Santé

Coronavirus : les médecins algériens fortement exposés au risque de contamination

Un bloc de chirurgie (illustration) .

Un bloc de chirurgie (illustration) . © ONS ABID pour J.A.

En première ligne dans la lutte contre le Covid-19, les professionnels de santé alertent les autorités algériennes sur leurs conditions de travail. Ils soulignent notamment le manque de matériel de protection, qui les expose fortement au virus.

« Nous souhaiterions que la population soit compréhensive et coopérative avec les équipes soignantes qui risquent d’être dépassées et fatiguées si elles sont soumises à un afflux massif de personnes qui viennent voir les malades. On doit aussi préserver les équipes soignantes parce que ce sont elles qui sont les plus exposées en cas de risque majeur. » L’appel est celui du Dr Driss Khoudja El Hadj, directeur de la santé de Béjaïa, en Kabylie, après la confirmation mardi 17 mars du premier cas de Covid-19 dans la wilaya. Dès le lendemain, un deuxième cas était confirmé dans la région. Le CHU de Béjaïa a interdit depuis toute visite.

Manque de matériel de protection

Au niveau national, les chiffres montrent une folle avancée du virus. Ce jeudi 19 mars, le bilan officiel faisait état de 90 cas confirmés de Covid-19. Neuf personnes sont décédées. Face à la propagation de la maladie, les soignants alertent sur les mauvaises conditions de travail qui les exposent eux-mêmes à une contamination.

Dans la wilaya de Blida, qui enregistre le plus grand nombre de cas, un couple de pharmaciens de 42 et 34 ans a contracté le virus, a annoncé mardi, le Syndicat national des pharmaciens d’officines (Snapo). Il s’agit des premiers cas recensés au sein de la profession.

Comment voulez-vous qu’on s’organise face à une rupture totale de gants, de bavettes et de gel hydro-alcoolique ? Même l’alcool à l’état brut n’est pas disponible !

« Comment voulez-vous qu’on s’organise face à une rupture totale de gants, de bavettes, de gel hydro-alcoolique ? Même l’alcool à l’état brut n’est pas disponible ! », se désole Messaoud Belambri, président du Snapo. L’organisation appelle d’ailleurs les pharmaciens d’officine à prendre toutes les mesures nécessaires pour leur protection et la protection de leur personnel.

Pour les soignants exerçant à l’hôpital de Blida, la situation est encore plus critique. « Je connais un médecin qui a travaillé avec le malade atteint de coronavirus décédé ce mercredi (le 18 mars, ndlr). Dans la crainte d’une contamination, il a été testé à l’hôpital de Boufarik. Le voilà en congé pour les 15 jours à venir », indique un cadre de santé à l’hôpital Frantz Fanon de Blida.

SOS soignants en détresse

Ce dernier, qui souhaite garder l’anonymat, indique « qu’il y a un manque de masques, de tenues et charlottes médicales, de gants, de solution hydro-alcoolique et de kits médicaux ». Il précise qu’« il y en a moins de vingt au CHU de Blida, épicentre de l’épidémie dans le pays », et émet des réserves sur les chiffres annoncés par le président algérien.

Dans son allocution à la nation, mardi 17 mars, Abdelmadjid Tebboune a indiqué que le pays dispose de 1,5 million de masques de différents types ainsi que 6000 tests de dépistages. Il a également annoncé que 54 millions de masques supplémentaires et 15 000 autres tests sont en cours d’acquisition.

De nombreux professionnels de santé comme les auxiliaires médicaux se sont mis en arrêt maladie

« Nous avons plus de 2500 lits de réanimation, et ce nombre est appelé à augmenter en cas de nécessité pour atteindre 6000 lits avec la garantie de 5000 respirateurs artificiels », a aussi promis le président. Des chiffres très largement supérieurs à ceux avancés par le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, quelques jours auparavant : « Nous disposons de plus de 400 lits de réanimation. »

« A ma connaissance, il y avait 270 lits de réanimation dans l’ensemble du territoire national, corrige notre source à Blida. Et il faut aussi penser aux ressources humaines qui doivent encadrer tous ces lits et prendre en charge tous les patients potentiels. » Ce cadre de santé signale par ailleurs que « de nombreux professionnels de santé, comme les auxiliaires médicaux et les agents de service, se sont mis en arrêt maladie pour éviter de contracter le coronavirus ».

Pas d’instructions pour gérer les cas suspects

Nous n’avons reçu à ce jour aucune directive précise sur la façon de gérer un patient susceptible d’être porteur du Covid-19

Ce qui inquiète davantage les professionnels, ce sont les instructions qui font défaut. « Nous, professionnels de santé, nous n’avons reçu à ce jour aucune directive précise » sur la façon de gérer un patient « susceptible d’être porteur du Covid-19 », expliquait encore ce mercredi le président de l’Ordre des médecins, le docteur Mohamed Bekkat Berkani. Une difficulté d’ores et déjà expérimentée par les soignants de Blida.

A l’hôpital Frantz Fanon, « des conflits éclatent sur la gestion des ressources humaines, entre les professeurs qui exercent aux urgences chirurgico-médicales — où sont isolés les patient positifs au coronavirus —, et ceux des autres services. Rien n’est clair. Le personnel est transféré d’un service à un autre, d’une manière ni réglementaire, ni administrativement correcte », révèle un employé de l’établissement.

A l’instar d’autres soignants, il en appelle à la responsabilité des Algériens, pour éviter la saturation des hôpitaux. Il demande notamment un respect strict des mesures préventives comme le confinement. Dans une vidéo qui a circulé largement sur les réseaux sociaux, un médecin du même hôpital a lancé ce cri de supplication : « Ne venez à l’hôpital qu’en cas d’urgence et accompagné par une seule personne (…) Évitez les rassemblements et les fêtes au moins durant ce mois. Si l’épidémie se propage, ce sera un désastre. »

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