Politique

Face à l’épidémie de coronavirus, l’Arabie saoudite muscle sa riposte

Des travailleurs désinfectent l’esplanade de la Kaaba, le 7 mars 2020, à la Mecque, en Arabie Saoudite.

Des travailleurs désinfectent l’esplanade de la Kaaba, le 7 mars 2020, à la Mecque, en Arabie Saoudite. © Amr Nabil/AP/SIPA

Également touché par l’épidémie de Covid-19, le royaume wahhabite est entré en confinement. Mais s’en tire, pour le moment, mieux que ses voisins.

Si elle n’y a encore causé aucun décès, l’épidémie du Covid-19 se répand au royaume wahhabite, avec une explosion du nombre de cas déclarés ces deux dernières semaines. De 20 personnes infectées par le Covid-19 le 10 mars, l’Arabie saoudite est passée à 344 cas vendredi 20 mars, pour huit guérisons annoncées.

Pour autant, et comparé à ses voisins du Conseil de coopération du Golfe, le royaume a jusqu’alors été plutôt épargné, compte tenu de la taille de la population et de sa proximité avec l’Iran – l’un des plus gros foyers mondiaux, avec plus de 20 000 cas déclarés.

Alors que les écoles, universités, stades et centres sportifs avaient été fermés dès le début de mars, quand l’épidémie semblait encore maîtrisée, ce sont les rues du royaume qui se sont vidées cette semaine avec la décision, le 15 mars, de suspendre les activités des restaurants et des commerces, à l’exception des pharmacies et des supermarchés.

Incertitude sur le Hajj

Depuis la nuit du 20 au 21 mars, tous les avions – y compris ceux destinés aux vols domestiques – ont été cloués au sol. Il en va de même pour les trajets en train, en autobus ou en taxi. Comme d’autres, le pays a fermé ses portes en suspendant tous les vols internationaux le 16 mars. Dans la capitale Riyad, la municipalité a mis en place 25 points de distribution de solutions désinfectantes et assure mener une stérilisation à grande échelle des bennes à ordures et poubelles de la ville. Les Saoudiens sont invités à rester chez eux et à ne pas se rendre sur leur lieu de travail.

Dès les premiers cas dans la région, Riyad a pris des mesures drastiques, suspendant fin février le petit pèlerinage (la Umrah) pour les musulmans venus de l’étranger. En cas de prolongation de la crise sanitaire, c’est même le grand pélerinage (le Hajj), prévu fin juillet, qui devrait être compromis pour ceux ne se trouvant pas sur le territoire saoudien.

Le 20 mars, les autorités ont suspendu les prières du vendredi à l’intérieur et à l’extérieur des grandes mosquées de La Mecque et de Médine, comme dans d’autres lieux de culte à travers le royaume. Le tourisme religieux constitue la deuxième source de revenus de l’Arabie saoudite, et le manque à gagner pourrait se chiffrer à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

La manne pétrolière menacée

C’est surtout ses revenus pétroliers que le royaume voit fondre, avec la chute du prix du baril, conséquence du fort ralentissement de l’économie chinoise. Mais pour ne pas perdre ses parts de marché, notamment face à la Russie, l’Arabie saoudite a choisi d’augmenter encore sa production. Amin Nasser, le patron de Saudi Aramco, géant saoudien du pétrole, a annoncé viser une production de 12,3 millions de barils par jour d’ici avril.

Un baril à 10 dollars – contre environ 30 aujourd’hui – permettrait encore au producteur saoudien de tirer un bénéfice de sa richesse naturelle, mais le Royaume a besoin d’un baril aux alentours de 60 dollars pour financer le plan Vision 2030 porté par le prince héritier, Mohamed Ben Salman (MBS).

Pour faire face à la crise économique qui s’annonce, le royaume a également lancé un package fiscal de 120 milliards de riyals (presque 30 milliards d’euros) destiné à soutenir les banques et les PME du royaume. Le ministre des Finances, Mohammed al-Jadaan, a annoncé le 19 mars une coupe dans le budget gouvernemental de près de 5 %.

Fractures sociales

Pour autant, les mesures saoudiennes pour contenir l’épidémie de Covid-19 n’ont pas été sans polémique, et ont révélé les failles sociales et confessionnelles du royaume. Dans l’est, la région à majorité chiite de Qatif a été bouclée et mise en quarantaine dès le 8 mars, après la découverte de onze cas.

Cette mesure a provoqué de nouvelles tensions avec l’Iran, l’Arabie saoudite accusant Téhéran de continuer à accueillir des voyageurs saoudiens originaires de la région et de parrainer les mouvements de contestation locaux. La minorité chiite saoudienne dénonce fréquemment sa marginalisation et la discrimination dont elle fait l’objet dans le royaume wahhabite.

L’interdiction temporaire de toute entrée et sortie de ce territoire a de nouveau alimenté ces accusations. Quelques jours plus tard, la polémique suscitée par la photo d’un travailleur immigré de l’Aramco grimé en solution désinfectante a obligé la compagnie la plus rentable du monde à présenter ses excuses.

Riyad prévoit de convoquer une « réunion virtuelle » du G20 la semaine prochaine pour discuter des mesures supplémentaires à prendre pour freiner la propagation du virus à travers le monde. Entre 2012 et 2014, l’Arabie saoudite a été le pays le plus frappé par une épidémie régionale d’un autre type de coronavirus, le MERS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient). À ce jour, ce virus a touché 2 102 personnes et fait 780 morts dans le royaume.

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