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Cet article est issu du dossier «Les économies africaines face au coronavirus»

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Politique

Maroc : les craintes des travailleurs du secteur informel face au confinement

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Mis à jour le 25 mars 2020 à 13h46
Un homme désinfecte les alentours du Parlement à Rabat, le 18 mars 2020, pour prévenir la propagation de l'épidémie de coronavirus au Maroc.

Un homme désinfecte les alentours du Parlement à Rabat, le 18 mars 2020, pour prévenir la propagation de l'épidémie de coronavirus au Maroc. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Serveurs, coiffeurs, vendeurs ambulants… pour de nombreux Marocains non affiliés à la sécurité sociale, le confinement est synonyme d’absence de revenus. Une précarité à laquelle les pouvoirs publics tentent d’ores et déjà de trouver une solution.

En ce vendredi 20 mars, Saïd, chauffeur de « grand taxi », fait le pied de grue devant la station. Il n’y a pas foule, sauf quelques clients habituels de cette navette périphérique entre Bouznika et Skhirate, dans la banlieue de Rabat. « Toute la semaine, l’activité a tourné au ralenti et on ne pouvait pas transporter plus de trois personnes par course, au lieu de six habituellement », raconte-t-il. Durant cette dernière journée avant le confinement obligatoire, il espère au mieux faire deux à trois allers-retours, une recette prévisionnelle de 90 dirhams dont il faut déduire les frais de carburant.

Impératif de survie

« C’est toujours bon à prendre, car les prochaines semaines seront très dures », s’alarme Saïd, en charge de sa mère et de son épouse, enceinte. Les jours à venir s’annoncent inévitablement compliqués pour lui comme pour de nombreux Marocains dont le confinement aiguise la situation déjà précaire.

Saïd reste toutefois confiant. « Dieu merci, les Marocains sont des gens bien, commente-t-il. Ils peuvent être très égoïstes au quotidien, mais quand les temps sont durs, ils savent se serrer les coudes. » Démonstration, à son échelle : le propriétaire de l’agrément de son taxi a renoncé au loyer mensuel que Saïd doit lui verser, et ses amis chauffeurs ont monté, avec les moyens du bord, une chaîne de solidarité. Leur syndicat a déjà pris contact avec les autorités de tutelle pour d’éventuelles mesures de soutien.

« Nous avons foi en Dieu, nous avons confiance en notre pays et en notre roi. C’est notre devise : Dieu, la patrie et le roi », nous lance-t-il. « Les autorités ne nous laisseront pas tomber. Nous devons leur faire confiance, suivre leurs instructions et leur laisser le temps de mettre les choses en place. »

Identifier les plus vulnérables

Saïd ne croit pas si bien dire. Les pouvoirs publics sont conscients que confinement est synonyme d’une interruption de leurs revenus pour une large population non affiliée, ou même, non déclarée à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Il s’agit de ces serveurs de café, de restaurant, des coiffeurs, des masseurs de hammam, des vendeurs ambulants… et de bon nombre d’autres petits métiers faisant tourner le Maroc informel.

Les derniers chiffres du Haut commissariat au plan (HCP) sur le phénomène sont éloquents. « En 2013, l’emploi portait dans la sphère informelle sur 2,4 millions de personnes représentant 36,3% de l’emploi non-agricole à l’échelle nationale », peut-on lire dans cette étude, rendue publique en 2018. Le royaume se retrouve ainsi confronté, plus que jamais, à la difficulté de gérer un secteur informel dépourvu de moindre filet social institutionnel.

« Il faut se montrer innovant pour traiter avec les secteurs non structurés », a tenu à rassurer Mohamed Amekraz, le ministre de l’Emploi. La question est d’ailleurs au menu de la prochaine commission de veille, programmée lundi 23 mars. Cette même commission avait d’ailleurs décidé de mesures permettant de réconforter les 3,5 millions de salariés affiliés à la CNSS. Entre autres décisions : l’octroi d’une allocation minimale de 2 000 dirhams par mois et la suspension, jusque fin juin, de tous les crédits à l’habitation ou à la consommation.

Pour les populations vulnérables, toute la difficulté résidera dans le processus d’identification. « Annoncer à la hâte des mesures de soutien reviendrait à inviter toute la population à se reposer sur un système d’assistanat », explique un économiste qui préfère garder l’anonymat. « Il faut procéder par pallier et faire confiance aux agents territoriaux, qui ont une bonne connaissance de la situation sur le terrain pour cibler graduellement les cas les plus urgents. »

« Personne ne sera laissé pour compte »

C’est que, dans un pays où les agents d’autorité de proximité tels que les moqqaddems, chioukhs et caïds ont déjà démontré leur efficacité contre des fléaux mondiaux comme le terrorisme, la connaissance de la situation des populations a toujours été un enjeu capital. Cette maîtrise du terrain est aujourd’hui requise pour gérer, en toute responsabilité, cet état d’urgence sanitaire.

« Personne ne sera laissé pour compte dans cette crise, nous rassure une source sécuritaire. Il faut juste laisser passer un peu de temps pour que les choses se décantent, en acceptant le principe d’une approche par étapes. Nous n’avons pas d’autre choix, d’ailleurs. »

Des mesures ciblées sont actuellement étudiées par les pouvoirs publics et, surtout, le Maroc sait trouver des ressources là où les statistiques ne peuvent rien. Des chaînes de solidarité commencent à se mettre en place avec des paniers similaires à ceux distribués durant le mois de Ramadan, et certains hôteliers ont même annoncé la mise à disposition de leurs établissements pour abriter les plus nécessiteux. Et cela ne fait que commencer.

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