Entreprises & marchés

Attijariwafa, Sonacos, OCP… Comment les grands groupes font face au coronavirus [1/2]

Seulement 23 % des femmes et 24 % des hommes se disent prêts à rentrer travailler dans une entreprise locale. (photo d'illustration)

Seulement 23 % des femmes et 24 % des hommes se disent prêts à rentrer travailler dans une entreprise locale. (photo d'illustration) © Unsplash

Télétravail, suspension d’activité, plans de continuité… Face à l’accélération de la propagation du coronavirus Covid-19, les entreprises actives sur le continent s’organisent. Tour d’horizon des exemples, secteur par secteur, des mesures adoptées.

Ils sont particulièrement concernés par la crise sanitaire du Coronavirus. Les grands groupes et entreprises du continent africain, où la contagion est entrain de s’introduire depuis quelques semaines, doivent adapter leur activité afin de minimiser les conséquences sur des économies souvent dépendantes d’une ou deux ressources.

Mesures de sécurité vis-à-vis de leurs salariés et/ou de leurs clients, plan de continuité incluant le télétravail, le travail partiel ou autre mise au ralenti, comment les grands groupes réagissent-ils secteur par secteur au coronavirus. Quelles solutions pour limiter la crise ?

  • Banques et assurances

Face à la conjoncture imposée par la crise sanitaire actuelle, le groupe Attijariwafa Bankpremière banque marocaine en Afrique, qui avait passé le cap des 100 milliards de dirhams (9,2 milliards d’euros) de valorisation à la Bourse de Casablanca en 2019, s’est mis en ordre de bataille. Pour l’heure, 50 % des salariés des différents sièges du groupe d’origine marocaine, jugés indispensables à la continuité de l’activité, continuent de travailler normalement. La seconde moitié, ceux dont l’activité courante peut être suspendue, a été obligé de prendre un congé de quinze jours au moins.

Autre exemple, en Tunisie, la filiale du groupe Société générale, UIB, a mis en place plusieurs mesures afin d’accompagner ses clients dans cette période et les aider à effectuer leurs opérations bancaires courantes à distance. Ainsi, les commissions de retrait par cartes sur les GAB des autres banques sont supprimées, les plafonds de retraits et de paiements sont revus, des mesures en faveur des seniors lancées (alertes SMS, gestion des pensions de retraite…).

Le marocain Saham Assurance, détenu depuis fin 2018 par le géant sud-africain Sanlam, a très tôt, mis en place des mesures pour la santé de ses employés. Au siège, un seul accès est opérationnel, toute personne entrante doit faire l’objet d’une prise de température, les visiteurs externes ne sont pas autorisés à accéder aux différents étages, les activités externes sont reportées ou annulées, et les réunions de plus de 10 personnes limitées. Après un voyage privé à l’étranger, tout salarié est mis en congés pour période de quatorze jours.

  • Hôtellerie

Au Sénégal, le Pullman Teranga de Dakar (groupe AccorHotels) a pris une panoplie de mesures pour prévenir la propagation du coronavirus, à commencer par la diffusion et l’affichage d’informations sur le virus au sein de l’hôtel. Le personnel est sensibilisé durant les briefings au respect strict des consignes d’hygiène et de sécurité : lavage régulier des mains, mise à disposition de gels hydroalcooliques, mise en place de prises de températures (clients et personnel), désinfection régulière des poignées de portes, boutons d’ascenseur, téléphones, robinetterie… Utilisation de gants et masques lors des nettoyages. Selon Daniel Karbownik, le directeur de l’établissement qui a pris la tête en juin dernier d’AccorHotels en Afrique de l’Ouest et centrale, le taux d’occupation est de 15 % et devrait chuter à 10 % fin mars. Le taux d’occupation est déjà tombé à 10 % au Pullman d’Abidjan.

  • Agroalimentaire

Le groupe OCP, présent dans 40 pays et notamment en Chine (bureau à Pékin), a pris de premières mesures il y a trois semaines avec la limitation des voyages de ses salariés vers les pays présentant des cas de coronavirus et ceux considérés comme à risque. Spécificité pour le géant des phosphates dirigé par Mostafa Terrab, une « Task-force Covid-19 » a été mise en place, pilotée par des représentants de la direction et de la cellule médicale, et mobilisée 24 heures sur 24. Elle est en charge de veiller à la protection de la santé des quelque 23 000 collaborateurs et des partenaires.

