Entreprises & marchés

Endeavour, Poulina, MTN… Comment les grands groupes font face au coronavirus [2/2]

Route de Malapouya sur laquelle transitent les camions de la Société minière de Boké.

Route de Malapouya sur laquelle transitent les camions de la Société minière de Boké. © SMB

Télétravail, suspension d’activité, plans de continuité… Face à l’accélération de la propagation du coronavirus Covid-19, les entreprises actives sur le continent s’organisent. Tour d’horizon des exemples, secteur par secteur, des mesures adoptées.

Ils sont particulièrement concernés par la crise sanitaire du Coronavirus. Les grands groupes et entreprises du continent africain, où la contagion est en train de s’introduire depuis quelques semaines, doivent adapter leur activité afin de minimiser les conséquences sur des économies souvent dépendantes d’une ou deux ressources.

 

Mesures de sécurité vis-à-vis de leurs salariés et/ou de leurs clients, plan de continuité incluant le télétravail, le travail partiel ou autre mise au ralenti, comment les grands groupes réagissent-ils secteur par secteur au coronavirus. Quelles solutions pour limiter la crise ?

  • Mines

En Guinée, la Société minière de Boké (SMB), mené par un consortium sino-singapourien-guinéen, indique ne pas avoir changé son rythme de production ni d’expédition. « Les bateaux de notre partenaire Winning Shipping continuent leurs rotations pour s’approvisionner en bauxite au large de Kamsar, en Guinée maritime, et d’acheminer le minerai vers le port chinois de port de Yantai, principale porte d’entrée des minerais destinés à la métallurgie de l’empire du Milieu, qui n’a pas cessé ses activités à cause de l’épidémie de Covid-19 », indique Frédéric Bouzigues, le directeur général de la société, qui affirme par ailleurs être sur les mêmes volumes de minerai qu’en 2019.

Le dirigeant de SMB explique par ailleurs avoir mis en place des protocoles sanitaires d’accès très stricts à l’entrée de ses sites, mais se dit confiant dans la capacité de la Guinée et des compagnies minières à faire face à Covid-19, compte-tenu de leur expérience de l’épidémie d’Ebola il y a trois ans. Concernant les expatriés chinois travaillant à la SMB, leurs plannings de congés et de travail ont été réaménagés, en décalant les congés de ceux restés en Guinée jusqu’à la fin de l’épidémie, et en allongeant le séjour de ceux déjà en congés. Quant aux prix de vente de la bauxite – dont on fait l’aluminium -, il était déjà négocié en amont, car revendu à Shandong Weiqiao, le partenaire chinois du consortium. Il n’a donc pas varié.

Au Burkina, l’activité économique tourne plus ou moins normalement. Et les grands groupes prennent des mesures internes pour endiguer la propagation de l’épidémie à leur personnel. Plusieurs sociétés opérant dans le pays placent ainsi leur personnel expatriés en quatorzaine avant des envoyer sur les sites miniers. C’est le cas de Endeavour dont un employé a été contrôlé positif au coronavirus. « Depuis l’apparition du virus, nous avons mis en place des mesures préventives et entamé des séances d’informations sur le Coronavirus avec nos employés. La situation dans les pays où nous opérons est suivi quotidiennement pour réadapter nos mesures au besoin », explique un responsable de la mine contacté par Jeune Afrique.

Endeavour, qui a investi 412 millions de dollars dans la mine d’Ity , aux réserves estimées à 2,9 millions d’onces, assure poursuivre ses activités dans pays d’Afrique de l’Ouest où elle est présente. Pour l’instant les conséquences de cette épidémie restent marginales, et l’industrie minière maintient ses activités.

  • Industrie et BTP

Si elle a commencé à sensibiliser début mars ses 8 500 salariés au Maroc et dans les pays subsahariens (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon …) où elle dispose de filiales, et à en encourager une partie au télétravail, l’entreprise de BTP TGCC a pris ces derniers jours des dispositions administratives pour la continuité de son activité, notamment pour la délégation de signatures et de prises de décisions. Objectif : que les sièges des filiales puissent continuer à prendre des décisions en cas de fermeture du siège de Casablanca, si était décrété un confinement total de la population marocaine. Et ce « dans les pays qui ne sont pas trop impactés », précise une source proche.

De même, l’entreprise a mis en place un dispositif de suppléance. Si un responsable venait à être contaminé, un suppléant sera appelé à assumer ses fonctions. En charge de la construction du plus haut bâtiment du Maroc, la tour Mohammed VI de Rabat et de l’hôtel Noom d’Abidjan, l’entreprise poursuit, à ce jour, ses chantiers et n’a pas rapatrié ses expatriés au Maroc, renforçant toutefois fortement ses mesures de sécurité.

En Tunisie, dans chacune de ses 108 entreprises (agroalimentaire, métallurgie, construction, immobilier, etc.), Poulina Group Holding (PGH) assure avoir installé des distributeurs de solution hydroalcoolique et informé ses quelque 12 000 employés de l’obligation de les utiliser ainsi que les clients et visiteurs. Ces derniers ont été sensibilisés à l’obligation de respecter la distance d’un mètre entre eux, obligeant à des aménagements au sein des usines.

