Electricité

Inga III : un rapport déplore le soutien sud-africain au projet

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Mis à jour le 23 mars 2020 à 18h44
Barrages Inga I et Inga II, en RD Congo. La troisième phase du projet a reçu le soutien de la Banque mondiale et de la BAD.

Barrages Inga I et Inga II, en RD Congo. La troisième phase du projet a reçu le soutien de la Banque mondiale et de la BAD. © Jean-Luc Dolmaire/J.A.

Un rapport publié par le Groupe d’étude sur le Congo appelle l’Afrique du Sud à revoir son soutien au projet Inga III en RDC, expliquant qu’il n’est ni financièrement intéressant pour le pays ni cohérent avec sa politique énergétique.

« Dans le meilleur des cas, Inga III pourrait apporter de l’électricité à une compagnie nationale sud-africaine en grandes difficultés, mais très probablement à un coût supérieur à d’autres sources d’énergie et alors que l’approvisionnement du pays sera plus abondant et diversifié ». C’est, en substance, la nouvelle charge du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) contre le projet Inga III en République démocratique du Congo.

« Dans le pire des cas, l’Afrique du Sud s’engagerait à acheter de l’électricité dont elle n’aurait pas besoin, à un tarif plus élevé que celle produite avec d’autres ressources, tout en étant complice des dégâts causés à l’environnement et aux communautés locales en RDC », poursuit le GEC.

Le centre de recherche rattaché à l’université de New York, associé au cabinet de conseil sud-africain Phuzomoya, a publié le 19 mars un rapport critiquant le soutien de l’Afrique du Sud au projet de méga-barrage, moins de six mois après un premier rapport en association avec Resource Matters.

Dans ce document, intitulé « I Need You, I Don’t Need You : South Africa and Inga III », les auteurs, après avoir retracé l’historique des relations diplomatiques entre l’Afrique du Sud et la RDC, attaquent le projet Inga III sur le volet de son intérêt pour l’Afrique du Sud, l’un des futurs acheteurs de l’électricité produite par le barrage. Toutefois, ils présentent peu d’éléments chiffrés sur les limites financières du projet pour Pretoria.

80 % de la production sud-africaine vient du charbon

« La politique sud-africaine vis-à-vis du projet est contradictoire, oscillant entre la volonté de projeter l’image d’une puissance œuvrant en faveur du développement économique du continent et la réalité d’un engagement qui fait peu de sens sur le plan financier comme énergétique », soulignent les auteurs du rapport.

Selon eux, le projet pêche sur deux principaux points, soulevés par certains anciens et actuels responsables du ministre de l’Énergie et de la société nationale d’électricité Eskom.

D’une part, des estimations du ministère montrent que l’achat d’énergie provenant de RDC représenterait un surcoût annuel de 175 millions de rands (environ 9,2 millions d’euros); par rapport à une production locale d’électricité, indique l’ONG. D’autre part, la question technique et financière de la ligne de transmission entre la RDC et l’Afrique du Sud reste en suspens, un volet pourtant estimé 4 milliards de dollars par l’ONG International Rivers. D’où l’appel à revoir l’engagement sud-africain.


Lire aussi – Inga 3: Kinshasa cible un kWh en deçà de 2,5 cents ($)


Pour rappel, l’Afrique du Sud, dont 80 % de la production d’électricité provient du charbon, affichait un prix moyen du kWh d’environ 8,5 cents de dollars en 2018. En octobre 2018, lors de la signature de l’accord tripartite entre le gouvernement congolais et les deux consortium (européen et chinois) en charge de la réalisation d’Inga III, les promoteurs du projet affirmaient qu’il permettrait obtenir l’un des tarifs d’électricité les moins chers au monde, inférieur à 2,5 cents de dollars.

Tshisekedi veut réunir les transfrontaliers sur Inga III

Les critiques développées dans le rapport du GEC n’ont cependant pas officiellement remis en cause la participation de l’Afrique du Sud au projet via la signature d’un contrat d’achat d’électricité.

Même si le pays a revu à la baisse de 5 à 2,5 GW l’estimation de ses besoins, il compte bien toujours sur Inga pour s’approvisionner. Début février, le président sud-africain Cyril Ramaphosa l’a cité dans la liste des quatre projets transfrontaliers prioritaires lors de la réunion du Comité d’orientation des chefs d’État et de gouvernement du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) organisé en marge du 33e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba en Ethiopie.

À noter que la publication du document du GEC survient alors que le président congolais, Félix Tshisekedi, est en train de préparer, avec le soutien de l’Union africaine, une conférence à Kinshasa pour mobiliser les pays de la région autour d’Inga III. Selon la presse kényane, le chef de l’État aurait sollicité la participation de plusieurs États, dont l’Afrique du Sud, l’Angola, le Kenya, la République du Congo, le Rwanda et l’Ouganda.

Véritable serpent de mer, le projet de méga-barrage d’une capacité de 11 000 mégawatts sur le fleuve Congo connaît des difficultés depuis le retrait, annoncé mi-janvier, du groupe espagnol Actividades de Construccion y Servicios (ACS), du consortium européen devant réaliser, en partenariat avec un consortium chinois mené par Three Gorges Corporation, la construction.

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