Après qu’un salarié travaillant au siège d’OCP à Casablanca a été testé positif au dépistage du coronavirus, les mesures ont été renforcées. 95 % des collaborateurs du siège sont en télétravail. Selon nos informations, le groupe (CA 5,2 milliards d’euros en 2018), prévoit un plan de continuité d’activité  par site pour assurer le maintien des opérations. OCP a par ailleurs annoncé une promesse de don de 3 milliards de dirhams au fonds de gestion de la crise créé par le roi le 16 mars.

Nous avons aussi fortement renforcé les mesures de précaution pour nos salariés travaillant dans nos usines

Pour Unilever, géant néerlandais de l’agroalimentaire et des cosmétiques (CA 2019 : 52 milliards d’euros) présent dans 19 pays en Afrique, « il est encore trop tôt pour dire quel sera l’impact du coronavirus ». Le groupe, dont la région Afrique est pilotée par Jaime Aguilera depuis le mois de février,  a mis en place le télétravail pour tous les salariés qui le peuvent. « Nous avons aussi fortement renforcé les mesures de précaution pour nos salariés travaillant dans nos usines, centres de distribution et autres sites, y compris nos équipes commerciales », précise la communication du groupe. Les voyages d’affaires, nationaux et internationaux, sont eux suspendus.

La compagnie publique sénégalaise Sonacos organise sa stratégie via ses comités d’hygiène et de sécurité dans les différentes unités de production (Dakar, Kaolack, Diourbel, Louga et Ziguinchor). À cet effet, la direction générale de l’huilier a, d’après nos informations, dégagé « un budget de guerre » avec des procédures de décaissement accélérées. Les réunions ont été pratiquement toutes annulées à Diourbel, par exemple. Quant au personnel, déjà à son plus faible niveau à cause du manque de graines d’arachide face à la concurrence chinoise, il a été réduit au strict minimum (50 personnes), d’après Thiémbaye Ndiaye, secrétaire général de la section de Sonacos.

Visite de la raffinerie d'huile d'arachide Oleosen. Zone de raffinage d'huile. A Dakar le 22 juin 2016.

Visite de la raffinerie d'huile d'arachide Oleosen. Zone de raffinage d'huile. A Dakar le 22 juin 2016. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Autre exemple sénégalais, le groupe Patisen (200 millions de chiffre d’affaires en 2018) de Youssef Omaïs qui emploie près de 2 000 personnes à Dakar (4 000 salariés pour tout le Sénégal), et dont l’activité alimentaire est très sensible. « Nous avons pris très au sérieux cette affaire et avons anticipé avant même que l’État ne prenne les différentes mesures actuelles », confie Youssef Omaïs à JA. Dans le détail sont mis en place des thermomètres de contact au laser pour la surveillance des températures corporelles, des distributeurs de gel antiseptique en plus des équipements de protection individuelle, des postes de lavage et de désinfection des mains à chaque entrée de site de production. « Nous envisageons aussi de recourir au télétravail en préparation d’une situation aggravante de la pandémie », annonce le concurrent de Senico, Sofiex ou encore de la Chaîne de distribution alimentaire.

  • Transport aérien

Alors que le secteur est quasi totalement paralysé par l’épidémie du coronavirus, avec la fermeture tour à tour des liaisons aériennes depuis et vers le continent, un exemple de gestion de la crise peut être observé en Côte d’Ivoire.

Du côté d’Air Côte d’Ivoire en effet, un comité de crise se tient tous les matins et à chaque fin de journée pour faire le point sur la situation et prendre des décisions. Après avoir équipé ses personnels de gants, de masques, de gels hydroalcooliques et lancé une campagne de sensibilisation sur les gestes de bonne conduite, la compagnie va commencer à procéder à la prise de température de tous ses salariés ainsi que des clients de ses agences.

Alors que la situation de sa trésorerie pourrait devenir très tendue, la compagnie présente au niveau domestique et régional va réduire de 50 % la fréquence de ses dessertes et va même passer à une seule fréquence hebdomadaire sur Libreville (au lieu de sept), sur instruction des autorités gabonaises, et clouer au sol un tiers de sa flotte. Car si elle fait face actuellement à une perte de 60 % de son trafic, et donc autant de ses revenus, ce chiffre devrait grimper à 80 % dans les prochaines semaines. L’ouverture de la liaison vers Johannesburg prévu en mai a été reporté.

Cet article a été rédigé en collaboration par Amadou Oury Diallo, Aurélie M’Bida, Christophe Le Bec, El Mehdi Berrada, Estelle Maussion, Mathieu Galtier, Nadoun Coulibaly, Quentin Velluet et Rémy Darras.

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