Le télétravail est à l’étude si la situation s’aggrave

L’un des plus grands groupes du pays, détenu par la famille Ben Ayed, promet également que les locaux seront continuellement aérés et désinfectés à leur ouverture et fermeture. Si les réunions sont annulées, le personnel n’est pas soumis au télétravail, mais « c’est à l’étude si la situation s’aggrave ». PGH, qui avance un chiffre d’affaires consolidé de 1,7 milliard de dinars (538 millions d’euros), a offert, le 18 mars, un million de dinars (316 000 euros) au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement pour lutter contre la propagation du coronavirus.

  • Télécoms et technologie

MTN, l’opérateur de télécommunications panafricain coté à la bourse du Nigeria et qui enregistre 7,8 milliards d’euros en 2019, a communiqué publiquement les mesures instaurées pour garantir le minimum d’interaction et de contact physique entre ses près de 19 000 collaborateurs mais également avec ses clients et fournisseurs.

Mardi 17 mars, le groupe implanté dans 21 pays et dirigé par Rob Shuter – qui quittera ses fonctions dans un an – a indiqué avoir installé des scanners thermiques aux entrées de ses bureaux, ainsi que des solutions désinfectantes dans tous les locaux.

Selon les situations locales, les salariés sont appelés à travailler à distance. Des rotations par équipes pour les fonctions nécessitant d’être sur place sont mises en place. En fonction des pays, le reste des collaborateurs sont incités à travailler à distance et les voyages d’affaires à l’international sont supprimés. Les voyages à l’intérieur du continent sont néanmoins maintenus bien que réduits.

Du côté du secteur de la tech, Intouch au Sénégal, voit son équipe dirigeante travailler depuis mi-mars à la mise en place d’une organisation adossée aux différents niveaux d’alerte. Implantée dans une dizaine de pays, l’entreprise fondée par Omar Cissé, compte 400 collaborateurs au total dont 215 au Sénégal, son pays d’origine qui compte actuellement 31 cas confirmés de Coronavirus, à l’heure où nous publions cet article.

« Le Sénégal est notre laboratoire. Nous sommes actuellement en niveau zéro prime. Il consiste à renforcer la communication sur les règles d’hygiène à respecter et continuer d’informer les collaborateurs sur les mesures prises par le gouvernement », explique Marie Leriche, directrice juridique et ressources humaines d’Intouch. Pour la suite, l’entreprise a prévu trois niveaux de restriction supplémentaire. Le niveau 1 enverra 95 % des équipes en télétravail ; le niveau 2 consiste à restreindre les exceptions et le niveau trois correspond au confinement total.

  • Énergie

Engie Afrique (CA 2018 : 385 millions d’euros), supervisé par Yoven Moorooven, déploie, en adéquation avec les recommandations des autorités de divers pays où il est présent, des mesures de prévention internes et externes, pour s’adapter à l’évolution de la propagation du Covid-19 et préserver au mieux la santé de ses collaborateurs, de ses clients et de ses partenaires.

Engie maintiendra ses activités opérationnelles en adaptant les modalités d’intervention pour protéger ses collaborateurs et contribuer à l’effort national visant à ralentir la propagation du virus. En plus des mesures de sécurité et d’hygiène préconisées par les autorités, le télétravail pour une partie de ses collaborateurs est favorisé. En parallèle, Engie travaille à un plan de continuité de l’activité applicable afin d’organiser au mieux l’affectation du personnel.

Le groupe Eni est particulièrement en alerte en Égypte

Le groupe pétro-gazier Eni, qui se revendique comme le premier producteur d’hydrocarbures sur le continent, avec environ 1,14 million d’équivalents-barils par jour extraits l’année passée (les deux tiers au nord du Sahara, un tiers au sud), on indique que les activités extractives de gaz et de pétrole liquide se poursuivent sur le même tempo. La compagnie, dont le siège opérationnel est à Milan, proche de l’épicentre de l’épidémie en Italie, indique toutefois que de très stricts protocoles sanitaires ont été mis en place pour protéger salariés et population, en tenant compte des réglementations et mesures locales.

Au 13 mars, le groupe piloté par Claudio Descalzi indiquait n’avoir recensé sur le continent qu’un seul cas parmi ses effectifs, un Italien expatrié en Algérie, qui a depuis été rapatrié chez lui. Le groupe est particulièrement en alerte en Égypte, sa plus grande filiale africaine, où il exploite le site gazier de Zohr, et où l’épidémie semblait s’étendre ces derniers jours.

Le géant pétrolier français Total ne s’exprime pas sur l’évolution de sa production sur le continent depuis l’épidémie et la chute des cours – 705 000 barils par jour au sud du Sahara en 2019 – mais indique avoir un plan Covid-19 pour chacune des filiales de sa branche exploration-production, active dans 16 pays subsahariens – le Nigeria, l’Angola et le Congo Brazzaville sont les plus importantes – , ainsi qu’en Algérie, et en Libye. La firme dirigée par Patrick Pouyanné indique également avoir réduit au minimum le personnel et les rotations des équipes sur ses plateformes, mais pour pouvoir continuer à les faire tourner dans de bonnes conditions de sécurité.

Cet article a été rédigé en collaboration par Amadou Oury Diallo, Aurélie M’Bida, Christophe Le Bec, El Mehdi Berrada, Estelle Maussion, Mathieu Galtier, Nadoun Coulibaly, Quentin Velluet et Rémy Darras.

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