Transport aérien

« Les gouvernements africains doivent compenser les pertes de leur compagnie aérienne »

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 25 mars 2020 à 13h44
Des avions d'Air Côte d'Ivoire. (Illustration)

Des avions d'Air Côte d'Ivoire. (Illustration) © Éric Pajaud/CC/Wikimedia.

Alors que les conséquences du Coronavirus s’annoncent catastrophiques pour le transport aérien, pour Abderrahmane Berthé (Afraa), les États doivent mettre en place très rapidement des mesures pour soutenir le secteur.

Secrétaire général de l’Association africaine des compagnies aériennes (Afraa), Abderrahmane Berthé lancera un appel commun la semaine prochaine, avec l’Association internationale du transport aérien (IATA), l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et la Commission africaine de l’aviation civile (Cafac), aux gouvernements africains pour qu’ils soutiennent leurs compagnies aériennes face aux conséquences catastrophiques de l’épidémie de coronavirus sur le secteur. Et pour qu’ils maintiennent les vols cargo.

Au 11 mars, les pertes pour les compagnies africaines dues au coronavirus se chiffrent à 4,4 milliards de dollars selon des chiffres dévoilées, le 19 mars, par l’Association internationale du transport aérien (IATA). Si la plupart des compagnies dans le monde ont trois mois de trésorerie devant elles, les transporteurs africains n’ont souvent que quelques semaines.

Jeune Afrique :  Quelles sont les mesures d’urgence que peuvent adopter dès à présent les États africains pour sauver leur compagnie ?

Abderrahmane Berthé : Partout dans le monde, les gouvernements pensent à venir au secours des entreprises, y compris aux compagnies aériennes, pour les aider à survivre. Nous avons déjà écrit le 19 mars à tous les gouvernements africains, aux ministres des finances et des transports, en préconisant plusieurs options possibles d’intervention : la compensation directe des pertes durant cette période, l’octroi de prêts aux compagnies, l’allègement des charges et de certaines taxes, et pourquoi pas des prêts ou des dons.

cette crise s’annonce pire que celle qui a succédé au 11 septembre et que la crise de 2008

Et nous lancerons au début de la semaine prochaine avec la IATA, l’OACI et la Cafac, une adresse aux gouvernements africains pour les appeler à soutenir tout le secteur du transport aérien, les compagnies, les aéroports, toutes les entreprises qui travaillent autour. Ces solutions sont discutables au cas par cas.

Les gouvernements ont beaucoup de priorités à gérer. Et nos compagnies étaient déjà dans une situation très fragile. Mais le transport aérien est vital pour le développement de l’Afrique.

En Afrique, notre industrie soutient 6,2 millions d’emplois et sa contribution au PIB s’élève à 2,6 %. La IATA évalue à 55,8 milliards de dollars la contribution économique du transport aérien au continent.

Que peuvent faire les compagnies pour tenter malgré tout de « limiter la casse » ?
Pas grand chose. Quand la crise a commencé en Chine et que les compagnies ont arrêté les vols, on pouvait imaginer la réaffectation des avions sur d’autres lignes. Mais à partir du moment où les frontières sont fermées, la solution est de mettre tous les avions au sol.

Or les coûts fixes demeurent. La maintenance des appareils doit être pratiquée même si les appareils restent cloués au sol. Quant à renégocier les factures avec les fournisseurs, ce sera d’autant plus difficile que tous les secteurs sont concernés.

Cette crise s’annonce pire que celle qui a succédé au 11 septembre et que la crise de 2008. L’impact sur les économies africaines risquent d’être une tragédie humaine.

L’inquiétude grandit aussi du côté du cargo, essentiel pour l’acheminement des médicaments et des produits de première nécessité. Certains pays comme la Somalie ont suspendu ou restreint les vols cargo. D’autres pourraient suivre …

Plus de 80 % du commerce en Afrique est fait avec des pays non-africains. Nous allons demander aux gouvernements de prêter une attention toute particulière aux vols cargo, que certains pays ont interdits.

Nous devons réfléchir aux mesures spécifiques qui peuvent être prises, notamment pour les équipages, afin de maintenir ces vols essentiels. Nous allons leur demander de lever l’interdiction des vols cargo.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte

devices

Accédez en illimité à l'ensemble de nos articles en vous abonnant pour seulement 1€

Accédez en illimité à l'ensemble de nos articles en vous abonnant pour seulement 1€

je m'abonne