le ministère de l’Éducation a lancé il y a quelques jours une plateforme de cours en ligne, et  annoncé le recours prochain à la télévision pour dispenser des leçons. L’enseignement public compte quelque 22 millions d’élèves dans le pays.

Dans les pays du Golfe, où les réseaux de télécommunications sont les plus développés, les cours à distance sont déjà accessibles à tous ou presque, comme au Qatar, où les établissements disposent de plateformes virtuelles.

En Cisjordanie occupée, des enseignants utilisent l’application de visioconférence « Zoom » pour enseigner à plus de 100 étudiants à la fois.

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