Elections

Guinée : un double scrutin entaché par les violences

Réservé aux abonnés | | Par et
Mis à jour le 24 mars 2020 à 11h55
Une affiche pronant le "oui" au référendum sur la nouvelle Constitution en Guinée.

Une affiche pronant le "oui" au référendum sur la nouvelle Constitution en Guinée. © REUTERS/Stringer

Saccages de bureaux de votes et affrontements entre manifestants et forces de sécurités ont fait plusieurs morts, dimanche en Guinée. La tenue du double scrutin, dont les résultats ne sont pas encore connus, a encore accentué les tensions entre le pouvoir et l’opposition.

Le président Alpha Condé voulait faire du 22 mars un jour historique. « J’espère que tout se passera dans la paix et la tranquillité et que le peuple guinéen, comme en 1958, montrera sa maturité », avait-il déclaré à la sortie du bureau où il venait de voter, dimanche, faisant allusion au référendum qui a conduit la Guinée à déclarer son indépendance le 2 octobre 1958.

Mais, au lendemain du double scrutin – législatif et référendaire – qui a focalisé attention et crispations depuis plus d’un an, le pays semble plus que jamais scindé en deux.

D’un côté, ceux qui tirent un bilan positif de la journée du 22 mars, à l’image de Bakary Mansaré, vice-président de la Commission électorale nationale indépendante, qui se réjouit des efforts que son institution a déployé dans les 16 695 bureaux de vote du pays. « Les élections se sont déroulées dans La sérénité, et les citoyens se sont massivement mobilisés pour satisfaire le droit de vote », assure-t-il à Jeune Afrique. 

À l’autre extrémité d’un spectre plus que jamais polarisé, les responsables du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) qui, à l’instar de l’ancien Premier ministre Sidya Touré, évoquent « une mascarade électorale ».

Scrutin sous haute tension

Dans plusieurs quartiers de la banlieue de Conakry, en particulier à Koloma et Ratoma, où le boycott a été massif, des manifestants farouchement opposés au référendum ont saccagé des bureaux de votes et incendiés le matériel électoral dans plusieurs centres. De violents affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre, au cours desquels onze personnes auraient été tuées, selon un bilan dressé par le FNDC.

Lundi, Albert Damantang Camara, le ministre de la Sécurité, a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a pour sa part fait état de six personnes tuées et annoncé l’arrestation d’un « élève gendarme » soupçonné de meurtre.

Il a par ailleurs insisté sur le fait que « des familles ont été assiégées à leur domicile, avec des personnes qui avait des armes à feu, des armes de chasses » et que des habitants de ces quartiers seraient « menacés dans les mêmes quartiers ou aux alentours parce qu’ils sont allés voter ».

On a voulu tout faire dans la précipitation. Conséquence : de nombreux électeurs n’ont pas pu voter

Ce double scrutin était un test pour la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), sous le feu des projecteurs depuis plus d’un an.

« C’était un véritable challenge pour nous d’organiser ces élections. Et aujourd’hui, je peux affirmer que nous avons pu relever ce défi », assure son vice-président Bakary Mansaré, qui déplore cependant ce qu’il qualifie « incidents » provoqué par « des individus mal intentionnés ». Il reconnaît ainsi que, dans certains quartiers, la Ceni « a été obligé de regrouper certains bureaux de vote, pour faciliter le bon déroulement du processus ».

« On a voulu tout faire dans la précipitation. Conséquence : de nombreux électeurs n’ont pas pu voter. À Kaporo, dans la commune de Ratoma,  par exemple, j’ai dénombré une centaine de cartes non distribuées », regrette ainsi Fodé Mohamed Soumah, leader du parti Génération citoyenne (Géci), l’un des partis qui avait aligné des candidats pour les législatives boycottées par les deux poids lours de l’opposition, l’UFDG et l’UFR. « Je déplore les morts de dimanche. Mais c’est quelque chose qui était voulu et provoqué : il faut qu’à chaque manifestations, il y ait des pertes en vies humaines. »

« Le code électoral n’a pas été appliqué. Les opérations de dépouillement ont été délocalisées à des endroits où nos représentants n’avaient pas accès », dénonce pour sa part Mamadou Bah Baadiko, candidat sous la bannière de l’Union des forces démocratiques (UFD), qui évoque « un processus chaotique ».

L’opposition campe sur ses positions

Alors même que les résultats ne sont pas encore publiés, Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire du Rassemblement pour le peuple de Guinée (RPG-arc-ciel, parti présidentiel) se prépare à une victoire qu’il estime écrite d’avance.

« Notre victoire était prévue et prévisible : la moitié des Guinéens sont allé voté dimanche, malgré les appels à la violence du FDNC », assure-t-il, se disant par ailleurs, « non opposé au dialogue avec l’opposition ». « Dès  l’investiture des députés, en avril prochain, il faudra revenir à l’apaisement politique », plaide Amadou Damaro Camara.

Un appel à « l’apaisement » qui fait bondir les leaders de l’opposition. « Le combat n’est pas terminé » assure Sidya Touré, qui dirige l’Union des forces républicaines (UFR). « Nous n’avons aucune preuve que c’est bien 5 millions d’électeurs qui étaient appelés aux urnes, dimanche, accuse le leader de l’UFR. La Ceni et les autorités prétendent avoir enlever 2 millions d’électeurs problématiques du fichier électoral… Mais comment ont-ils procédés, alors que les cartes d’électeurs étaient déjà imprimées et distribuées ? Ils auraient dû tout reprendre à zéro. Ce scrutin n’a pas été inclusif. »

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte